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Accueil arrow L'actualité arrow Chine / Asie arrow Espionnage chinois : mêmes tactiques que les Soviets
Espionnage chinois : mêmes tactiques que les Soviets Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par La Grande Époque, coopération avec la chaîne NTDTV   
25-07-2007

 

 

Le journaliste : Lors de sa récente visite au Canada, Chen Yonglin – diplomate chinois qui a déserté le consulat chinois en Australie – a indiqué que les ambassades chinoises en Amérique du nord contrôlent et utilisent les Associations d’étudiants et d’universitaires chinois (CSSA) à des fins détournées telles que l’espionnage. De plus en plus de preuves de ce contrôle par les ambassades chinoises ont fait surface récemment. 

Interview de  Claude Moniquet de l’ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center)
Interview de Claude Moniquet de l’ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center) (NTDTV)
 

 

Quel est votre point de vue et quel rapport feriez-vous avec le cas de l’Association des étudiants chinois de Leuven (CSAL) en Belgique où des accusations similaires ont été faites en 2005 ?

M. Moniquet : Je pense que la première chose à mentionner est le fait que tous les pays utilisent l’espionnage mais la Chine le fait de manière très agressive et intensive. Les services secrets chinois travaillent exactement comme les soviétiques le faisaient. Ils ont le Ministère de la sécurité publique ainsi qu’une branche de renseignements spéciaux dans l’armée qui contrôlent de nombreuses organisations à l’étranger et en particulier les journalistes et les étudiants.  Aujourd’hui beaucoup de Chinois étudient en dehors de Chine et des dizaines de milliers de jeunes Chinois travaillent à l’étranger. Ils sont organisés en différents groupes tels que les associations étudiantes qui sont toutes liées aux ambassades chinoises, en principe par l’intermédiaire du département des affaires culturelles. Il est normal que les Chinois veulent garder un lien avec leur pays natal mais il est clair que la République populaire de Chine utilise cette technique pour transmettre des ordres aux Chinois à l’étranger et pour utiliser les étudiants à des fins d’espionnage ou de propagande.

Nous avons eu un cas très clair ici en Belgique il y a quelques années. L’Association des étudiants chinois à Leuven (CSAL) – ville universitaire importante – a fait l’objet d’une enquête, laquelle, je pense, est toujours en cours, parce qu’ils étaient accusés d’espionnage. La CSAL est liée à l’ambassade chinoise.

Le journaliste : On sait qu’aux Etats-Unis le FBI est bien au courant de l’existence de ces « agents » de la CSSA et qu’il les surveille de près. Comment évalueriez-vous la prise de conscience sur ce phénomène en Europe ? Quelle est la politique des pays européens en général et de la Belgique en particulier ?

M. Moniquet : Malheureusement l’Europe ne peut pas être comparée aux Etats-Unis sur ce point. Les Etats-Unis ont une politique très claire en ce qui concerne les problèmes de sécurité. Toutefois, en ce qui concerne les relations commerciales qu’ils ont avec la Chine, ils ont très clairement fait savoir à la Chine qu’espionner aux Etats-Unis ne peut être toléré et que quiconque s’en rendant coupable fera face à une peine de prison ou aura de gros problèmes. Malheureusement en Europe ce n’est pas le cas. La plupart des pays européens qui traitent avec la Chine, comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, etc., savent très bien que les services secrets chinois sévissent beaucoup dans leurs pays pour voler leurs secrets industriels et commerciaux mais en même temps ils ne veulent pas nuire aux relations qu’ils ont avec la Chine. Donc, la plupart des activités d’espionnage chinoises qui ont été dévoilées en France, en Belgique et en Allemagne n’ont pas fait beaucoup de bruit car les autorités voulaient éviter tout ennui avec la Chine et ne voulaient pas compromettre les relations commerciales. En résumé, les Etats-Unis montrent une image forte, alors que nous montrons une image faible, ce qui n’est bien entendu pas à notre avantage.

Le journaliste : En fait nous avons eu un exemple de la bonne manière de mener les relations avec la Chine quand le Premier ministre canadien s’est prononcé fermement sur la situation des droits de l’homme en Chine et qu’à la fin le régime chinois a dû céder.

