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Le Dr. Frank Xie est bien au courant du rôle joué par les officiels du Consulat chinois dans les associations estudiantines. Avant d’être professeur au Département Affaires de l’Université Drexel à Philadelphie, en Pennsylvanie, Frank Xie avait été vice-président de l’association des enseignants et étudiants chinois de l’université de Purdue, à Lafayette ouest, en Indiana. Il a aussi été le premier directeur du Syndicat Solidarité des étudiants et enseignants chinois du Midwest, représentant des groupes d’étudiants chinois de 40 universités de 11 états du Midwest.
Durant les tumultueuses années 1988 et 1989, M. Xie a vu des étudiants chinois se libérer du contrôle du Consulat, et puis, au cours des années qui ont suivi le massacre de la Place Tiananmen, il a vu les officiels du Consulat chinois réaffirmer leur contrôle des associations estudiantines chinoises.
Dans une interview donnée à La Grande Époque, M. Xie a fait une rétrospective des changements qu’il a observés au sein des associations estudiantines chinoises et dans leurs relations avec les officiels du Consulat qui cherchaient à les utiliser.
Le gouvernement de l'ombre
Xie affirme que lorsqu' il était étudiant de 3e cycle de l’université de Pékin, il a été élu lors d’un scrutin démocratique, membre du Comité exécutif des Étudiants de 3e cycle, et a tenu le poste de Secrétaire du Département des affaires estudiantines. Il a remarqué que même lors d’une élection démocratique, les responsables étaient secrètement désignés par de plus hautes instances. Par exemple, les présidents des direction des étudiants de 3e cycle et de licence étaient tous deux choisis par le Comité du Parti Communiste de l’université et par le Comité de la Ligue de la Jeunesse Communiste.
En 1986, Xie est allé étudier à l’université de Purdue en Indiana. L’université avait une association des Enseignants et Étudiants Chinois (CSSA), qui était visiblement sous le contrôle du Consulat Général chinois de Chicago. Les officiels du Consulat venaient fréquemment à l’université. Xie et les autres étudiants chinois sentaient qu'ils n'étaient ni libres ni indépendants.
En 1988, les étudiants chinois de Purdue ont organisé leurs propres élections libres et Xie a été élu vice-président du CSSA et a commencé à s'engager davantage dans le fonctionnement de l'organisation étudiante.
Il dit : «Je savais alors que le CSSA était contrôlé par le Consulat généraI de Chicago. Nous avions commencé à prendre conscience qu'un Comité du Parti, tel un gouvernement de l'ombre, agissait derrière notre dos et qu’il était en contact étroit avec le Consulat. Les officiels de la section Éducation du Consulat venaient souvent à notre université. Parfois ils rencontraient tous les étudiants chinois. En d’autres occasions, ils n'en rencontraient que quelques uns, ou bien ils rencontraient seulement les membres du Comité du Parti. Je me souviens que quand ils venaient, ils descendaient souvent à l’hôtel ‘Travel Lodge Inn’ près du campus de Purdue».
À ce moment-là, certains responsables étudiants du CSSA de Purdue et ceux qui se consacraient à la démocratie en Chine, invitaient beaucoup de militants pro-démocrates, tels que le célèbre dissident Dr. Wang Bingzhang, pour donner des conférences à l’université sur l’avenir de la Chine, mais ces rencontres troublaient beaucoup le Consulat. De temps en temps les officiels du Consulat se réunissaient avec les membres du Comité du Parti pour trouver des contre-mesures.
Une fédération indépendante
Le Professeur Xie dit : «Avant même le mouvement des étudiants pour la démocratie en 1989, les étudiants chinois de Purdue avaient demandé ouvertement l'établissement d'une organisation étudiante indépendante, libre du contrôle du Consulat. Lors de l’élection annuelle, les candidats avaient déclaré que les responsables étudiants ne devraient pas provenir de ceux qui avaient servi d’informateurs secrets pour le compte du Consulat, que nous devions nous débarrasser des agents du Parti Communiste chinois (PCC) et créer une véritable organisation étudiante à Purdue. En conséquence, des candidats indépendants ont remporté les élections, et le CSSA de Purdue est devenue un véritable groupe d’étudiants indépendants».
Au moment de la grande manifestation de soutien au mouvement pour la démocratie du 4 juin 1989, des centaines de responsables étudiants de plus de quarante universités et écoles supérieures de onze états du Midwest, incluant l’Indiana, l’Illinois, le Michigan, l’Ohio, le Wisconsin, le Kentucky et l’Iowa, se sont rassemblés à Purdue et ont officiellement créé le Syndicat Solidarité des étudiants et enseignants chinois du Midwest. Purdue en fut la première université à la présidence et Frank Xie a été élu directeur.
