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Comment le président Sarkozy traitera-t-il la Chine communiste ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Michel Wu   
31-08-2007

 

Le Président français Nicolas Sarkozy
Le Président français Nicolas Sarkozy (AFP/Getty Images)
«Tout comme les Portugais qui avaient échoué à Macao il y a 500 ans, les Français sont toujours obsédés par une seule idée : nous avons des choses à vendre. M. Sarkozy pourra-t-il dépasser cette priorité ?»


L’année présidentielle s’est achevée le 17 juin. L’UMP a conquis d’abord l’Elysée, puis le Palais Bourbon, son candidat a été élu président de la République et son parti a obtenu la majorité à l’Assemblée.

Ce qui a focalisé l’attention du monde extérieur, c’est la politique internationale du nouveau gouvernement français, car dans sa prise de position en la matière le président Sarkozy s’est bien distingué de ses prédécesseurs. En janvier dernier, le candidat de l’UMP a affirmé dans son discours d’investiture : «Je ne crois pas à la ‘realpolitik’ qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats» (discours d’investiture). Dans le même discours il a souligné : «Je veux être le président de la France des droits de l’Homme » et «je ne veux être complice d’aucune dictature à travers le monde». (Id) Au mois de mai, dans une allocution prononcée lors de la passation des pouvoirs à l’Elysée, il a dit explicitement : «Je ferai de la défense des droits de l’Homme et de la lutte contre le réchauffement climatique les priorités de l’action diplomatique de la France dans le monde».

Alors, qu’est ce que la ‘realpolitik’ ? Celui qui utilise ce mot en premier est Otto Von Bismarck, célèbre chancelier prussien du XIXe siècle ; il a lancé cette notion pendant la conquête de l’Europe pour la réunification de l’Allemagne. Sa phrase la plus célèbre est : «Lorsqu’il se produit des révolutions à l’étranger, nous n’avons pas à nous demander qui a raison ou qui a tort… Nous devons prendre parti uniquement en recherchant la situation la plus favorable pour la puissance et la sécurité de la couronne de Prusse !» (Otto Von Bismarck). Actuellement en France, la ‘realpolitik’ a deux significations : abandon des idéaux pour se conformer à la réalité et action à court terme qui manque de vision stratégique, c’est-à-dire le pragmatisme au détriment des principes.

Nicolas Sarkozy s’est prononcé solennellement pour la défense des droits de l’Homme et la protection de l’environnement. On ne peut ne pas croire à sa sincérité. Cependant, vu l’histoire et les conditions dans lesquelles sera mise en œuvre sa conviction, il semble difficile qu’il atteigne ses objectifs

Tout d’abord, on verra comment il réagit face à la tentation chinoise. Je me souviens qu’il y a 40 ans, en Afrique de l’Ouest, j’avais rencontré un commerçant français ; ce jour-là, j’étais allé acheter une ampoule dans son magasin. Il a vu entrer un Chinois, et il a commencé à me parler. Ce qui lui tenait le plus à cœur, c’était de savoir combien il y avait de Chinois en Chine. Après lui avoir répondu, il m’a dit une phrase que je n’ai jamais oubliée : « Si chaque Chinois achetait comme vous une de mes ampoules, là ce serait le rêve». Cette année là, De Gaulle était président, c’était la deuxième année après l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine communiste. Il y a trente ans, juste après la grande révolution culturelle, un responsable de la relation publique d’Alcatel, célèbre société française de communication, m’avait dit que leur relation professionnelle avec la Chine communiste avait commencé par le secteur militaire ; depuis, beaucoup de centres téléphoniques en Chine utilisent les matériels et les techniques d’Alcatel. Je lui avais dit en plaisantant : «Dans ce cas la Chine s’est alcatélisée !» Surpris, il m’avait serré la main avec enthousiasme : «Merci ! Merci d’inventer ce mot français qui va tant nous réconforter !» Il y a vingt ans, deux jeunes Français que je connaissais à peine, sont venus discuter avec moi de leur grand projet d’aller dans cette Chine ouverte pour développer le domaine de la publicité. Ils m’avaient montré des dizaines de maquettes publicitaires en chinois. Par la suite, des artisans, des paysans, des gens qui travaillent dans le secteur tertiaire, des artistes, etc. tous sont venus me voir pour se renseigner sur comment aller en Chine pour exploiter cette mine d’or. En même temps, surtout après la construction de la station nucléaire de la baie de Daya en Chine, les fonctionnaires à tous les échelons se sont mis à parler volontiers des «contrats du siècle» dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’infrastructure.

A l’époque, Rémy Martin, le patron du vin «Dynastie», a apporté en Chine quelque ceps de vigne et a développé une vigne aux environs de Tianjin. Lorsque son vin fabriqué là-bas a commencé à être connu sur la côte ouest des Etats-Unis, les Français, si bouleversés par le massacre de Tian’anman en 1989, ont eux aussi été prêts à parler avec beaucoup d’enthousiasme de cette nouvelle opportunité dans le monde des affaires. Face à un marché aussi immense que la Chine, un potentiel de consommateurs incalculable… Tout comme les Portugais qui avaient échoué à Macao il y a 500 ans, les Français sont toujours obsédés par une seule idée : nous avons des choses à vendre. M. Sarkozy pourra-t-il dépasser cette priorité ?

Le côté le plus attirant de ce gigantesque marché de la Chine communiste est que là-bas, il n’y a pas de syndicats indépendants, ni de médias indépendants, ni de justice indépendante. Toutes ces conditions sont plutôt inespérées pour les investisseurs français ou autres : il suffit de s’arranger avec la «Cour», autrement dit le pouvoir communiste, et tout ira pour le mieux. Ce qui les transporte de joie, c’est que les fonctionnaires à tous les échelons acceptent leurs pots de vin, les enveloppes (rouges en Chine !) et les commissions de toutes sortes, qui sont le plus important moyen d’enrichissement pour ces fonctionnaires. D’ailleurs, si vous faites attention, vous vous apercevrez que sous la devise d’ «aimer notre pays et aimer notre peuple», le régime communiste chinois a hérité d’un principe de l’Impératrice Cixi (de la dynastie Qing) : «Mieux vaut offrir aux bandits étrangers que de donner aux valets domestiques.» Ainsi la Chine communiste devient le paradis des aventuriers étrangers !

 



 
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