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C’est à une telle question – quoique posée de façon moins abrupte – que s’efforcent de répondre, depuis plusieurs années l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) et ses nombreux partenaires privés et institutionnels, dont l’ex-MEDD (ministère de l’Écologie et du Développement durable devenu le MEDAD ou ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durable).
Ces deux autorités centralisatrices ont organisé à la Maison de la Chimie à Paris, du 19 au 21 juin dernier un colloque intitulé «Prévention et Gestion des déchets dans les territoires», regroupant la 3e édition des «Rencontres nationales de la Prévention des déchets» et la 2e édition du «Colloque Déchets et Territoires», qui se sont déroulés en alternance à intervalles divers durant trois ans, la date d’une prochaine réunion n’étant pas encore arrêtée.
Le but en était de faire le bilan des efforts déjà accomplis et d’entrevoir, autant que possible, les voies et les méthodes les plus prometteuses permettant « d’aller plus loin », tout en tentant de préciser en quoi vraiment pouvait consister ce «plus loin».
La chose n’est pas simple et rendue extrêmement complexe au contraire par le heurt perpétuel d’intérêts incompatibles, lesquels sont à l’origine de la situation désastreuse qui s’installe de plus en plus dans le monde… et les problèmes irrésolus ayant fait irruption à la mi-2007 en Italie en apportant l’illustration.
Elle est à l’évidence le fait de la société de consommation et de gaspillage qui ravage les pays dits « riches » avant de s’étendre cyniquement, si elle y parvient, à tous autres pays.
Elle est aussi le fait de l’homme, prédateur par nature et donc peu prédisposé à ménager l’environnement dont il tire sans mesure ses ressources et ses jouissances. Son nombre (désormais plus de 7 milliards) et son immodestie de plus en plus flagrante – en dépit même des génocides et conflits sans fin qui sont le scandale de certaines régions du monde, avec risque d’extension encore ailleurs – font que les processus naturels de compensation des pollutions et nuisances se trouvent dépassés.
En réalité sont totalement à revoir «en amont» la politique et l’esprit de la production de tous biens de consommation… et la mondialisation généralisée le rend impensable ; pour ce qui est de l’aval, dont la marge de manœuvre et les objectifs restent inéluctablement limités, sont à revoir aussi certaines procédures, spécialement du côté des fermentations des matières organiques tant aérobies qu’anaérobies non encore parfaitement conduites et contrôlées à côté des autres pratiques, également bien empiriques jusqu’à présent.
Pour aller plus loin
C’est la bouteille d’encre : pour ce qui est des denrées alimentaires emballées et suremballées, une tendance s’est faite jour naguère, valide essentiellement au sein d’un champ économique cohérent et homogène qu’on ne rencontre pas dans la réalité de sélectionner – si l’amont y consent – les substances les plus aisément et intégralement recyclables : polystyrène (PS), polytéréphtalate d’éthylène glycol ou polyéthylène téréphtalate (PET) parmi d’autres non destinés à la poubelle résiduelle. Une politique de prix très motivante à la vente favorisant substantiellement et résolument le vrac serait également la bienvenue, mais il ne semble en être question pour l’heure que dans certaines grandes surfaces et sous l’impulsion de certaines associations.
Pour ce qui est des matériels (et des matériaux les constituant), il serait souhaitable qu’ils soient de plus en plus de niveau de qualité «professionnel» et donc de moins en moins prématurément «jetables», mais là encore de puissants intérêts continuent de s’y opposer.
La production française de déchets
Une étude publiée par l’ADEME situe pour 2004 la production française de déchets à la hauteur des 849 millions de tonnes, avec la répartition suivante : les déchets des collectivités (voirie, marchés, boues de STEP, déchets verts) représentent 14 millions de tonnes ; les déchets des ménages : 28 (dont 6 d’encombrants et déchets verts et 22 d’ordures strictement ménagères) ; les déchets des entreprises comptent pour 90 (dont 84 de «non dangereux» et 6 de «dangereux») ; les déchets de l’agriculture et de la sylviculture (élevages, cultures, forêts) correspondent à 374 millions de tonnes ; les déchets d’activités de soins comptent pour 0,2 et les déchets du BTP (Bâtiment et Travaux publics) pour 343, dont 340 de «non dangereux»…
Quant à la production d’ordures ménagères, elle équivalait en 2004 avant tris sélectifs à 353 kg/habitant/an et a doublé entre 1960 et 2004 !
