Bannir la chasse à l’ours polaire pour sauver l’espèce?
Écrit par Sharda Vaidyanath, La Grande Époque - Ottawa
21-09-2007
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La protection de l’ours polaire soulève la controverse au Canada. (Photos.com)
Les changements climatiques posent une plus grande menace, affirment les experts
Les populations d’ours polaires dans l’Arctique étant affectées par les changements climatiques, la proposition de mettre ces animaux sur la liste des espèces menacées et en danger d'extinction du programme United States Endangered Species Act (ESA) est en train de récolter des appuis.
Toutefois, la politique visant à protéger les ours polaires chez nos voisins du Sud pourrait ne pas avoir de réelle influence qui encouragerait le Canada à adopter des mesures similaires.
L’Institut circumpolaire canadien de l’Université d’Alberta joue un rôle de premier plan au niveau international dans la recherche sur les avantages et les inconvénients de la chasse à l’ours polaire dans l’Arctique canadien et se préoccupe également de gestion et de conservation de l’espèce. «Il ne s’agit pas seulement d’une question de science, c’est une question de politique également», estime Milton Freeman, chercheur senior à l’institut.
Après un appel au public du gouvernement américain pour débattre de la question de l’inclusion des ours polaires dans la liste des espèces en danger, M. Freeman explique que 200 000 soumissions écrites ont été envoyées au gouvernement. Parmi elles, seulement 37 % étaient d’accord avec la proposition américaine de protéger l’espèce, et seulement deux des treize soumissions effectuées par des Canadiens rejoignaient le point de vue américain.
Il y a huit juridictions sur les ours polaires et les gouvernements provinciaux ne veulent pas être négligents dans leur gestion, fait remarquer M. Freeman. Mais il ne croit pas qu’il y aura un jour une interdiction de chasser l’ours polaire au Canada.
«On reconnaît habituellement le Canada comme étant doté d’un très bon système de gestion, car les quotas sont définis par la science et le principe de précaution est appliqué.»
M. Freeman affirme que les Inuits sont les premiers à parler aux scientifiques s’ils ont des préoccupations par rapport à la chasse à l’ours. «Les Inuits ont négocié plusieurs processus de gestion partout au Canada et, selon ces processus, ils ont le droit de faire la chasse à l’ours polaire selon des pratiques de gestion durable», mentionne Duane Smith, président de la Conférence circumpolaire inuit du Canada.
Toutefois, M. Smith souligne qu’une interdiction de chasse aux États-Unis pourrait avoir des répercussions sur le plan économique et culturel au Canada. Il explique que certaines communautés qui sont en partie dépendantes du tourisme américain, comme Resolute Bay et Pond Inlet, pourraient perdre 25 000 dollars US par chasse. De plus, l’utilisation, selon la coutume, des équipes de chiens pourrait être appelée à disparaître.
M. Smith affirme que les Inuits n’appuient pas les raisons données par les États-Unis pour justifier l’interdiction, «et la consultation des É.-U. avec les Inuits pourrait être meilleure».
Aux dires de Ian Stirling, scientifique émérite d’Environnement Canada, il y a eu une proposition d'inclure les ours polaires en tant qu'espèces «menacées» sous le programme ESA, et les informations scientifiques disponibles sur les ours polaires et la glace arctique sont en train d’être analysées à la loupe.
Auteur du livre Polar Bears, M. Stirling mentionne qu’il y a dix-neuf populations distinctes d’ours polaires dans le Nord circumpolaire pour un nombre total de 20 000 à 25 000 ours.
Treize de ces populations sont soit entièrement sur le territoire canadien ou soit en commun avec d’autres pays comme le Groenland, avec lequel le Canada partage trois populations. Une seule population d’ours est partagée avec l’Alaska. Soixante pour cent de la population mondiale d’ours polaires se trouve au Canada. Les changements climatiques : la plus grande menace Cependant, les experts sont d’accord que les inquiétudes face aux changements climatiques sont plus importantes lorsqu’il s'agit de la conservation des ours dans le Nord.
Alors que les pays de la zone circumpolaire sont en lutte pour établir leurs revendications sur les ressources de l’Arctique, les changements climatiques et la fonte des glaces menacent le Nanuq (ours polaire). Et tandis que les populations d’ours diminuent, les Inuits, les scientifiques et les critiques s'entendent pour affirmer qu'il est temps de donner la priorité au Grand Nord, une région qui est en train de changer rapidement.
Pendant des milliers d’années, les Inuits vivaient en nomades et le Nanuq était leur «égal» en tant que prédateur et chasseur. Ils partageaient le même habitat et étaient en compétition pour la même nourriture, tels que les phoques ou les proies plus grosses, comme le caribou, le morse ou le béluga.
Depuis sa naissance, on enseignait à l’Inuit qu’il devait respecter cette relation symbiotique avec l’ours polaire ainsi qu’avec l’environnement rigoureux quoique fragile.
«On nous disait de ne pas parler trop des ours polaires, car ils nous écoutent et sont sagaces et dangereux», raconte Gabriel Nirlungayuk, un chasseur et directeur de la faune chez Wildlife Nunavut Tunngavik Inc. à Rankin Inlet. Mais le folklore, les croyances traditionnelles et le mode de vie des Inuits ont commencé à changer avec l’arrivée des Blancs, et ils continuent à changer dramatiquement encore plus récemment en raison des changements climatiques et de leur effet. Il n'est plus possible de chasser l’ours ou d’autres animaux librement, car des quotas et des restrictions ont été mis en place depuis au moins trois décennies, explique M. Nirlungayuk.