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Koffi Antoine Nadjombé, auteur du livre Togo : Quand la répression oblige à fuir. (Noé Chartier/La Grande Époque) Puni pour sa participation à un rapport d’Amnistie internationale sur la situation des droits de l’homme dans son pays, Koffi Antoine Nadjombé doit quitter sa terre natale pour échapper à la mort. Quelques années plus tard, son aventure toute réelle se retrouve dans les pages d’un livre qui l’aide à se libérer des fantômes du passé.
Nous sommes en 1999. Le dictateur au pouvoir depuis 1967, Gnassingbé Eyadema, règne d’une main de fer sur le Togo, petit pays de l’Afrique de l’Ouest. Un rapport d’Amnistie internationale, qui documente et révèle les crimes du régime au monde entier, est publié. Les autorités sont nerveuses et veulent mettre la main sur les responsables. Koffi Antoine Nadjombé, professeur de philosophie, est au centre de la mire.
Commence alors une descente aux enfers, menée de mains d’hommes vils et corrompus. Koffi est détenu, interrogé, torturé, envoyé dans une prison surpeuplée… pour son travail de défense des droits de l’homme. Libéré par la «bonne grâce» du dictateur, le pouvoir essaie de le récupérer, de l’amadouer, tout en le surveillant de près à toute heure par des agents en civil. La situation devient insupportable, Koffi s’échappe, dans un scénario dépassant la fiction hollywoodienne. Puis vient l’exil, dans un pays qui n’a pas que la terre de froide : le Danemark. Environnement hostile et sentiments d’ostracisme qui le pousseront à «fuir» une deuxième fois pour se réfugier au Canada, à Montréal plus précisément.
Toutes ces péripéties sont racontées dans le livre qu’il vient de publier : Togo : Quand la répression oblige à fuir. Imprimé sans éditeur, il s’agit d’une œuvre qui représente une démonstration d’une force de caractère que même la torture n’a pu briser. C’est un cri du cœur pour mettre fin aux exactions, une action de libération qui ne peut attendre à jamais l’arrivée d’un preneur. Le livre se lit bien, pour certains d’un coup tellement il accroche, et est écrit dans un langage imagé qui va droit au but dans sa simplicité.
La Grande Époque a rencontré M. Nadjombé.
LGÉ : Vous avez dû fuir votre pays en raison d’un rapport d’Amnistie internationale. Maintenant, vous avez écrit un livre qui, vraisemblablement, vous empêchera d’y retourner…
M. Nadjombé : Oui, on peut le dire ainsi. Mais, moi, je ne vois pas les choses de la même manière. La plupart de ceux qui ont quitté leur pays – suite à des répressions, des peines d’emprisonnement – n’ont pas voulu écrire pour des raisons de sécurité personnelle, mais je pense qu’il faut rompre avec la loi de l’omerta, la loi du silence. Dans mon esprit, c’est qu’il faut rendre compte de ce qui se passe, il faut le dire et de façon claire et nette, afin de pouvoir aider des gens qui peuvent ou qui pourront faire des enquêtes là-dessus et qui pourraient aussi donner plus de lumière pour ceux qui sont encore là-dedans.
LGÉ : Est-ce que vous pensez que le rapport a eu un impact positif sur le régime ou cela a-t-il simplement mené à plus de répression? M. Nadjombé : Dans un premier temps, il y a eu plus de répression, mais au fur et à mesure que le temps avance, aujourd’hui des régimes ne peuvent plus se permettre de prendre le peuple en otage, donc ce qui fait que le Togo, comme tout autre pays, s’ouvre aujourd’hui, parce qu’il y a la Charte des droits de l’homme qu’il faut respecter, il y a la Déclaration universelle des droits de l’homme qu’il faut respecter. Le Togo a ratifié ces conventions, donc il est obligé de suivre et de se soumettre aux exigences de ces conventions.
En 2005, le grand dictateur est mort, en occurrence Eyadema Gnassingbé, et il a été remplacé par son fils. Son fils n’a pas pour le moment (on ne sait pas si c’est parce qu’il n’a pas encore pris le goût du pouvoir)… ça semble donner quelque chose ni figue ni raisin, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de répression systématique des opposants qui sont là; certains des opposants sont rentrés dans le gouvernement.
Le grand hic qui a été le grand problème, c’est comment Faure [Gnassingbé] est arrivé au pouvoir. Ce n’était pas une élection, il a été placé au pouvoir par des militaires et à coup de sacrifices humains, près de 800 Togolais ont été tués pour que Faure puisse être sur son trône. On espère qu’à travers lui de bons moyens seront pris pour que les droits humains soient respectés. Jusqu’alors, on peut au moins le dire, il n’y a pas encore une répression massive comme on en a connu dans le temps de son papa.
On espère que les élections législatives qui vont venir prochainement puissent donner de bons résultats, que ce soit des élections pures et limpides. Il a l’habitude de féliciter les autres qui ont organisé des élections pures et démocratiques; cette fois, ce doit être lui qui soit félicité d’avoir organisé des élections sans tache, sans bavure. Et, après ces élections législatives, il sera obligé de se resoumettre à une autre élection présidentielle pour être sûr d’être président ou pas. Pour le moment, on ne le considère pas comme président. On l’appelle Monsieur Faure. Il n’est pas encore le président des Togolais, et le président des Togolais tout le monde le connaît.
LGÉ : C’est qui?
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