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Les reins de la Terre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marijo Gauthier-Bérubé, Collaboration spéciale   
18-07-2007

 

 

Si l’on qualifie les forêts de poumons de la planète, alors il faut donner le titre de reins à tous les milieux humides de la Terre. Composant 14% de la superficie du Canada et 10 % du territoire québécois, les milieux humides sont probablement l’écosystème le plus productif… mais aussi le plus menacé par le développement humain malgré tous les bienfaits importants qu’ils apportent.

Comparer les milieux humides, aussi appelés marais, étangs, tourbières ou encore marécages, à des reins est la façon la plus adéquate de rendre hommage à leur utilité.

Un marais
Les marais ont une utilité toute particulière et essentielle dans l’écosystème.(Stock.xchng)
 

En effet, les milieux humides filtrent l’eau de pluie, ou encore des rivières, afin de la débarrasser des sels nutritifs tels le phosphore ou l’azote présents en trop grande quantité. L’eau ainsi filtrée se rend ensuite dans les nappes phréatiques. Selon l’organisme sans but lucratif oeuvrant pour la protection des milieux humides, Canard Illimité, un marais peut filtrer jusqu’à 153 186 litres d’eau en une seule journée, soit plus de 200 000 bouteilles d’eau.

Les milieux humides abritent aussi plus de 600 espèces fauniques, dont environ 50 % des plantes menacées ou vulnérables du Québec et 150 espèces d’oiseaux. Ils permettent aussi l’emprisonnement des gaz à effet de serres. Selon le magazine Quatre-Temps publié par les Amis du Jardin botanique de Montréal, il y aurait plus de CO2 stocké dans les milieux humides que dans les forêts tropicales. Détruire ces milieux, c’est remettre en liberté ce que l’on tente de diminuer par tous les moyens possibles.

Cet écosystème est peut-être l’un des plus productifs de la planète, mais il est aussi l’un des plus menacé. On le draine pour irriguer nos cultures ou encore construire de nouveaux quartiers, on s’en sert comme dépotoir, etc. Bref, on le condamne à mort. Pourtant, détruire ces milieux occasionne de nombreux coûts à la société: augmentation des coûts liés au traitement des eaux et au transport de celles-ci, puisque l’on doit creuser des puits de plus en plus profonds; pénurie d’eau d’irrigation; diminution de la quantité d’eau dans les nappes phréatique; augmentation du coût des assurances en raison d’inondation (les milieux humides préviennent les inondations en absorbant l’eau excédentaire et contribuent à diminuer l’érosion du sol). Aussi, c’est pour toutes ces raisons que l’on estime la valeur d’un hectare de milieu humide de 5792 $ à 24 330 $ selon le site de Canard Illimité.

Législation
Malgré l’importance des milieux humides, les tentatives de protection restent timides. C’est en 1970 que les premières protections de ces milieux font leur apparition et ce sont surtout celles de la vallée du Saint-Laurent qui ont attiré l’attention puisqu’elles se situaient dans le couloir de migration des oiseaux, et également probablement à cause de l’exploitation agricole dans cette région. C’est en 1980 que la valeur des milieux humides devient de plus en plus reconnue puisque l’on commence à comprendre le rôle qu’ils jouent dans les écosystèmes.

Plus récemment, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) a publié un petit guide évoquant les directives à suivre pour la construction de bâtiment situé dans une zone de milieux humides. Ces directives sont émises dans le cadre de la Loi sur la qualité de l’environnement de 1972. On y parle de la marche à suivre selon les caractéristiques du milieu humide: dimension, espèces animales ou végétales, impacts sur le milieu.

Selon Jacques Brisson, professeur en sciences biologiques à l’Université de Montréal, ces nouvelles directives montrent bien à quel point nos milieux humides sont mal protégés. M. Brisson explique que la loi ne protège que les terrains d’une dimension égale ou plus grande que celle d’un terrain de football américain, soit 0,5 hectare. Toujours selon lui, la loi évacue la question des petits milieux humides qui ont pourtant une «une grande valeur écologique». «On exclut de ça les milieux humides qui ont un lien avec un cours d'eau, les tourbières ou les sites avec des espèces rares […] Pensons aux petits marécages forestiers: ce sont des habitats importants pour la reproduction des amphibiens. Certains invertébrés ne se trouvent que dans ce type d'habitat.»

Il ajoute également que ces directives donnent l’impression aux citoyens que les espèces animales et végétales sont protégées alors qu’il n’en est rien puisque ces directives touchent seulement les espèces désignées par la loi… c'est-à-dire moins de 20 % des espèces rares du Québec.
 

 

 

 

 




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