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Accueil arrow International arrow TOGO: Quand la répression oblige à fuir
TOGO: Quand la répression oblige à fuir Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque – Montréal   
28-09-2007


M. Nadjombé : C’est Bob-Akitani [Emmanuel Bob-Akitani, chef de l’opposition durant les élections de 2005 jugées non transparentes, ndlr].

LGÉ : Donc vous dites que la situation est un peu moins pire. Est-ce que ça veut dire que vous pourriez retourner au Togo?

M. Nadjombé : Dans mon cas, non, je ne pense pas. Pour moi, les conditions ne sont pas encore réunies. Il doit vraiment y avoir un changement politique clair et net, un changement politique qui pourrait apporter des améliorations, qui accepterait des organisations de défense des droits humains sur le terrain au Togo. À ces conditions-là, avec un président démocratiquement élu, un Parlement élu, on pourrait commencer le processus de retour.

LGÉ : Dans votre livre, vous vous échappez d’une manière totalement rocambolesque, extravagante, courageuse, on voit les agents du régime qui, sans répit, vous poursuivent… Est-ce qu’ici, même au Canada, vous pouvez être l’objet d’intimidations?

M. Nadjombé : Oui. Le régime a toujours des gens ici qui surveillent nos activités, nos allées et venues. Mais le Canada ne permet pas qu’il y ait une atteinte directe à notre vie, à notre personne physique, mais il y a toujours des manières de se défaire des opposants du régime. On connaît des gens ici qui sont des étudiants permanents. Ce sont des gens qui sont toujours étudiants et qui n’évoluent pas, qui n’avancent pas, et qui trouvent des moyens de vivre et, ces personnes, nous connaissons le travail qu’elles font au Canada.

LGÉ : Des espions?

M. Nadjombé : Oui. On pourrait les appeler des espions, des hommes du régime. Ils sont là, on les connaît. Il y en a à Montréal, à Québec, à Toronto… Partout où il y a des Togolais, il y a de ces personnes-là.

LGÉ : Votre livre n’est pas tendre envers le Danemark et sa politique sur l’immigration, malgré que ce pays a été le premier à vous accueillir…

M. Nadjombé : J’en profite pour remercier le Danemark de nous avoir sauvé la vie. Nous en sommes très, très, très reconnaissants. En tant que quelqu’un ayant fui l’oppression, quand on rentre dans un pays où l’on trouve ces mêmes formes d’oppressions, d’infantilisation des gens…, les étrangers, les réfugiés qu’ils accueillent deviennent des non-désirables. Nous n’étions pas les bienvenus finalement. Nous comprenions dans la population que nous n’étions pas les bienvenus. Nous étions de trop, nous étions des voleurs d’emplois, nous étions des tricheurs «parce que nous ne voulions pas travailler» mais, du travail, il n’y en avait pas. Les étrangers, surtout les réfugiés d’origine africaine, sont considérés comme des faiseurs d’enfants. Tout ça, jumelé dans une politique intentionnellement organisée, fait que je n’ai pas d’excuse pour cet état des choses au Danemark. C’est comme ça jusqu’à ce jour.

Je ne fais pas de la propagande pour qui que ce soit, mais quand les sociaux-démocrates étaient au pouvoir lorsque nous sommes arrivés, la situation était autre. Les réfugiés, les étrangers, étaient les bienvenus. Tout était fait pour nous accueillir, les centres étaient là. Mais dès les élections de 2001 qui ont fait venir la droite au pouvoir, c’était fini. C’était vraiment le retour à l’enfer : les réfugiés devaient se cacher, nous n’avions plus droit à quoi que ce soit, ce qui fait que je ne peux être tendre envers un pays qui a été qualifié pendant longtemps de champion de la défense des droits de l’homme.

Une grande partie de la population est raciste.

LGÉ : Nous voyons beaucoup de préjugés ressortir avec la commission Bouchard-Taylor… Est-ce que vous sentez que la situation pour les immigrants est meilleure au Canada?

M. Nadjombé : Oui, la situation est mieux au Canada.

LGÉ : Votre livre n’a pas encore d’éditeur. Vous avez décidé de le publier quand même. Pourquoi?

M. Nadjombé : J’ai décidé de le publier et de ne pas attendre un éditeur parce que j’ai essayé de prendre un temps maximum pour écrire – près de trois ans pour écrire ce livre – et ne pas le publier serait une sorte de blessure que je porterais. Alors, pour moi, le publier était nécessaire, c’était comme une thérapie. Il faut faire connaître sa douleur, il faut faire connaître ses souffrances, si on les étouffe, alors c’est nous qui porterons les revers. Donc, pour moi, c’est vraiment une thérapie, c’est vraiment un soulagement, une libération de publier ce livre, quoi qu’il m’ait coûté… Je suis toujours dans l’espoir de trouver un éditeur sous peu.

LGÉ : En quelques mots, qu’est-ce que vous souhaitez au Togo, à l’Afrique, au monde?

M. Nadjombé : Au Togo, je souhaite la venue d’une république démocratique meilleure, que les bandits qui sont au pouvoir actuellement – des filous qui sont en train de voler le pays avec leurs copines – qui n’ont d’autre forme de gouvernement que la «cleptocratie», que toutes ces personnes s’évincent et que l’Afrique renaisse dans ses droits et ses devoirs face à l’humanité, face au monde. Et que l’Afrique puisse jouer le rôle qui lui revient et que l’on ne connaisse pas l’Afrique que par les guerres, les famines, les atrocités inimaginables, c’est mon souhait le plus ardent. Je pense que la nouvelle génération est prête à ce que ce rêve devienne réalité. Ça peut prendre du temps, mais ça va se réaliser.

Le livre Togo : Quand la répression oblige à fuir de Koffi Antoine Nadjombé est disponible à la section canadienne francophone d’Amnistie internationale à Montréal, 6250, boul. Monk. Téléphone : 514 766-9766.





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