AccueilOpinion Comment le président Sarkozy traitera-t-il la Chine communiste ?
Comment le président Sarkozy traitera-t-il la Chine communiste ?
Écrit par Michel Wu
31-08-2007
Page 2 sur 3
Cependant, tout commerce a un prix ; surtout pour de grosses transactions, un sacrifice non commercial est obligatoire. Si vous voulez signer des contrats commerciaux, vous devez accepter des conditions directes ou indirectes en politique. Depuis l’époque de De Gaulle, jusqu’à celle de Chirac, tout le monde est passé par là. Au début du mois de juin, lorsque le chef de file communiste chinois Hu Jintao a rencontré M. Sarkozy pendant le G8, il a jeté un vaste filet pour être sûr de sa récolte, il lui a dit souhaiter «garder les rencontres au plus haut niveau, accorder de l’importance à se préoccuper l’un de l’autre, approfondir la coopération qui porte de réels effets, promouvoir la culture traditionnelle». Monsieur Sarkozy a déjà accepté avec joie l’invitation à se rendre en Chine communiste au mois de septembre. C’est à ce moment là que nous pourrons voir comment le président refuse la ‘realpolitik’.
Le fait que le nouveau président fasse face à un passé lourd de conséquences, peut être constaté aussi par la composition de son équipe. A l’avant comme à l’arrière de la scène, les partisans de Jacques Chirac ne manquent pas. Ces gens là ont beaucoup d’amis parmi les hauts fonctionnaires du parti communiste chinois, leur relation avec la Chine communiste est passée par des serments d’amour solennels. Prenons un exemple, celui du «Baron de la droite», l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a publié en début d’année dans le Figaro, une «lettre à un ami chinois», «l’amitié fervente et sincère» qu’il montre au fil de cette lettre peut toucher jusqu’aux larmes des lecteurs non avertis. Autre exemple, Michèle Alliot-Marie, aujourd’hui ministre de l’Intérieur, est allée à Pékin en tant que ministre de la Défense avant le début de la campagne présidentielle ; elle y a renouvelé son engagement de faire sauter l’Embargo européen de 1989 sur les armes.
Nicolas Sarkozy a invité Bernard Kouchner, l’actuel ministre des Affaires étrangères, membre important de la gauche socialiste, fondateur de Médecins sans frontières, à entrer dans le Gouvernement. Cela pourrait diviser encore plus la gauche de l’opposition. Reste à voir s’il ne s’agit là que d’une décision pour décorer la vitrine des Affaires étrangères pour la France. Selon le système actuel, le pouvoir de décision sur des questions importantes internationales n’est pas au Quai d’Orsay, mais à l’Elysée. M. Sarkozy accorde depuis toujours une attention particulière à l’autre côté de l’Atlantique. Il ne lui a sans doute pas échappé que la politique étrangère des Etats-Unis a changé tout doucement de direction, passant d’une politique mettant l’accent sur l’anti-terrorisme à une politique insistant sur la démocratie et les droits de l’Homme. Pour preuve, récemment George W. Bush a donné en république Tchèque un discours sur le thème de la démocratie et des droits de l’Homme, et a inauguré solennellement à Washington le «Mémorial des victimes du communisme». Monsieur Sarkozy doit également être bien informé de ce qui se passe chez notre voisin l’Allemagne : depuis que Madame Angela Merkel est au pouvoir, elle a augmenté la dose des valeurs morales dans la politique étrangère allemande.
Evidemment, le régime communiste chinois s’en est aperçu également. Il paraît que les quatre propositions de Hu Jintao sus-mentionnées ont été formulées en réponse à cette évolution. Outre l’emballage et le trompe-l’œil, le message essentiel du chef de file des communistes chinois est de rappeler à la France de ne pas oublier que Pékin lui accorde toute son attention, et qu’il espère que la France va continuer à faire des efforts dans les domaines tangibles – autrement dit, que les valeurs soient illusoires et que les contrats soient eux substantiels.
Partant d’un autre angle d’observation, on peut aussi constater les difficultés à changer la politique chinoise de la France officielle. Dans la société française il y a une façon de dire très répandue, «c’est le Parti Communiste qui a habillé et nourri les Chinois». Comme si avant 1949, les Chinois n’avaient jamais pu se vêtir ni manger à leur faim. Ce genre de notion vient certainement de la propagande officielle, mais pas seulement : il y a aussi la participation d’un certain nombre de journalistes et chercheurs dépendants du régime. Depuis longtemps, le régime communiste chinois «travaille» sur ceux qui sont au gouvernement et ceux qui sont dans l’opposition, c’est un travail de longue haleine, fait sans relâche de façon directe ou par le truchement des ressortissants procommunistes. Dépensant sans compter, le régime de Pékin invite chaque année des hauts fonctionnaires ou des politiciens de l’opposition, des rédacteurs ou des journalistes en vue ainsi que savants, chercheurs, peintres ou artistes à visiter la chine. On les soigne, on leur offre de bons repas bien arrosés, en les entourant de toutes prévenances et en leur accordant toutes les occasions de se mettre en vedette. Pékin ne leur demande qu’une seule chose : confondre le régime avec le pays pour chanter les louanges du Parti Communiste. Les invités ne peuvent que les remercier, émus aux larmes. Parmi eux il y a des gens dans l’opposition, qui ont même dit : «Lorsque les Chinois ont commencé à composer des poèmes, nous, nous n’étions encore dans les arbres».
En France l’indépendance des médias est quelque chose d’à peine croyable même pour les Français. Pour les patrons de presse, l’information et le journalisme sont d’abord des questions à poser en terme de marché. Ils ne cachent pas leur ligne éditoriale : «Nous n’insistons pas sur ce qui déplaît aux autorités». Les journalistes expulsés en raison de leurs reportages dérangeants sont souvent rentrés au siège avec un air abattu, car leur patron estimait a priori qu’ils leur avaient causé des ennuis. Quant aux chercheurs spécialisés sur la Chine, ceux qui osent écrire ce qu’ils pensent vraiment de la Chine et qui osent dévoiler la vérité restent rarissimes. Leur embarras est que la Chine est leur gagne-pain, avant de faire quoi que ce soit, comment pourraient-ils ne pas anticiper les réactions de leur «patron» chinois ? Une fois froissé, le régime communiste chinois ne vous invite plus, on vous refuse d’entrer en Chine, votre avenir académique s’assombrit. Il y a pire, parmi ceux qui ont marché sur les pas de la grande révolution culturelle, depuis les élites françaises qui ont alimenté en 1968 les agitations sociales en France dans le sillage de la révolution dite culturelle en Chine, des maoïstes sont toujours là. Bien sûr, les écrivains vedettes de la grande révolution culturelle ont disparu en suivant l’écroulement de «la bande des quatre» en 1976. Par exemple, cette célèbre femme écrivain qui «sortit femme» du lit d’un aviateur américain et s’était rendue célèbre pendant la grande révolution en faisant tout son possible pour chanter les louanges du Parti Communiste chinois semble avoir disparu complètement du souvenir des gens. Cependant, les mensonges répandus par ces gens-là circulent encore auprès des journalistes ou des chercheurs dépendant du régime, admirateurs des grand dédaigneux des humbles, serviles par gêne et vulgaires par habitude – il faudra du temps pour nettoyer tout cela complètement.