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Birmanie : l’hypocrisie des gouvernements du monde |
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Écrit par Satya Sagar, Collaboration spéciale
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11-10-2007 |
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Page 2 sur 3 Alors il ne reste plus que la Chine et l’Inde, les deux voisins géants de la Birmanie, qui font pleuvoir sur la junte militaire investissements, aide et armements. Et voilà que le monde s’attend à ce qu’ils utilisent leur «influence» sur les généraux.
L’appui vigoureux de la Chine au régime birman n’est pas du tout surprenant pour un pays ayant la mauvaise réputation de supprimer les mouvements démocratiques et de tirer sur des civils dissidents. Je ne crois pas, toutefois, que les Chinois aient vraiment peur qu’un mouvement démocratique en Birmanie déclenche un autre événement du type Tiananmen dans leur propre pays, du moins pas immédiatement et aussi longtemps que le boum consumériste en Chine hypnotisera la population.
En fait, les Chinois, pragmatiques et conscients de la protection de leurs nombreux investissements en Birmanie, pourraient être les premiers à renverser la junte militaire s’ils sentent que la vague de protestations pour la démocratie est en train de l’emporter. Leur position future sur la Birmanie sera en dents de scie et oscillera comme un yo-yo selon quel chat, noir ou blanc, attrape la souris [analogie à une phrase de l’ex-dirigeant chinois communiste responsable de l’ouverture économique, Deng Xiaoping, pour dire qu'il importe peu que la Chine utilise un système communiste ou capitaliste car ce qui compte avant tout, c’est d'avoir un système qui fonctionne, ndlr].
De tous les pays dans le monde, le positionnement de l'Inde est le plus honteux. Autrefois, ce pays avait des gens comme Mahatma Gandhi, mais il est maintenant dirigé par des politiciens dont la moralité dégoûterait même un vendeur d’huile de serpent. L’Inde aime à tout coup clamer qu’elle est «la plus grande démocratie du monde», mais ce qu’elle ne dit à personne et que tous peuvent voir, c’est que sa compréhension de la démocratie est aussi de la «plus basse qualité».
Pour quelle autre raison, par exemple, le gouvernement indien aurait envoyé son ministre du Pétrole, Murali Deora, en Birmanie pour signer un contrat d’exploration de gaz avec la junte militaire à la fin de septembre alors que cette dernière planifiait le meurtre gratuit de ses propres citoyens? Durant les dernières années, l’Inde, en plus de faire d’autres bonnes affaires, a aussi fourni à l’armée birmane des armes et de l’entraînement, comme si ses balles ne tuaient pas déjà la population avec assez de précision.
Par contre, la situation n'était pas toujours comme cela. La phase «idéaliste» de la politique étrangère indienne envers la Birmanie date de l'époque où le premier ministre, Nehru, et son homologue birman, U Nu, étaient de bons amis et ils adoptaient des politiques basées sur la confiance et la coopération. Après un putsch militaire contre U Nu en 1962, des gouvernements indiens successifs se sont opposés, en principe, à la dictature.
Lorsque le mouvement en faveur de la démocratie était à son apogée, en 1988, le service birman de All India Radio avait, par exemple, traité le général birman, Newin, et ses hommes de «chiens» (ce qui est bien sûr très insultant pour les chiens). Avec l’avènement du gouvernement de P. V. Narasimha Rao en 1992, c’est l’Inde qui a commencé à remuer la queue.
La phase «pragmatique» de la politique étrangère indienne envers la Birmanie, depuis le début des années 1990, signifiait le rejet des principes et la promotion, par tous les moyens, des intérêts stratégiques et économiques de l’Inde. Le fait de considérer qu'il était nécessaire de contrer «l'influence chinoise» en Birmanie fournissait une autre excuse pour se rapprocher de la junte militaire.
Durant toutes ces années, ce n'était pas évident que les intérêts à long terme de l’Inde avaient bien progressé par le «pragmatisme amoral» plutôt que par «l’idéalisme confus» qui régnait auparavant. En fait, ce qui émerge – en observant de près la politique indienne actuelle – c’est que, dans l'attrait du realpolitik, le seul gagnant est le régime birman lui-même.
Prenons le mythe de l’Inde qui doit contrer la Chine. Selon des analystes en défense indiens, la Chine s’est – durant les deux dernières décennies – fermement implantée en Birmanie, mettant sur pied des installations militaires qui visent l’Inde et exerçant une influence considérable sur le régime et sa pensée stratégique. Ils disent que la forte position indienne pour la démocratie à la suite du soulèvement birman de 1988 a donné la chance à des pays, comme la Chine et le Pakistan, de se rapprocher des généraux birmans.
Ces analystes en défense de l'Inde et d'ailleurs qui, par étroitesse d'esprit, voient le monde comme une partie d’échec géopolitique et oublient que la décision du gouvernement indien de l'époque d’appuyer le mouvement en faveur de la démocratie n’était pas une «erreur» émergeant de l’ignorance, mais bien une réflexion officielle de l’appui authentique des citoyens indiens à la population birmane.
Le deuxième mythe qui motive le ministère indien des Affaires étrangères à soutenir les généraux birmans, c’est qu’en faisant ainsi, l’Inde peut obtenir l’appui de la Birmanie pour diminuer le trafic d’armes et de drogue qui nourrit des insurrections dans le nord-est de l’Inde. Cet argument suppose que la junte birmane a la volonté et la capacité de contrôler les activités des militants ethniques indiens et celles des trafiquants de drogues birmans à la frontière. Dans le cas du trafic de drogue en Birmanie, il y a des raisons de s’inquiéter : des groupes proches du régime profitent directement du trafic.
De par sa politique actuelle, le gouvernement indien n’a accompli aucun de ses objectifs stratégiques en Birmanie et s’est plutôt aliéné le mouvement favorisant la démocratie birmane et ses millions de sympathisants partout dans le monde. Tandis que des couches de la population indienne sont apathiques ou ignorent la politique de leur gouvernement face à la Birmanie, leur silence n’indique pas une approbation.
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