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Accueil arrow Economie arrow Les fonds d’investissement d’Etat : une arme économique redoutable
Les fonds d’investissement d’Etat : une arme économique redoutable Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Hanna L. Szmytko, La Grande Époque   
23-07-2007

 

 

 

 

 

 

Une nouvelle variété de fonds a fait son apparition et inquiète aujourd’hui les nations occidentales. Il s’agit des fonds d’investissement d’Etat qui sont contrôlés par les gouvernements chinois, russe ou par ceux du pays du Golfe. A la différence des fonds d’investissement privés qui prennent des participations ou rachètent des entreprises avec un objectif purement financier, les fonds d’Etat peuvent conduire leur politique d’investissement en fonction d’une stratégie d’influence où la rentabilité n’est pas le seul critère de décision. 

L’immeuble de Temasek dans le quartier financier de Shenton Way à Singapour
L’immeuble de Temasek dans le quartier financier de Shenton Way à Singapour. (AFP/Getty Images)
 

 

Les premiers grands fonds d’Etat ont été constitués par des pays producteurs de pétrole dans les années 70 grâce aux réserves de change acquises avec les pétrodollars. Aujourd’hui, ils ont un potentiel d’investissement estimé à plus de 1 000 milliards de dollars, avec un record pour les Emirats Arabes Unis dont le fonds d’investissement détient environ 800 milliards de dollars. L’Arabie Saoudite dispose aussi d’un fonds doté de 300 milliards. Les seuls placements financiers du Koweit, qui sont gérés par deux fonds d’Etat, représentent un montant de 213 milliards de dollars. Ces fonds sont très actifs, mais leurs placements sont généralement effectués dans la discrétion. Ils commencent cependant à rechercher le risque comme avec l’achat de 3,12 % du capital d’EADS (le constructeur d’Airbus) le 5 juillet dernier par le Dubai International Capital (DIC) et Dubaï Zabeel Investments, deux fonds d’investissement du gouvernement de l’émirat de Dubaï, ce qui fait de ce dernier l’un des plus importants actionnaires institutionnels d’EADS.


S’inspirant du modèle de Temasek-GIC (the Government Investment Corporation),  des agences d’investissement appartenant au gouvernement de Singapour créées dans les années 70-80 ayant sous leur gestion des fonds de plus de 300 milliards de dollars, la Chine a mis en œuvre courant 2007 son projet de création d’une Société d’Investissement d’Etat (SIE) chargée de gérer, selon les médias officiels, environ 200 milliards de dollars prélevés sur ses réserves de change qui étaient jusqu’à présent investies en majorité en bons du Trésor américain.

 

Cette somme est destinée à des investissements dans des sociétés aux Etats-Unis et en Europe. Avant même de finaliser la constitution du fond, la Chine a investi en mai dernier près de 3 milliards de dollars pour acquérir quelque 10 % du fonds d’investissements américain Blackstone, s’offrant ainsi pour son premier investissement «un cheval de Troie» aux Etats-Unis. Pour éviter toute opposition du gouvernement américain, la participation du gouvernement communiste dans Blackstone demeure en dessous du seuil de 10 % du capital. Ainsi, pauvre en expertise de rachat d’entreprises, Pékin a trouvé un moyen pour s’aguerrir aux méthodes de prise de contrôle des sociétés étrangères.


La Russie projette également de mettre en place son Fonds des générations futures à partir du 1er février 2008. Ce dernier devrait être doté de 30 milliards de dollars et alimenté régulièrement par des revenus énergétiques.

 

 

Le retour du protectionnisme
Face à la menace de voir ses champions nationaux aux mains de fonds d’Etat étrangers, notamment des fonds chinois, russes et des pays du Golfe qui ont en commun d’être gérés par des pays à économie très centralisée et fermée, le Gouvernement français a fait voter fin 2005 une loi baptisée «anti-OPA» et soumettant à autorisation et à conditions les investissements étrangers dans les sociétés françaises appartenant à onze secteurs d’activité, les secteurs de la défense, de l’énergie, de l’informatique et des matières premières étant en première ligne. La Commission européenne commence par réprouver la décision française et entame une procédure d’infraction pour «protectionnisme», mais assouplit vite sa position. En effet, le président de la Deutsche Bank Joseph Ackerman, connu pour son attachement au libéralisme, a  récemment incité le Gouvernement allemand à «définir les secteurs d’activité économique où l’Allemagne doit conserver un contrôle». Selon lui, «la Russie et la Chine se préparent actuellement à une expansion de leur politique industrielle afin de consolider les secteurs clés de leurs entreprises» indique le quotidien Agefi. Berlin pourrait décider de la création d’une agence fédérale chargée d’évaluer et éventuellement de bloquer les investissements étrangers en Allemagne pour des questions de sécurité nationale, à l’image du CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United States) qui existe aux Etats-Unis depuis 1975.


Cette prise de conscience illustre ce nouveau fruit de la mondialisation qui est la financiarisation croissante d’une économie déconnectée de sa base nationale. L’émergence de fonds d’investissement émanant de capitaux publics contrôlés par les pays à économie centralisée comme la Chine communiste et la Russie suscite l’inquiétude, surtout si ces fonds obtiennent le contrôle opérationnel des sociétés dans lesquels ils investissent. La tentation peut être grande de détourner la recherche et la valeur ajoutée d’une économie nationale libérale et créative vers un pays dirigiste, au risque d’engendrer des tensions internationales, voire de futurs conflits. La crainte est d’autant plus forte que ces pays ont en commun d’abriter des gouvernements hostiles à la démocratie et prompts à réprimer toute résurgence de liberté d’opinion.
 

 




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