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Un précurseur de l’écodesign en France, Thierry Kazazian, affirmait
sans ambages qu’«il faut remettre en cause l’idée du tout-possession.
Passer de la possession d’un bien matériel à la mise à disposition d’un
service satisfaisant, le même besoin permettrait de passer d’une
société de consommation à une société d’usage et ainsi d’alléger
l’économie». Malheureusement, trop souvent nous ne remettons pas en cause la chaîne qui va de la conception à la consommation, en passant par la production, trop occupés que nous sommes à vouloir trouver des solutions à court terme.
Les nouveaux designers tentent de repenser à cette chaîne industrielle en fonction des nouveaux impératifs d’un développement durable qu’on ne peut plus ignorer. Kazazian est malheureusement décédé en 2006, mais sa pensée est toujours bien vivante au sein d’une communauté de visionnaires qui osent bousculer les façons de faire de l’industrie manufacturière. Il est grand temps d’ouvrir nos tribunes à cette école de pensée qui milite pour l’intégration du développement durable dans la conception des biens et services.
Un ancien sportif brouille les pistes
Plus près de nous, au Québec, Pierre-Louis Parant pratique le design industriel en adepte de la simplicité volontaire et d’un «rapport de l’homme à la nature» qui n’est pas fortuit. Il faut dire que cet ancien champion de ski acrobatique n’aime pas rester en place et ça se sent dans son expérience du design. Après avoir complété des études en architecture à l’Université Laval, ce franc-tireur du design a fréquenté, un certain temps, un cabinet d’architectes pour réaliser que sa place était plutôt dans le monde des inventeurs.
C’est la pratique des sports de compétition et son amour des grands espaces qui l’ont poussé à esquisser le prototype d’un curieux engin qui allait être modifié plusieurs fois avant d’atteindre sa forme définitive. Féru de nautisme et fervent admirateur du capitaine Cousteau, Pierre-Louis se lance dans l’aventure de la conception d’un nouveau type d’embarcation à propulsion humaine il y a quelques années de cela. Après bien des tâtonnements, avec l’appui de sa famille et les conseils de quelques amis, l’écodesigner peaufine une nouvelle version du kayak qui commence à faire parler d’elle depuis peu.
Embarcation à propulsion humaine
Le mayak est un produit hybride, entre la planche de surf et le kayak, qui favorise «une approche posturale qui aide l’usager à se détendre et qui prévient les douleurs lombaires», tient à souligner M. Parant. L’usager de cette embarcation adoptera rapidement la position du samaritain – à genou et assis à califourchon sur la partie centrale – pour le plus grand bénéfice de son dos et de sa tranquillité d’esprit.
Cette embarcation ne pèse que 29 livres – dix livres de moins que la moyenne des kayaks – et permet à l’usager d’en jouir comme bon lui semble. «J’ai toujours aimé l’état d’esprit des aventuriers de la plage qui défient les eaux avec les moyens du bord. Mon idée était de parvenir à créer une embarcation polyvalente, facile d’approche autant pour les débutants que pour les sportifs aguerris. On peut pagayer avec nos mains, utiliser des pagaies ou tout simplement retourner cette planche hybride pour se laisser choir sur le dos, histoire de prendre un agréable bain de soleil», ajoute-t-il.
Écoconception et développement durable
Au-delà de l’aspect ergonomique et ludique de son invention, Pierre-Louis Parant voulait aussi s’attaquer aux paramètres de production d’un produit qui puisse être en harmonie avec l’environnement. Un procédé peu courant, le roto moulage, allait l’aider à atteindre un niveau de flexibilité inégalable à l’étape de la conception des moules et ouvrir de nouvelles possibilités en termes de recyclage postconsommation. En effet, on parle d’un produit avec une capacité de recyclage de presque 100 %, puisqu’il est fabriqué à partir de polyéthylène sans agents de coloration.
Facile à transporter, adaptable et sécuritaire à tout point de vue, ce produit hybride s’est vu décerner une mention dans la catégorie Semi-finalistes du concours des Prix de l’Institut de Design Montréal, au mois de mai dernier. Ce produit novateur a su capter l’attention du jury en raison, fort justement, de ses nombreux traits de caractère résolument écolos.
À l’instar des précurseurs de l’écodesign, Pierre-Louis Parent estime qu’il faut faire en sorte que les objets deviennent plus légers, moins encombrants et moins dommageables pour l’environnement. S’opposant radicalement à l’industrie des produits nautiques conventionnels, il estime que son produit permettra de démocratiser le surf, un sport qui était autrefois réservé à une élite. Qui plus est, cette embarcation n’est pas composée d’une multitude de pièces, ce qui permet de la recycler sans trop de problèmes éventuellement.
C’est la simplicité qui a guidé sa démarche en bout de ligne. «J’en avais marre de voir toutes ces embarcations pétaradantes venir polluer nos cours d’eau durant la belle saison. J’ai décidé de faire plus avec moins, histoire de réconcilier les plaisanciers avec les joies des sports nautiques et de faire la preuve que l’innovation peut fort bien emprunter les chemins de la simplicité volontaire.» Ce nouveau produit ne consomme presque pas de plastique, c’est à croire que l’usager flotte tout seul sur l’eau!
Pour en savoir un peu plus sur cet écoproduit visitez leur site.
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