Ces poissons cochers mesurent environ 20 cm, ils doivent leur nom à la forme de leur nageoire qui se prolonge comme un fouet de cocher. Ils se déplacent toujours en groupe et se nourrissent de plancton. C’est l’un des poissons les plus reconnaissables dans les récifs coralliens. On le rencontre dans des zones peu profondes (5 à 20 mètres), parfois seul, mais le plus souvent en groupe. (Marcel Mochet/AFP)
Pour protéger 5 m² de mer, Bill Ballantine, un des pionniers de la création des réserves marines s’est battu pendant 12 ans pour que soit ouverte en 1977 la première réserve en Nouvelle-Zélande. De son point de vue, en sauvant l’écosystème et la biodiversité de la mer on se sauvait soi-même. Les «réserves», disait-il, «sont des lieux sacrés, riches en information». En effet, les océans sont des lieux sacrés, ils occupent 70 % du globe et nous procurent 70 % de l’oxygène nécessaire à la vie terrestre. Actuellement près de 1 000 réserves marines dans le monde tentent de préserver la faune et la flore de ces sites.
Les réserves marines assurent la protection des mers
Ces aires marines sont des lieux privilégiés qui contribuent au développement et à la protection des espèces. Elles sont considérées comme l’un des moyens les plus efficaces pour freiner la pêche excessive et permettent la reconstitution des milieux marins. En effet, 60 % de la population mondiale vit à moins de 64 kilomètres des côtes et consomme beaucoup de poisson de mer, qui se trouve être la source alimentaire essentielle pour plus d’un milliard de personnes. La surpopulation de notre planète et la surpêche qui en découlent sont devenues les causes principales de la pollution des mers. Pour réduire le désastre des océans, les associations, les institutions et les dirigeants du monde s’engagent dans la création de réserves marines. Empruntant le sillage de Bill Ballantine, ils encouragent le changement des techniques de pêche afin qu’elles deviennent plus attentives à la biodiversité et respectueuses de l’environnement. Actuellement les réserves marines constituent le seul dispositif garantissant la protection des mers et permettant sa repopulation.
Protéger un écosystème entier
Une réserve marine est une zone considérée pour la richesse de ses écosystèmes, son caractère plus ou moins unique mais aussi pour sa vulnérabilité face aux pressions environnantes… Les raisons qui motivent la création d’une réserve sont diverses. Il s’agit surtout de protéger un paysage sous-marin, c’est-à-dire un écosystème entier mais aussi une espèce en danger en interdisant la pêche ou la chasse (par exemple la tortue, le dugong) à l’intérieur d’un certain périmètre. Ceci permet de neutraliser toute effraction aux moments déterminants de leur développement. Puis lorsque la réserve est créée, le public est informé par des articles parus dans la presse écrite ou des guides touristiques. Ce genre d’information est également répertoriée dans le calendrier des marées qui est obligatoire sur les bateaux. Pour renforcer le dispositif, une surveillance est assurée.
Interdiction de pêcher dans la zone concernée
La mise en place d’une réserve marine a pour première conséquence l’interdiction de pêcher dans cette zone. Cette interdiction a pour effet de réduire la mortalité des espèces comestibles et commercialisées. La réserve marine, en garantissant la fécondité des poissons, fait que la production d’œufs par unité d’aire augmente. Pourtant, le nombre de ces réserves est encore très insuffisant puisqu’il n’y aurait que 0,6 % des mers qui seraient protégées. C’est en effet trop peu si l’on considère que 80 % de ces réserves marines n’existent encore que sur le papier, sans mise en oeuvre de mesures concrètes. L’objectif des zones protégées est double : d’une part protéger la biodiversité des océans, en offrant aux espèces menacées un espace vital qui leur donnent du temps pour se reproduire en toute tranquillité, et d’autre part assurer la pérennité de la pêche en mer.
60% des espèces restent cantonnées sur leur lieu de naissance
L’efficacité réelle des réserves reste très controversée. En effet, même si elles semblent être le bon outil de protection de l’environnement marin, il est rare de trouver des expériences scientifiques démontrant leurs bienfaits. La valeur relative de l’implantation d’une réserve pour une espèce en particulier dépend de son cycle biologique et de son comportement. Une étude récente parue dans la revue Science, présentée par Serge Planes du Centre de Biologie et d’Écologie Tropicale et Méditerranéenne et par un groupe de chercheurs américains et australiens, a tenté de comprendre l’organisation sous -marine des aires protégées, en observant la disposition des larves de poissons et leur dissémination dans les océans. Jusque là, la période larvaire des poissons marins était considérée comme une phase intermédiaire avant que se fasse la dispersion dans les mers, cette étude remet en cause ce concept. D’après leurs observations près de 60 % des larves d’un groupe reviendraient coloniser les récifs dont elles sont issues. Si ce phénomène se rapporte également aux autres espèces, les chercheurs suggèrent, après vérification, de revoir les concepts de mise en place des zones protégées en intégrant cette connaissance biologique à la politique de conservation des espèces.