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En janvier 2007, le gouvernement chinois a invité Robert Ménard, Secrétaire général, et Vincent Brossel, responsable section Asie de RSF, à se rendre en Chine. Là, le gouvernement a dit qu’il promettait de tout faire pour améliorer la situation des droits de l’homme en Chine. Il s’est engagé à prendre en considération la violation des droits humains. C’est ainsi que le régime chinois a obtenu la suspension de la campagne du boycott par RSF.
Aujourd’hui, la date limite accordée est dépassée, aucune des nombreuses promesses concrètes de Pékin n’est tenue. Indigné par ce constat, RSF a décidé de relancer la campagne de boycott des JO 2008. L’ONG est en train de préparer «un certain nombre d’actions spectaculaires», selon la tradition de RSF. Des journalistes de La Grande Époque ont interviewé Monsieur Robert Ménard à ce sujet.
Il faut faire en sorte que Pékin respecte ses engagements
LGÉ : Bonjour M. Ménard, nous avons reçu votre communiqué, une lettre au président du CIO, pourquoi maintenant, et quel est le rôle significatif de cette lettre ?
M. Ménard : Pourquoi maintenant ? Parce qu’on est à presque un an du début des Jeux Olympiques à Pékin et qu’on a tiré un bilan. En juillet 2001, quand les Jeux Olympiques ont été attribués à Pékin, c’était à Moscou, vous vous en souvenez, Reporters sans frontières était contre. Nous nous sommes prononcés contre, parce qu’on estime qu’il y a une telle violation des droits de l’homme en Chine populaire, qu’accepter de faire les Jeux Olympiques dans une ville comme Pékin, certes ça fait plaisir, je le comprends, au monde chinois, je ne conteste pas… mais il me semble que l’esprit olympique est en contradiction avec ce qui se passe concrètement aujourd’hui en Chine. On l’a fait savoir aux autorités olympiques.
Le Comité international olympique comme les autorités chinoises nous ont répondu, à nous et à d’autres personnes : «Ne vous inquiétez pas, vous allez voir, nous avons les Jeux Olympiques, nous sommes contents, nous allons faire des progrès dans le domaine des droits de l’homme, vous verrez… tout va changer». On tire un bilan six ans après – puisque ça fait six ans – qu’est-ce qu’il en est des droits de l’homme, il n’y a pas de progrès des droits de l’homme ! Ce n’est pas vrai ! Les choses ne se sont pas améliorées. Donc, c’est pour ça qu’aujourd’hui, on réécrit aux gens du CIO, à M. Jacques Rogge, le président du CIO, pour lui dire que certains engagements qui ont été pris par les autorités de Pékin ne sont pas respectés, et que c’est à vous de les faire respecter.
On ne doit pas courir, sauter, participer à des épreuves à côté des plus grandes prisons du monde
Écoutez, nous ne sommes pas contre le sport, moi j’aime le sport, plein de gens aiment le sport, on aime les Jeux Olympiques, on aimerait que les Jeux Olympiques soient une fête. Ce n’est pas nous qui prenons en otages les Jeux Olympiques. Ce sont les autorités chinoises. Ce sont les autorités chinoises qui prennent en otages les Jeux Olympiques, qui contredisent l’esprit, la charte olympique, qui prennent en otage les sportifs eux-mêmes.
Vous savez, de nombreux sportifs vont participer aux Jeux Olympiques, ces gens sont attachés aux libertés. Ils vont courir, sauter, participer à des épreuves à côté des plus grandes prisons du monde, puisqu’il y en a plusieurs milliers, au moins plusieurs milliers de prisonniers politiques en Chine. Ce sont les Jeux Olympiques qui sont pris en otage par les autorités chinoises qui ne respectent pas leurs engagements, et qui ne respectent pas l’esprit olympique.
Qu’allons-nous faire par rapport à cela ? nous allons faire de nombreux efforts pour alerter le grand public, alerter les sportifs, alerter les gouvernements en leur disant : «c’est de votre responsabilité». Aujourd’hui, on peut obtenir des autorités chinoises un certain nombre de choses, les autorités chinoises à Pékin ont tellement envie que les Jeux Olympiques se passent bien, qu’elles sont prêtes à faire un certain nombre de gestes. Alors, il faut que le comité international olympique leur demande explicitement de faire un certain nombre de gestes.
Quels gestes ? Ca veut dire libérer un certain nombre de gens, il faut donner des listes de gens qui sont emprisonnés en Chine en demandant au comité international olympique, à M. Rogge, son président, de dire : «voilà une liste de gens à libérer».
Il n’y a aucun respect de l’indépendance syndicale, il n’y a pas de parti indépendant du Parti Communiste, il n’y a aucune liberté religieuse, il n’y a aucune liberté de la presse. On torture aujourd’hui dans un certain nombre de prisons, on exécute massivement des gens publiquement… écoutez… attendez… c’est un des pires pays pour les droits de l’homme. Donc, il faut aujourd’hui que le comité international olympique se retourne vers Pékin et leur dise qu’on veut que «comme vous l’aviez dit, comme vous vous y étiez engagés, que vous amélioriez la situation des droits de l’homme en Chine».
Certains bradent la liberté et la dignité pour leurs propres intérêts commerciaux
Le Comité international olympique, les États ont les moyens de le faire. Je sais qu’en même temps ils ne veulent pas le faire pour d’autres raisons, ils ne veulent pas le faire car ils ont tous envie de vendre aux Chinois, ils ont tous envie de faire des affaires avec les autorités chinoises, ils ont tous envie de ne pas faire de la peine aux sponsors des Jeux Olympiques qui eux ont envie que les Jeux Olympiques aient lieu à Pékin pour ne pas se disputer avec le gouvernement chinois. Mais il y a une vraie contradiction dans la Charte Olympique. On parle de libertés et de dignité des gens. Où est la liberté, où est la dignité des Chinois ? Elle n’est pas en Chine.
