Écrit par Patrice-Hans Perrier, Collaboration spéciale
10-10-2007
La Communauté métropolitaine de Montréal serre la vis aux pollueurs
Daniel Green effectue des prélèvements aux abords du Technoparc de Montréal. (Gracieuseté de SVP)
Les pollueurs continuent de déverser des quantités incroyables de substances dans les cours d’eau du Québec. Il appert que les moyens mis en œuvre afin de réduire à la source les déversements d’eaux usées sont insuffisants à l’heure actuelle. Plusieurs organismes environnementaux se battent pour que les pouvoirs publics adoptent enfin une réglementation à l’échelle de la région métropolitaine de Montréal. La Communauté métropolitaine de Montréal s’apprête justement à adopter un projet de règlement sur le contrôle des déversements d’eaux usées, et il serait grand temps selon certains!
La commission de l’environnement de la Communauté métropolitaine de Montréal tenait des audiences publiques, le 2 octobre dernier, afin de recueillir les mémoires des municipalités et des Municipalités régionales de comté (MRC). Cette commission est en fin de parcours, alors que les groupes environnementaux, les représentants des grandes usines et les citoyens se sont prononcés, durant tout l’été, sur ce projet qui tente de baliser de nouvelles avenues en matière de contrôle des déversements d’eaux usées dans les ouvrages d’assainissement et les cours d’eau de la région métropolitaine.
Coralie Deny, une chargée de projet au Conseil régional de l’environnement de Montréal, estime que la station d’épuration montréalaise de la Pointe Est ne suffit pas à la tâche, et que beaucoup de matières résiduelles se retrouvent en aval pour contaminer les eaux de Sorel! Cette situation serait attribuable au fait que les pouvoirs publics ne contrôlent pas vraiment les déversements à la source. La nouvelle réglementation tentera de circonscrire ce que les entreprises auront le droit de rejeter et ce qu’elle devront traiter à la source.
Les pouvoirs publics sont débordés Daniel Green, l’activiste bien connu à la tête de la Société pour Vaincre la Pollution (SVP), estime que les gouvernements ne se donnent pas les moyens de contrôler les rejets de polluants à la source, d’où la difficulté à faire appliquer la loi actuelle en vigueur sur l’île de Montréal (Règlement 87). Il a donc décidé de mettre sur pied un programme intitulé RIVE (Réseau d’Inspection et de Vérification de l’Eau) cet été, histoire d’inciter les citoyens à faire leur part en matière d’échantillonnage. Daniel Green s’est associé avec le Journal de Montréal afin que les résultats des échantillons prélevés par les citoyens soient rendus publics, et certaines enquêtes ont provoqué de véritables remous!
Certains bateaux de croisière déverseraient leurs eaux usées et leurs déchets solides directement dans le fleuve Saint-Laurent, sans aucune considération pour le pays hôte. Des branchements illégaux à l’égout pluvial de l’Île-des-Sœurs ont été dénoncés, alors que certains promoteurs immobiliers font tout un tabac autour de leurs projets «verdoyants»! La même initiative a amené l’équipe de RIVE et du Journal de Montréal à venir recueillir quelques échantillons sur les rives qui bordent le Parc d’affaires Saint-Charles, sur un ancien site d’enfouissement de la municipalité. Ce site, qui a déjà accueilli un des deux Technoparc de Montréal, recèle une quantité phénoménale d’hydrocarbures et de BCP qui s’écoule lentement, mais sûrement, dans le fleuve, au pied du pont Victoria. Le principal intéressé et son équipe ont été en mesure de constater que les substances toxiques en présence finissent par se faufiler à travers le système de contention mis en place par la municipalité, laissant échapper des taches d’huile colorées à la surface des eaux.
Le responsable du développement durable au Comité exécutif de la Ville de Montréal, Alan de Sousa, affirme que la municipalité a hérité, à la fin des années 1980, d’un cadeau empoisonné de la part du gouvernement fédéral. En effet, les terrains concomitants au site appartenaient à des sociétés de la couronne, dont l’ancien site du CN… un phénomène de pollution industrielle qui remonte à plus d’un siècle et demi!
Les édiles ont érigé un mur de contention afin de retenir les contaminants pour fins de traitement en surface, avec les résultats décevants que l’on connaît. Un mandat vient d’être confier au CEMRS, un centre de recherche spécialisé en décontamination de sites, afin de trouver des mesures de traitement des eaux souterraines qui puissent permettre de circonscrire le problème une fois pour toute. Ce qui fait dire à Daniel Green que les pouvoirs publics attendent que tous les contaminants se soient complètement déversés dans le fleuve pour agir!
Une vigilance citoyenne Au-delà de la controverse des déversements du Technoparc dans le fleuve, plusieurs dossiers chauds font en sorte de mobiliser les troupes en faveur d’un resserrement de la réglementation concernant les déversements d’eaux usées et autres contaminants. André Bouthillier, de la coalition Eau Secours!, s’est joint à l’initiative RIVE afin de prêter main forte à un Daniel Green qui semble manifestement débordé par l’ampleur de la tâche! En outre, le Sierra Club s’est joint à cette équipe de choc qui met à la disposition des citoyens des trousses d’échantillonnage permettant de connaître, en deux temps trois mouvements, le taux de coliformes et de bactéries E-Coli dans un cours d’eau donné. Les citoyens sont aussi invités à rapporter toutes sources suspectes d’émission de substances contaminées… à la source!
Daniel Green se bat depuis longtemps pour que les pollueurs soient taxés à la source et va jusqu’à affirmer qu’un bureau d’enquête environnementale devrait être créé afin d’entreprendre des poursuites contre les contrevenants. Certains gros pollueurs ont justement choisi de quitter l’Île de Montréal pour aller s’établir en banlieue, récemment, histoire d’échapper à la réglementation locale. C’est ce qui a amené la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) à mettre sur pied une commission de l’environnement afin d’élargir les dispositions de la loi jusqu’aux confins de la deuxième couronne suburbaine. Au moment de mettre sous presse, environ 75 grandes industries montréalaises sont obligées de limiter leurs émissions de substances contaminantes ou de verser des montants compensatoires à la municipalité afin qu’elle s’occupe elle-même du problème. Chemin faisant, le législateur tente de contrer le phénomène des entreprises qui polluent à satiété, se contentant de payer des amendes qui sont ridicules en regard des sommes qui devraient être normalement investies en termes de prévention et de traitement. Pourtant, M. Bouthillier nous confiait en entrevue que plusieurs entreprises disposent d’antidotes qui leur permettraient de neutraliser leurs émissions nocives et que certaines refuseraient même de divulguer le secret de leurs antidotes au ministère fédéral de l’Environnement!
Plusieurs organismes invités à présenter un mémoire aux audiences de cette commission de l’environnement tiennent à signifier leur appui à l’adoption d’une réglementation à l’échelle de la Communauté métropolitaine de Montréal. Ce nouvel outil règlementaire aurait pour effet de «niveler par le haut» les dispositions existantes et d’assurer un meilleur contrôle des rejets d’eaux usées dans le futur. Coralie Deny finit par conclure qu’il devient impératif de traiter les émissions à la source, dans un contexte où l’unique station d’épuration de Montréal n’arrive pas à traiter de façon satisfaisante une quantité effroyable d’eaux usées. Cette fameuse station d’épuration serait, elle-même, hautement contaminée s’il faut en croire Daniel Green! Nous vous tiendrons au courant des conclusions de la commission de l’environnement de la CMM dans les semaines qui suivront.