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«La route de la soie africaine» : assistance et coopération ou pillage et manipulation du continent noir ?
Depuis 1980, époque où les relations commerciales entre l’Afrique et la Chine étaient quasiment inexistantes, le montant du commerce bilatéral s’est officiellement élevé à 10 milliards de dollars en 2000, et à 50 milliards en 2006. L’objectif de 100 milliards de dollars pourrait être atteint en 2015.
Ces relations se sont accrues au point où la Chine est déjà devenue le premier client et/ou fournisseur de nombreux pays africains, comme le Nigeria, le Burkina Faso, la Guinée ou le Mali.
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Un enfant congolais regarde une publicité pour des produits chinois à Kinshasa. (Lionel Healing/AFP/Getty Images) |
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Garantir l'approvisionnement en matières premières
Si l’Afrique représente un marché naturel pour y écouler les produits chinois à bas prix, les exportations de l’Afrique vers la Chine sont constituées à plus de 80 % de pétrole et de coton. L’approvisionnement en pétrole est en effet devenu crucial pour les Chinois, qui sont passés en quelques années au 2e rang mondial des pays importateurs, toutes origines confondues. Pékin compte sur l’Afrique pour réduire sa dépendance en pétrole du Moyen- Orient. La Chine est le plus gros client du pétrole soudanais. «Pékin achète 65 % du pétrole soudanais», indique Le Monde Diplomatique de mars 2007, en ajoutant : «La Chine est le premier fournisseur d’armes du régime d’Omar Al Bachir». Les achats de pétrole par la Chine au Soudan sont donc bien la première source de financement du conflit du Darfour.
La Chine s’approvisionne également en or noir en Angola, au Nigeria et en Guinée, elle mène aussi des recherches de pétrole au Mali. La Chine a besoin du cuivre de Zambie, du chrome du Zimbabwe, du fer d’Afrique du Sud et du bois du Gabon. La Chine puise même la richesse africaine à travers des produits agricoles grâce au rachat par des intérêts chinois de terres agricoles, notamment les plantations de tabac au Zimbabwe. «Elle consomme la presque totalité – 96 % – du bois brut africain exporté vers l’Asie, décroche des concessions de pêche (50 % des bateaux de pêche enregistrés en Sierra Leone sont chinois). Elle a ouvert au Kenya sa première antenne radio hors Chine», explique Marie-France Cros, spécialiste de l’Afrique, dans le quotidien La Libre Belgique en avril 2006.
Les moyens au service de ce but sont divers et rappellent la stratégie néo-colonialiste des pays occidentaux : investissements directs dans la construction de raffineries, pipelines et ports comme au Soudan, le rachat d’infrastructures pétrolières existantes comme au Nigeria, construction de chemins de fer et d’hôpitaux comme en Angola, garantie politique et ventes d’armes à des régimes corrompus, comme au Soudan, sous couvert officiel de non-ingérence. De fait, les avantages pour le régime chinois sont nombreux. Ces investissements contribuent également à rapprocher les pays à population musulmane, qui préfèrent l’attitude de «non-ingérence» plutôt que le comportement responsable des Occidentaux dont les programmes d’aide sont généralement assortis de règles de transparence et conditions liées au progrès démocratique ou à la meilleure gouvernance économique.
Pillage des ressources du continent, sans aucun transfert de technologies
Cette stratégie ne profite cependant pas vraiment à la population locale. En effet, comme le précise Valérie Niquet, directrice du Centre Asie à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) au mensuel L’Expansion, «les marchés africains se trouvent inondés de biens de consommation chinois de mauvaise qualité, exportés clandestinement, et vendus à des prix tels que les productions locales ne peuvent pas rivaliser». Par ailleurs, les investissements chinois en Afrique sont souvent réalisés par des entreprises chinoises qui y apportent leur propre main d’œuvre, ne sous-traitent rien localement ce qui retarde le développement du continent africain. Le journal angolais Agora soulignait même en mars 2006 que «la plus grande partie de cette force de travail expatriée vers l’Angola serait constituée de prisonniers de droit commun» qui «ne perçoivent aucun salaire» et «ne gagnent que leur nourriture». Ceci permet aux entreprises chinoises -ou plutôt aux laogaïs (camps de travaux forcés) exportés par le régime dictatorial de Pékin - de baisser les coûts pour rester très compétitives.
Dans la Lettre du Centre d’Asie IFRI n°11, Valérie Niquet ajoute : «La Chine rencontre également des difficultés dans un certain nombre de pays africains où ses intérêts se sont renforcés et, de plus en plus, les accusations de néo-colonisation s’expriment avec force. Le président sud-africain M’Beki a ainsi dénoncé ce néocolonialisme du régime chinois qui voit Pékin n’acheter à l’Afrique que des matières premières, créant une nouvelles économie de rente».
Selon la revue Diplomatie de janvier 2007, il est clair que «les enjeux pétroliers et cotonniers resteront au cœur des relations sino-africaines dans les prochaines décennies». Mais, avec les immenses richesses minières du continent africain, d’autres enjeux se dessinent déjà autour de l’acier et de la bauxite, sans parler des minerais rares comme le tungstène qui restent cruciaux pour l’industrie informatique. Comment réagiront les pays occidentaux face à la nouvelle stratégie de Pékin en Afrique ? L’Afrique saura-t-elle mettre à profit ces opportunités pour faire jouer la concurrence entre la Chine et les Occidentaux en faveur de son propre développement ?
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