LGÉ : Pour vous donc, l’esprit des Jeux Olympiques et les violations des droits de l’homme en Chine ne sont pas compatibles ?
M. Ménard : C’est incompatible, comme c’était incompatible avant, et un certain nombre d’États l’avaient dit. En 1980, il y a une soixantaine d’États qui ont boycotté les Jeux Olympiques de Moscou en avançant deux raisons : il n’y a pas de droits de l’homme à Moscou, et rappelez-vous, l’URSS venait d’occuper l’Afghanistan. Mais y a-t-il plus de respect des droits de l’homme aujourd’hui en Chine qu’il y en avait en 1980 ? Bien sûr que non, on ne respecte pas plus les droits de l’homme en Chine aujourd’hui.
Qui occupe militairement le Tibet, ce ne sont pas les Chinois ? C'est-à-dire que ceux qui ont appelé au boycott des Jeux Olympiques à Moscou en 1980, pourquoi changent-ils d’avis aujourd’hui par rapport à la Chine ? Tout simplement parce qu’il veulent faire des affaires avec les Chinois alors qu’on ne faisait pas d’affaires avec les Russes de l’Union soviétique. Or, on nous dit : «ça va maintenant, personne ne va le boycotter». C’est pas vrai. On était pour le boycott avant que les Jeux soient attribués. Maintenant il faut qu’il y ait une vraie, vraie, vraie pression, explicite mais pas dans le couloir en catimini. Explicite, publiquement, vis-à-vis des autorités chinoises pour leur dire : « Oui il y a une contradiction entre l’esprit olympique et la situation des droits de l’homme en Chine.»
Le gouvernement chinois manipule les gens avec des discours trompeurs
LGÉ : Où en sont vos « dix points » que vous aviez établis à l’époque où vous étiez allé en Chine ? Est ce qu’aujourd’hui ces « dix points » se sont améliorés, accomplis ou modifiés de quelque façon que ce soit ?
M. Ménard : Justement non. Quand nous avons été invités par les autorités chinoises en début de cette année à nous rendre en Chine, nous, on a dit d’accord car nous ne sommes pas «jusqu’au-boutistes» et qu’on discute avec tout le monde. On leur a dit «c’est très bien, vous voulez que les Jeux Olympiques soient une fête, nous aussi. Vous voulez qu’on ne fasse pas campagne contre les Jeux Olympiques, nous sommes prêts à arrêter tout de suite de faire campagne, à condition… à condition que vous respectiez un certain nombre de points». Et nous nous sommes mis d’accord avec eux sur un certain nombre de points.
Le plus important était la libération d’un certain nombre de journalistes et de cyberdissidents. Vous savez qu’entre les cyberdissidents, les journalistes et les défenseurs de la liberté d’expression, ce sont près d’une centaine de personnes qui sont en prison. Donc on leur a donné une liste : celui-là, celui-là ou celle-là, parce que c’étaient ceux qui étaient en plus mauvaise santé, c’étaient ceux qui étaient les plus vieux, c’étaient ceux qui étaient depuis le plus longtemps en prison. Ils ont dit : «Il n’y a pas de problème». Nous nous sommes mis d’accord sur des engagements, même les dates, en disant : celui-là sera libéré à telle date, celui-ci à telle date, on pourra rendre visite aux prisonniers à tel moment, vous nous permettrez de rentrer en Chine pour travailler à tel moment, vous lèverez la censure sur une partie de sites Internet à tel moment, ...
Relancer la campagne de boycott pour répondre à la trahison de Pékin envers ses engagements
Il y a eu un engagement précis mais ils n’ont respecté aucun de ces engagements… aucun de ces engagements ! Attendez, pour ma part je tire une conclusion, je ne fais pas de procès aux gens, la preuve, nous avons été honnêtes, nous avons joué le jeu, nous avons pris des engagements. On leur a dit : «Si vous faites ça, on ne fait plus de campagne contre les Jeux Olympiques». On leur a dit : «Il y a des délais à respecter», ils nous ont répondu : «On va le faire».Ils ne le font pas, moi je n’ai plus d’engagements vis-à-vis d’eux.
Nous, nous avons joué le jeu, nous avons respecté notre parole, eux n’ont pas joué le jeu et n’ont pas respecté leur parole. Qu’est ce qu’ils veulent ? Que l’on perde la face dans cette histoire ? Non, nous ne perdrons pas la face, puisqu’ils nous ont trompés. Maintenant nous le disons publiquement, il faut relancer la campagne, c’est ce que nous sommes en train de faire.
LGÉ : Dans votre campagne, les cinq anneaux enlacés qui constituent le drapeau des Jeux Olympiques sont des menottes ?
M. Ménard : Oui, l’idée c’est de dire à travers ce logo, c’est à dire à la place des cercles olympiques il y a des menottes, c’est de dire : voilà la réalité ! Ce n’est pas l’union, ce n’est pas l’harmonie, ce n’est pas le respect des autres, ce n’est pas la dignité des autres, ce n’est pas la tolérance. C’est la prison, c’est la torture, ce sont les exécutions sommaires, c’est l’absence de libertés, c’est un pouvoir qui impose sa loi à tous les autres, c’est çà la réalité. Donc ces cinq menottes incarnent cette absence de libertés. Attendez, ça, c’est un début, on va, pendant un an, vous verrez, et on vous tiendra évidement au courant, multiplier les actions et je vous garantie un certain nombre d’actions spectaculaires sur cette affaire là.
Version chinoise disponible sur
http://www.epochtimes.com/gb/7/7/5/n1764501.htm
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