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Accueil arrow L'actualité arrow Science arrow Savoir mettre ses émotions au service de la raison
Savoir mettre ses émotions au service de la raison Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Cordis Nouvelles   
12-09-2006
Le plus grand rire de France à Trocadéro
Une personne participant au « plus grand éclat de rire de France », le 7 mai 2006 sur le parvis des Droits de l’homme, au Trocadéro, à Paris, pour faire connaître les bienfaits d’une pratique tombée en désuétude. D’après les neurologues, la personne qui rit synchronise les deux hémisphères de son cerveau, rétablissant en quelque sorte une connexion entre logique et émotions. Photo : AFP
Plusieurs institutions britanniques ont dévoilé le 7 septembre les conclusions de leurs nouvelles recherches sur la gestion de l’incertitude. Organisées dans le cadre du Festival des sciences de l’Association britannique pour le progrès scientifique, à Norwich, au Royaume-Uni, ces présentations examineront les multiples techniques utilisées pour faire face à un risque, du terrorisme à l’énergie nucléaire en passant par la conduite d’une voiture. A cette fin, elles se demanderont comment une personne peut affronter un risque et tenteront de répondre à une question peut-être plus importante pour la science : comment la communauté scientifique peut-elle recueillir une confiance accrue parmi le public dans une ambiance d’« histoires d’épouvante » scientifiques ?

La confiance implique toujours tant l’émotion que la raison
Peter Taylor-Gooby, directeur du Conseil de la recherche économique et sociale et professeur à l’Université du Kent, affirme que davantage d’informations pourraient être utiles, mais ne suffisent pas. « Un grand nombre de preuves démontrent que l’inquiétude à propos du risque est directement liée au manque de connaissance et au degré auquel l’événement est redouté.

De plus, la confiance implique toujours tant l’émotion que la raison. » Il apparaît donc que l’instinct « viscéral » est un moteur puissant dans l’évaluation du risque.
« La manière dont l’information sur un risque spécifique est transmise et interprétée auprès de différents publics joue également un rôle important dans la réaction adoptée », poursuit-il. « De toute évidence, un gouvernement devrait se préoccuper de susciter la confiance, mais il s’agit d’une tâche extrêmement difficile. Les citoyens doivent sentir que le plus grand sérieux leur est accordé et il serait utile que des commentaires plus abondants soient donnés à la suite de consultations publiques. La clef de voûte réside dans la transparence, en particulier lorsqu’une erreur a été commise. »

Stratégies intermédiaires entre rationalité et foi
Le docteur Jens Zinn, membre lui aussi de l’Université du Kent, a étudié différentes manières dont les individus perçoivent le risque. Il conclut que, de plus en plus souvent, ils prennent des décisions sans issues concrètes. « Nous nous exposons sans doute chaque jour à certains risques familiers sans y réfléchir - aller au travail en voiture ou prendre un escalier roulant, par exemple - mais nous devons également arrêter des décisions graves sur notre carrière, le mariage ou l’achat d’une voiture alors que nous n’avons pas assez d’informations et de certitudes pour opérer un choix rationnel », déclare-t-il. « Les stratégies intermédiaires entre la rationalité pure et la foi ou l’espérance aveugle ont une importance croissante dans un monde empreint d’incertitudes grandissantes. »

D’autres recherches de l’Université de Cardiff ont analysé comment les médias communiquent le risque dans le public. Après avoir prêté une attention particulière aux débats sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) et la recherche génétique humaine, elles ont conclu que les médias emploient typiquement un langage émotionnel pour décrire les développements scientifiques.

Ces recherches semblent indiquer que l’émotion et l’instinct sont des facteurs importants dans l’évaluation du risque, et les programmes de médias s’appuient sur ce postulat pour construire rapidement et facilement leurs récits. Un problème tient bien entendu à ce que ce style d’annonce peut occulter ou biaiser le sujet réel. Des recherches complémentaires de l’Université de Cardiff observent comment la perception du risque se transforme dans le temps chez les riverains de centrales nucléaires à mesure que le risque devient familier et que l’équilibre entre le risque, l’espace et d’autres facteurs se déplace subrepticement.

Dans un monde où l’incertitude et le risque semblent sans cesse s’exacerber, cet instinct viscéral est appelé à revêtir une importance croissante.





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