Que dire (bien que les éléments en soient approximativement connus) des autres pays, «riches» et moins «riches» ou encore en voie de développement accéléré… La marée des déchets s’étend à toute la terre…
Les actions envisagées à terme
Dans un contexte aussi évolutif et problématique les actions possibles – dont il est tiré l’optimum grâce à la compétence des spécialistes de l’ADEME et de ses partenaires – sont d’ordres divers : sensibilisations par campagnes au niveau tant des metteurs sur le marché que des consommateurs, opérations d’animation diverses, rédaction de fiches d’aide à l’écoconception et à une meilleure gestion générale des phases de toute production et de la mise en œuvre de tout service, etc. Certains de ces thèmes ont été repris à l’occasion des ateliers du colloque.
L’opération «déchets moins 10%»
Une centaine d’entreprises ont été invitées il y a deux ans à participer à une telle opération en bénéficiant gratuitement pour y réussir de l’accompagnement d’un expert de l’ADEME. Toutes en ont retiré un certain profit et huit d’entre elles, les plus heureuses, en ont été proclamées les lauréates le 19 juin dernier.
Nous les citons, sans pouvoir entrer dans le détail de leurs performances internes :
AISAN BITRON EUROPE (Bourgogne), DIAN (Pays de Loire) toutes deux liées à l’automobile, CILAM (produits laitiers et jus de fruits) à La Réunion, BPA (pâte à pain façonnée) en Bretagne, ITECOM (procédés de traitement de l’eau) en Pays de Loire, TECHNE (pièces plastiques et métalliques) en Rhône-Alpes, MERIAL en Midi-Pyrénées, HERO en Rhône-Alpes, récompensées pour leur communication interne sur le thème des déchets, et spécialisées respectivement dans la production pharmaceutique et biologique pour les animaux et dans les compotes de fruits.
Les perspectives d'avenir
Selon Alain Geldron, chef du département Prévention Recyclage et Organisation des Filières de l’ADEME (Angers), tous doivent prendre conscience des nécessités désormais incontournables de la réduction des déchets et vivre dans un esprit nouveau, qui implique de ne pas jeter à la légère et sans discernement, et même de permettre la réutilisation par autrui de ce dont on se sépare si ce n’est pas hors d’usage.
L’ambition est de stabiliser la production de déchets dès 2008 et de diminuer de 90 kgs/hab/an les déchets résiduels (après la collecte sélective) d’ici à 2015… alors que certains pays européens prônent les «moins 100 kgs», si ce n’est pas «bien mieux» encore, car le stockage et l’incinération représentent encore plus de 80 % du devenir de l’ensemble des ordures ménagères en France (selon Les déchets en chiffres, Données et références, de l’ADEME, édition 2007). Un des ateliers était d’ailleurs consacré aux traitements mécano-biologiques (TMB), sorte de compostage industriel destiné, avec des bonheurs divers, à limiter la part de l’incinération.
Les actions envisagées dès 2007
La campagne de communication «Réduisons vite nos déchets, ça déborde», lancée en octobre 2005 et continuée en octobre 2006 va être poursuivie sous la forme de la 2e Semaine de la réduction des déchets (3-11 novembre 2007) avec pour objectif de mobiliser davantage, spécialement les entreprises restées en retrait jusqu’à maintenant. Elle mettra à contribution tous les medias : télévision, site internet www.reduisonsnosdechets.fr , radios, presse, etc., et aura pour partenaire les réseaux FNE (France Nature Environnement) et CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie) ; de même y participeront le réseau des Recycleries et Ressourceries du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, avec le soutien financier complémentaire de VEOLIA, très puissante entreprise mondiale dérivant de Vivendi Environnement, contrôlant toutes activités liées à l’environnement.
Malgré les bonnes volontés quasi-exacerbées et les mobilisation «tous azimuts», le cadre laissé aux généreux préservateurs de l’Environnement reste trop confiné et leur latitude d’action insuffisante. Les difficultés rencontrées et contre lesquelles il est louablement lutté trahissent la très grave crise de société que connaît de plus en plus l’Occident et bientôt le reste du monde. Un tel déséquilibre structurel devra tôt ou tard se trouver radicalement compensé…
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