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Révélations sur un régime en crise Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Louise Nightingale   
05-11-2005

Le diplomate Chen Yonglin et le policier Hao Fengjun. Photo LGE
Le diplomate Chen Yonglin et le policier Hao Fengjun. Photo LGE

La tournée européenne de deux anciens haut fonctionnaires Chinois a fait la semaine dernière une étape très remarquée à Paris.

En conférence au Centre d’accueil de la presse étrangère à la Maison de Radio France, les deux réfugiés Chen Yonglin et Hao Fengjun ont sérieusement mis à mal l’image de respectabilité que le gouvernement chinois cherche à se construire. On en vient à se demander si les pays occidentaux ne sont pas, comme ils l’affirment avec le soutien d’une pléthore d’exemples concrets, en train de « faire entrer dans la bergerie un loup recouvert d’une peau d’agneau ».

Deux hommes au cœur de la mécanique du régime chinois

Ce sont deux hommes à l’allure digne, le visage calme et posé, qui se sont exprimés devant une salle comble dans les locaux de Radio France, à Paris le 24 octobre. Chen Yonglin et Hao Fengjun sont pourtant soumis à des pressions et des menaces constantes depuis qu’ils ont quitté leurs fonctions et demandé l’asile politique à l’Australie. Ils gênent, beaucoup, car les informations qu’ils dévoilent sont sensibles et viennent du cœur de l’appareil d’état.

Chen Yonglin était, jusqu’en mai 2005, Premier secrétaire et consul politique auprès du consulat général de Chine à Sydney. Il régnait parmi les diplomates, raconte-t-il, une atmosphère de suspicion et de surveillance permanente. Pas de vie privée à faire valoir pour ces fonctionnaires, les courriers personnels étaient ouverts et leur contenu vérifié, chaque sortie de l’ambassade nécessitait une autorisation. Pour chaque déplacement officiel, Chen était flanqué de deux personnes « pour sa sécurité », en réalité pour surveiller et rapporter ses propos au Ministère de tutelle. Chaque semaine, comme tous les autres diplomates, il devait suivre une demi-journée de cours sur la doctrine du Parti communiste chinois (PCC), qu’il qualifie de « lavages de cerveau ».

Chen Yonglin n’a pas hésité à aider les pratiquants de la méthode bouddhiste Falun Gong - qui sont persécutés par le gouvernement depuis 1999 - en leur délivrant des visas, des passeports (alors que le consulat les leur confisque) ; il a aussi retiré la moitié des noms de la liste noire établie par le consulat pour surveiller les sympathisants du mouvement. Son attitude « à la Schindler » lui a valu de ne plus pouvoir retourner en Chine sous peine d’être arrêté à son tour et de partager le triste sort de ceux dont il a pris la défense. Il a donc franchi le pas et demandé l’asile politique à l’Australie en début d’année. « Pourquoi je quitte le PCC ? La raison première est que j’aime la liberté et que je voulais retrouver ma liberté de penser et recommencer une nouvelle vie. »

Hao Fengjun, lui, travaillait pour le bureau de la sécurité publique chinois. Au départ dans la section de lutte contre la drogue, en 1999 il a été obligé d’intégrer le bureau 610, organe qu’il qualifie de « gestapo » et dont la mission principale est la persécution du Falun Gong. A noter : l’existence de ce bureau a toujours été niée par les autorités chinoises. Hao Fengjun explique qu’il n’a pas eu le choix. Personne ne voulait faire partie du bureau 610, alors ses membres y étaient assignés d’office. Un certain nombre de choses l’ont poussé à s’enfuir de Chine et à demander l’asile politique. Deux éléments ont été décisifs : le jour où il a vu un homme contraint par torture à diffamer le Falun Gong devant la télévision officielle ; et le jour où une femme lui a montré ses blessures suite aux tortures - deux grandes entailles dans le dos provoquées par une barre en métal. Lors d’une interview avec RFI Service Chine, il a dit que le peuple chinois n’est pas au courant des tortures subies par les pratiquants de Falun Gong.

Un régime en crise

En tant qu’ancien consul politique du consulat chinois d’Australie, Chen Yonglin a ouvert la conférence en affirmant que le système chinois traverse une profonde crise économique, sociale et politique. Ce système est totalement corrompu et plus personne en Chine ne croit au communisme. Les dirigeants chinois placent leur argent à l’étranger et envoient leurs enfants étudier en Amérique aux frais de l’Etat.