M. Moniquet : Oui, notre erreur en traitant avec la Chine est que nous ne nous respectons pas nos principes. Nous devrions leur dire clairement que nous voulons avoir des relations commerciales avec eux mais qu’il y a certaines choses qu’ils ne peuvent pas faire, tel qu’espionner ou essayer d’influencer les communautés chinoises vivant en Europe ou menacer et manipuler ces populations chinoises locales. Je pense que le fait de suivre nos principes et  même d’imposer des sanctions telles que l’expulsion des diplomates surpris dans des activités d’espionnage, ne nuirait pas aux relations commerciales existantes. Bien entendu les autorités chinoises nieraient publiquement toute accusation et menaceraient de rompre toute relation commerciale mais finalement ils ont besoin de nous. Donc nous pourrions être plus forts et tracer des limites comme le font les Etats-Unis et le Canada.

Le journaliste : Comme vous l’avez mentionné la Chine n’est pas le seul pays qui s’engage dans l’espionnage économique mais la République populaire de Chine est unique en ce sens qu’elle exporte également la politique du Parti communiste chinois (PCC) pour contrôler sa propre population.

M. Moniquet : Absolument. En fait la Chine aujourd’hui n’est pas exactement ce que nous appellerions une démocratie. Il y a eu quelques changements. On ne peut pas dire que la Chine d’aujourd’hui soit exactement comme celle d’il y a 25 ans mais il demeure que la Chine n’est pas une démocratie, donc la Chine exerce une pression sur les Chinois quand ils vivent à l’étranger.  On peut les forcer à espionner où à suivre la politique de l’ambassade chinoise en les menaçant de créer des ennuis à leurs familles en Chine. Un pays démocratique ne le ferait jamais. Cela n’est pas suffisamment pris en considération par les responsables européens. En traitant avec un pays qui n’est pas une démocratie on doit adopter une certaine attitude et autant que possible la faire suivre nos standards et non l’opposé. Je crains qu’en échangeant et en traitant avec la Chine trop souvent nous fermions les yeux et détournions la tête.

Le journaliste : D’après votre expérience quel genre de politique conseilleriez-vous aux autorités en traitant avec les associations d’étudiants chinois utilisées comme couverture et comme organisations de front par le régime chinois ?

M. Moniquet : Je peux vous dire que lorsque nous conseillons nos clients dans le secteur privé nous leur disons de faire extrêmement attention quant ils emploient des étudiants chinois ou des stagiaires chinois et nous leur conseillons de ne pas permettre à ces étudiants ou stagiaires chinois d’avoir accès à certaines technologies ou connaissances spécifiques. Bien sûr c’est dommage pour la Chine mais nous devons agir ainsi car nous savons que beaucoup de technologies ont été volées par des agents chinois. Je pense que tout d’abord l’Europe dans son ensemble doit avoir une politique transparente et une manière d’agir unifiée en faisant face au problème de l’espionnage chinois. Elle doit dire aux Chinois que nous voulons travailler avec eux et donner aux étudiants chinois des opportunités dans nos pays mais que si nous surprenons un étudiant chinois ou un diplomate dans des activités d’espionnage ou de vol de secrets technologiques ce sera la fin de l’échange et des sanctions seront prises.

Le journaliste : En matière d’espionnage politique, une bonne idée serait pour les pays européens de mettre en place une mesure qui permettrait aux agents qui veulent se désengager – ce qui est difficile pour eux car ils sont soumis à des pressions du régime chinois – de recevoir le droit d’asile quand ils choisissent la défection. A notre connaissance ce type de mesure n’est pas encore appliquée en Europe de l’Ouest.

M. Moniquet : Malheureusement ce n’est pas une politique officielle pour l’Europe en ce moment. Je pense que nous devrions leur accorder et ainsi qu’à leur famille le statut de réfugié politique comme nous l’avions fait à l’époque de l’Union soviétique. Ce serait un bon moyen de limiter le système d’espionnage chinois.

 

 




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