Par la suite, davantage d’universités et établissements d'enseignement supérieur aux États-Unis ont formé leurs propres associations d’étudiants et d'enseignants chinois indépendantes, mettant presque fin au contrôle des Consulats chinois.
Le Professeur Xie a ajouté : «Les étudiants chinois se sont réveillés au milieu du mouvement des étudiants en Chine et du mouvement international pro-démocrate. Ils ont donc tous voulu se libérer du contrôle du PCC et de ses Consulats. Tous les étudiants qui se sont levés à ce moment-là étaient tous opposés au PCC et au massacre de la Place Tiananmen».
«Presque du jour au lendemain, le PCC a perdu le contrôle qu’il exerçait sur les différentes organisations estudiantines dans les universités et établissements d'enseignement supérieur des Etats-Unis. Ces responsables étudiants, qui étaient loyaux envers les Consulats, furent probablement touchés et émus par les étudiants de la Place Tiananmen et se sont sentis coupables de ce qu’ils avaient fait, ou quelque peu effrayés, si bien qu’à ce moment-là, les associations des enseignants et étudiants Chinois (CCSA) contrôlées par les communistes furent toutes remplacées par des fédérations indépendantes», nous dit encore Xie.
Des espions aident à briser des groupes indépendants
Selon le Professeur Xie, après que des groupes indépendants d'étudiants chinois se sont constitués, l'ambassade chinoise n'a pas abandonné. Elle a contrôlé d'autres étudiants et les a incités à former d'autres organisations d'étudiants, dans l'intention de continuer à exercer son influence. Par exemple, elle a formé une nouvelle organisation à Purdue appelée «Club Zhonghua de Purdue». Son objectif officiellement déclaré était d'enrichir la vie des étudiants à travers le divertissement et la gastronomie.
«Mais nous savions qu'ils étaient soutenus par le consulat chinois. Ils étaient soutenus par les membres du PCC. En général, ils disent qu'ils font cela dans l'intérêt des étudiants et qu'ils ‘ne font pas de politique’, mais nous connaissons leur véritable dessein, qui va à l'encontre du mouvement pro-démocrate et à l'encontre des étudiants du 4 juin», dit Xie.
«Le Club Zhonghua de Purdue a reçu des fonds du consulat chinois pour organiser des fêtes et montrer des films chinois. A ce moment-là, il était rare d'obtenir des vidéos des films nouvellement réalisés en Chine. Cela attirait donc beaucoup d'étudiants. Le consulat contrôlait les organisations estudiantines, et, selon leur bon vouloir, leur donnait de l'argent et leur fournissait des nouveaux films ou bien les leur refusait».
Xie rajoute que, d'après ses amis du mouvement pro-démocrate, depuis le tout début, le FBI avait enquêté sur toutes les activités estudiantines soutenues par l'ambassade chinoise et les consulats, y compris ceux du Club Zhonghua.
Au même moment, Xie a aussi remarqué que des espions étaient actifs à l'intérieur du syndicat Solidarité des enseignants et étudiants chinois du Midwest. Des agents étudiants de l'organisation provoquaient des conflits entre eux, conduisant des étudiants à se battre pour des avantages et la notoriété, et provoquaient des frictions. Il déclare : «Les tactiques utilisées nous étaient très familières – elles étaient exactement les mêmes que celles du PCC».
«En juin 1989, nous avions organisé un rassemblement de 5 000 personnes près d'un lac dans un parc du centre ville de Chicago, afin de soutenir le mouvement des étudiants de la Place Tienanmen. L'ancien sénateur américain de l'Illinois, M. Paul Simon, avait fait un discours pour exprimer le soutien des Américains aux étudiants pro-démocrates en Chine.»
«J'étais l'organisateur du rassemblement et un agent du régime communiste chinois avait débranché le courant de notre système de son. Au rassemblement, des dizaines d'anciens membres du PCC ont annoncé leur décision de démissionner du Parti afin de protester contre le massacre. Ils ont écrit leur nom et signé sur un grand papier. Nous avions remarqué quelques personnes suspectes qui prenaient des photos de ceux qui démissionnaient, de leurs noms et de leurs signatures».