D’après Hao Fengjun, le système dans son ensemble est sclérosé et largement fascisant : il rappelle les paroles du général Chi Haotian qui a annoncé récemment la possibilité d’une guerre nucléaire et bactériologique contre les Etats-Unis qui se positionnent en faveur de Taiwan. Un autre général chinois, Zhu Chenghu, a déclaré lors d’une conférence de presse il y a quelques mois que dans le cadre d’une telle guerre nucléaire, la Chine est prête à détruire totalement l’Est de la Chine à partir de la ville de Xi’an et que les Américains doivent se préparer à voir détruire deux cent villes américaines. Hao ajoute qu’il y a de nombreux autres généraux qui partagent cette idée. Dans ce contexte, il est, d’après lui, inquiétant que le président Chirac ait proposé de lever l’embargo sur les armes en Chine. Chen Yonglin reprend alors vivement la parole pour s’exprimer sur cette « décision sans sagesse ». D’après lui, la Chine apprécie tellement l’indulgence française envers le Parti communiste chinois que Hu Jintao (chef du régime) a déclaré lors d’une réunion sur la politique étrangère globale du régime : « Il faut faire de l’Australie une deuxième France. »

Le devenir des investissements étrangers

D’après l’ancien diplomate, les investissements étrangers en Chine servent à renforcer le pouvoir du Parti et son contrôle. Ils nuisent donc au peuple chinois.

Chen Yonglin se fait virulent quand les relations entre Chine et France sont abordées - la patrie historique des droits de l’homme est d’après lui le pays occidental le plus manipulé par le régime chinois. Il en profite donc pour lancer un appel au gouvernement français pour qu’il cesse d’investir en Chine. Le miracle économique n’est pas une réalité mais une promesse … intenable. « Tous les chiffres de l’économie chinoise sont faux » s’écrie l’ancien diplomate.

Chen Yonglin répète alors ce que de nombreux économistes ont déjà signalé : qu’il est hasardeux d’investir dans un pays où les banques sont endettées à 50 % et où les fonctionnaires dépensent sans compter l’argent de l’Etat pour leurs avantages personnels. Qu’il est d’autant plus risqué d’investir dans un pays rongé par la corruption et par une absence totale de normes éthiques.

Les espions et le combat médiatique

Interrogé sur les allégations de contrôle des médias, chinois et étrangers, Hao Fengjun évoque une réunion qui s’est tenue le 26 juin 2001 au sein de son bureau. Le mot d’ordre était « viser les médias anti-communistes en dehors de la Chine ». Une des idées qui en ressortait était qu’il fallait « inciter ou faire en sorte que les médias étrangers travaillent pour nous [le régime] ».

Le PCC exerce de longue date un contrôle sur les médias de langue chinoise à l’étranger. Chen Yonglin cite même l’exemple d’un journal « pro-démocrate » dont le directeur reçoit de l’argent directement de l’Ambassade de Chine et est accueilli à bras ouverts en Chine continentale.

Les communautés chinoises à l’étranger restent également étroitement contrôlées par les ambassades de Chine ; par peur de la délation et de représailles sur les proches restés en Chine, personne ou presque n’ose exprimer ouvertement des positions opposées au régime chinois.

Interrogé sur ses rapports plutôt distants avec les mouvements démocratiques chinois, Chen Yonglin explique que si la démocratie a du mal à faire son chemin en Chine, c’est précisément parce que les mouvements démocratiques à l’étranger sont infiltrés par des espions chargés de les affaiblir et de les diviser. Par contraste et en réponse à une autre question (sur ses relations avec le Falun Gong), il dit trouver que « les gens qui pratiquent le Falun Gong sont des gens de bonne foi, j’en connais, on peut leur faire confiance. »

Grâce à leur témoignage, Chen Yonglin et Hao Fengjun espèrent aider leur pays. Ils rappellent à l’attention des Chinois que l’expression de la propagande d’Etat, « Aimer le parti c’est aimer le pays ; le Parti c’est la Chine » manipule le sentiment patriotique des Chinois pour stabiliser un régime qui ne pourra jamais représenter la Chine, et qui ne sera au final qu’une parenthèse malheureuse dans son histoire.

Vague de démissions au sein du PCC

Lors d’une rencontre chez Reporters sans frontières, Hao a dit que peu après la publication de la série éditoriale « Neuf commentaires sur le Parti communiste » par le journal Dajiyuan en novembre 2004, le système de police et celui de la protection et de la sécurité d’état du régime ont fait une conférence nationale à Shenzhen. L’objectif de cette conférence était de renforcer leur lutte contre Dajiyuan (version chinoise de La Grande Époque) et d’autres médias hors du contrôle du régime.

Selon Hao Fengjun, grâce à ces « Neuf commentaires », d’innombrables chinois connaissent la vraie nature du PCC et ont déclaré sur Internet leur démission du Parti. Mais les représailles sont lourdes. Dans sa ville de Tianjin, de novembre 2004 à février 2005 lorsqu’il a quitté son poste de police, chaque jour les cyberpoliciers faisaient arrêter en moyenne 20 à 30 personnes ayant déclaré leur démission du PCC.

Aujourd’hui, 5,3 millions de chinois ont déclaré leur démission du Parti, ce qui plonge ce dernier dans une crise sans précédent. Le rêve d’une Chine sans Parti communiste prend forme. Lors d’une rencontre à l’Assemblée nationale, Chen Yonglin a dit que de nombreux chinois souhaitent que les Jeux Olympiques 2008 de Pékin soient organisés par un gouvernement chinois démocratique.

 





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