|
Le réchauffement climatique transforme le lac le plus au nord de l'Amérique |
|
|
|
|
Écrit par Guillaume Lavallée, Agence France-Presse
|
|
07-10-2007 |
|
Photo satellite du nord de l'Île d'Ellesmere, avec le Groenland à droite. (Domaine publique) MONTRÉAL – Le lac le plus au nord de l'Amérique, perché sur le «sommet du monde» dans l'extrême Arctique, a subi des transformations sans précédent au cours des deux derniers siècles en raison du réchauffement climatique, a annoncé, le 26 septembre dernier, une équipe internationale de chercheurs.
Le lac Ward Hunt, situé sur une petite île éponyme dans le parc canadien de Quttinirpaaq (sommet du monde), est à l'avant-scène du réchauffement climatique, estiment-ils.
Ces chercheurs ont prélevé, en 2003, une carotte de 18 centimètres dans ce lac recouvert en permanence par quatre mètres de glace, hormis à ses extrémités. Cette carotte, qui contient des pigments d'algues et des restes de diatomées – des algues microscopiques – a été utilisée pour reconstituer la composition de cet écosystème jusqu'à la période de la dernière glaciation.
Dans les deux derniers centimètres de la carotte, qui correspondent aux deux derniers siècles, la concentration en chlorophylle était 500 fois supérieure, ce qui indique que les conditions actuelles sont «plus propices à la croissance des algues», estime le principal auteur de l'étude, Dermot Antoniades, un biologiste de l'Université Laval, à Québec.
«L'absence de diatomées et la faible concentration de pigments sous le niveau de 2,5 centimètres de la carotte suggèrent que le lac pouvait être gelé en permanence avant les années 1800», selon le chercheur qui impute ces «effets au réchauffement» climatique.
«On estime que, depuis deux cents ans, le couvert de glace sur le lac se retire de plus en plus et que la période d'ouverture marginale s'allonge, ce qui permet l'installation soudaine d'organismes comme les diatomées», précise un autre signataire de l'étude, Reinhard Pienitz, géographe à l'Université Laval.
«Il semble que le lac soit à un seuil critique. Soudainement, il y a de la vie aquatique qui s'est installée dans un système qui était auparavant scellé», explique-t-il à l'AFP.
La température moyenne en Arctique a augmenté deux fois plus, au cours des 100 dernières années, que la moyenne mondiale et, d'ici à 2100, l'épaisseur et l'étendue des glaciers de cette région polaire subiront d'«importantes diminutions», selon le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC).
L'étude dirigée par les chercheurs de l'Université Laval permet de «se faire une meilleure idée» de l'impact des changements climatiques dans ces régions inhospitalières, souligne M. Antoniades, qui cite le cas de la séparation, en août 2005, d'une plateforme de glace de la superficie de Manhattan, liée à un glacier géant, lui-même attaché à l'île d'Ellesmere.
Depuis sa séparation d'avec l'île d'Ellesmere, «l'île de glace Ayles» a dérivé sur une centaine de kilomètres dans l'Arctique, mais est désormais prisonnière des glaces.
Or, l'île de Ward Hunt, sur laquelle se trouve le lac du même nom, est située au nord de l'île d'Ellesmere, également dans l'extrême Arctique. «Si cette région montre des changements majeurs et soudains, alors on peut être certains que les effets du réchauffement climatique sont arrivés jusqu'au dernier coin du monde», s'inquiète M. Pienitz.
«Vous ne trouverez plus d'endroits au monde non touchés, vierges», regrette le professeur dont les travaux – cosignés par des chercheurs des universités McGill, de Toronto, d'Alberta, de l'Illinois ainsi que de l'Institut national de l'eau et de l'atmosphère de Nouvelle-Zélande – doivent être publiés dans l'édition du 28 septembre de la revue Geophysical Research Letters.
|
|