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Accueil arrow L'actualité arrow Ecologie / Environnement arrow L'île d'Anticosti : désastre écologique ?
L'île d'Anticosti : désastre écologique ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marijo Gauthier-Bérubé Collaboration spéciale   
22-08-2007
Endroit isolé, l’île d’Anticosti est considérée comme un paradis sauvage
Malgré le peu de gens qui y résident, l’équilibre écologique de l’île est menacé. (Photos.com)
Dix-sept fois plus étendue que l'île de Montréal, l'île d'Anticosti est l'un de ces endroits que l'on considère comme un paradis sauvage, comme la place rêvée pour la chasse et la pêche... Mais est-ce réellement le cas? Paradis pour les humains, peut-être, mais qu'en est-il de l'écosystème de l'île?

Acquise en 1895 par un maître chocolatier français, Henri Menier, l'île d'Anticosti était, à ce moment, un endroit qui n'avait jamais connu l'activité humaine à l'exception de quelques Amérindiens qui étaient venus y chasser. Menier, grand amateur de chasse et de pêche, voyant le peu de ressources qu'offrait Anticosti, décida d'introduire de nouvelles espèces sur l'île. Il introduisit plusieurs nouvelles espèces animales, certaines ne purent s'adapter et disparurent alors que d'autres espèces se sont rapidement adaptées à leur nouvel habitat. C'est le cas du cerf de Virginie qui, aujourd'hui, a totalement envahi l'île au point de lui infliger des blessures, pour la plupart, irréparables. Ce dont on l'accuse: broutement intensif des arbustes, des plantes et des arbres, disparition prochaine des sapinières et éradication complète de l'ours noir.

De nature herbivore, le cerf de Virginie se nourrit exclusivement de plantes, d’arbustes et d'arbres. À lui seul, il a, selon une étude menée par l'Université Laval, réussi à affecter la végétation jusqu'à 60 % de toute la surface de l'île Anticosti. Depuis l'arrivée du cerf sur l'île, la plupart des plantes ligneuses (c’est-à-dire les jeunes pousses d'arbres ou d'arbustes) ont disparu de la surface d'Anticosti. De plus, les cerfs semblent sélectifs dans leur alimentation et préfèrent certaines essences à d'autres. Par exemple, les cerfs semblent préférer le sapin baumier (qui tend à disparaître) à l'épinette blanche qui profite de l'avantage pour s'imposer sur les sapinières.

La plupart des sapins de l'île sont âgés entre 50 et 70 ans et, sans renouvellement des sapinières par de jeunes arbres, les sapins de l'île d'Anticosti risquent de disparaître de la surface de l'île d'ici 50 ans, toujours selon des études de l’Université de Laval. Les sapinières seront alors vraisemblablement remplacées par des forêts composées uniquement d'épinettes blanches, ce qui réduirait la biodiversité de l'île et affecterait les populations d'insectes, d'oiseaux et de petits mammifères qui peuplent l'île.

Ces différentes populations sont, en fait, déjà affectées par la présence du cerf. Certains grands rapaces, comme le pygargue à tête blanche, préfèrent les sapins baumiers pour y bâtir leurs nids. Sans ces arbres, il est fort probable que le nombre de pygargues diminue et que cet oiseau migre vers un autre habitat. Même les populations d'insectes sont moins nombreuses qu'à l'habitude suite à la disparition de certaines plantes essentielles à leur développement. Cette diminution d'insectes sur l'île affecte aussi la pollinisation de certaines plantes puisque celles-ci ont besoin de ces vaillantes bestioles pour se reproduire.

Toujours en rapport avec la disparition des plantes, les autres animaux herbivores de l'île (le lièvre d'Amérique, l'orignal et la souris sylvestre) ont vu leur population diminuer suite à la baisse de nourriture. Même la disparition de l'ours noir est vraisemblablement attribuée au broutement intensif des populations de cerfs. Le fragile cerf de Virginie a probablement réussi à anéantir totalement la population d'ours noirs de l'île d'Anticosti, le dernier ours ayant été observé en 1998 (Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec, 2004).

La disparition de l'ours noir n'est pas seulement imputable aux cerfs, d'autres hypothèses sont possibles, mais celle de la diminution de la quantité de petits fruits est la plus probable. Le broutement intensif des cerfs a affecté les divers arbustes à fruits, principales sources de nourriture pour l'ours noir. Une étude menée par Steeve D. Côté (professeur au département de biologie de l'Université Laval et chercheur au centre d'études nordiques) et Sonia de Bellefeuille (professionnelle de recherche à la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Produits forestiers Anticosti de l'Université Laval) a démontré que la densité moyenne des petits fruits présents sur l'île était de 0,28 fruit/m2... soit 235 fois plus bas que le seuil minimum (66 fruits/m2) nécessaire pour que l'ours puisse survivre. Il est donc fort probable que les derniers ours soient morts de faim.

Le portrait tracé ici de l'île d'Anticosti n'est pas très reluisant. Malgré tout, plusieurs moyens ont été mis en place pour tenter de réajuster la situation. On élève des barrières un peu partout sur l'île autour des endroits les plus dévastés. Une fois les clôtures fermées, une chasse contrôlée, mais intensive permettra de réduire la population de cerfs comprise à l'intérieur de ces «enclos». On espère ainsi donner un coup de main aux plantes et aux pousses d'arbres afin de permettre aux sapinières de se développer correctement.

Lorsque les sapins et autres plantes auront atteint une taille suffisante pour résister aux cerfs, les barrières seront retirées. L'enjeu principal est de réussir à sauver l'île d'une catastrophe écologique tout en gardant une population importante de cerfs de façon à conserver les imposants revenus générés par la chasse et la pêche chaque année. Selon la SÉPAQ, il y aurait de 3000 à 4000 chasseurs venant des quatre coins du monde qui visiteraient l’île d’Anticosti par année.




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