Depuis, M. Xie a appris que son nom était sur une «liste noire» comprenant 50 avocats démocrates et dirigeants de fédérations indépendantes. Dans les années 1990, lorsque le passeport de Xie était sur le point d'expirer, il est allé au consulat chinois de Chicago pour le renouveler. Sa demande a été rejetée. Le fonctionnaire du consulat n'a donné aucun motif. Il a juste dit que cela «venait de directives émanant de plus haut». «Pendant une période, j'ai été apatride», a dit Xie.
Les groupes d'étudiants actuels
«La plupart des dirigeants des groupes indépendants d'étudiants chinois ont eu leur diplôme vers 1990 et 1991. Alors qu'ils quittaient le campus, le PCC est revenu. Les étudiants chinois qui venaient de Chine par la suite n'avaient pas la même expérience que nous. En Chine, les gens avaient subi un lavage de cerveau au sujet du massacre de la Place Tienanmen. Tout le monde a été forcé de nier la validité du mouvement et d'y renoncer publiquement. Le massacre lui-même est peu à peu tombé dans l'oubli».
«Ceci a conduit à la détérioration des associations indépendantes d'étudiants, et le PCC a renforcé peu à peu son contrôle. Plus tard, même des 'assignations politiques' tels que la persécution du Falun Gong ont été étendues aux campus des Etats-Unis», se souvient Xie.
«Au moment du massacre de la Place Tienanmen, dans le climat de l'opinion mondiale d'alors, des étudiants ont été capables de voir plus clairement la nature du PCC. Cela a éveillé leur sens de la justice et leur conscience sociale. Des organisations de base, telles que des fédérations indépendantes, ont été formées. Il était difficile pour le PCC d'imposer son influence».
«Mais depuis, la campagne pour la démocratie a peu à peu diminué. Dans le même temps, des étudiants ont été las d'être en désaccord avec l'ambassade et les consulats, par peur d'avoir des problèmes au moment de renouveler leur passeport ou de rendre visite à leur famille en Chine. Les organisations estudiantines ont aussi été achetées par des groupes d'intérêt et se sont mêmes battues continuellement pour leur intérêt particulier. La situation était très différente».
Xie a dit que d'après ce qu'il a vu, les dirigeants actuels des organisations estudiantines étaient tous «nommés» par les consulats chinois. Auparavant, ceux qui étaient sous le contrôle direct des consulats n'apparaissaient pas toujours comme chefs d'organisations d'étudiants, bien qu'étant des membres actifs de ces organisations. Mais maintenant, ils se battent pour obtenir les fonctions les plus importantes.
Xie rajoute : «Lorsque je postulais à des fonctions au sein des organisations estudiantines, j'étais presque seul. Mais très vite, je me suis rendu compte que mes adversaires avaient des forces derrière eux qui n'étaient autre que l'invisible ‘comité du Parti’. Le ‘comité’ décide de qui gagnera les élections. Après le choix du candidat, différentes personnes de ce comité commençaient à faire pression en faveur de ce candidat et à le faire accepter de différents réseaux».
«Auparavant, le ‘patriotisme’ était souvent utilisé comme force motrice par les loyalistes du PCC pour postuler à de hautes fonctions au sein des groupes d'étudiants. Aujourd'hui, comme la réputation du communisme en Chine se détériore rapidement, et que son idéologie s'effondre, ces leaders étudiants sont pour la plupart dirigés par leur intérêt personnel», dit Xie.
Xie pense que les étudiants chinois des États-Unis aujourd'hui sont plus pragmatiques et conduits par leurs intérêts personnels qu'il y a 20 ans. Il a souligné qu'en général les étudiants de Chine souhaitaient seulement parachever leur formation ici et retourner en Chine, et qu'ils ne connaissent pas nécessairement les activités internes des groupes d'étudiants ou des clubs de leur école.
Selon Xie, les étudiants chinois d'aujourd'hui se soucient plus d'eux-mêmes et manquent généralement d'un sens de la justice et d'un sens des responsabilités envers la société. Ils manquent également de compassion envers les groupes sociaux les plus faibles ou victimes de discrimination sociale.
«Ils n'ont pas pu apprendre le meilleur de la tradition culturelle occidentale, mais au lieu de cela, ils ont importé les pires tactiques et méthodes du Parti communiste dans des sociétés démocratiques. Ceci est vraiment gênant», dit Xie.
Néanmoins, Xie a conclu l'interview par une note positive. Il espère voir les étudiants chinois apprendre les idéaux de liberté et de démocratie de l'Occident et les appliquer de retour en Chine. Il espère aussi que les étudiants chinois sont clairvoyants sur les actes criminels du PCC et de ses agents et qu'ils comprendront que le véritable espoir et l'avenir de la Chine ne repose pas sur le Parti.
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