La Russie aurait signé une entente avec la junte birmane pour la fourniture d’avions de chasse MiG-29. (Maxim Marmur/AFP/Getty Images) BANGKOK – Dans la foulée d'Amnesty International, l'organisation Human Rights Watch (HRW) a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à décréter un embargo sur les armes contre la Birmanie et a dénoncé, en particulier, six pays fournissant le régime militaire en armements.
L'Inde et la Chine, mais aussi la Russie, Israël, la Corée du Sud et la Corée du Nord, ont livré des équipements que les militaires birmans utilisent pour «commettre des abus» en matière des droits de l'homme et «soutenir leur capacité à se maintenir au pouvoir», affirme HRW dans un communiqué.
Selon l'organisation, dont le siège est à New York, l'Inde apparaît, avec la Chine, comme l'un des principaux fournisseurs d'armements au régime des généraux.
Plus tôt cette année, l'Inde a vendu à la Birmanie deux avions de surveillance maritime BN-2, achetés dans les années 1980 à la Grande-Bretagne, ainsi que des chars de combat T-55 et des pièces d'artillerie de 105 mm, indique HRW, précisant que New Delhi se prépare également à fournir d'autres armements, dont des hélicoptères légers ALH.
De son côté, la Chine a également livré au régime birman des hélicoptères Mi-8, ainsi que des avions de combat, des navires, des chars, des camions et autres véhicules militaires, des mortiers, des mines et des fusils d'assaut, toujours selon HRW.
La Russie, elle, a signé en 2002 un accord pour la fourniture d'avions de combat MiG-29, tandis que l'entreprise sud-coréenne, Daewoo, aurait approvisionné la junte birmane en technologie et en équipement pour la construction d'une usine de mortiers, près de la localité de Prome.
De son côté, la Corée du Nord a fourni à la Birmanie des systèmes mobiles de lance-roquettes ainsi que des pièces d'artillerie, indique encore HRW, ajoutant que des ingénieurs nord-coréens ont été sollicités pour construire un réseau de tunnels dans la nouvelle capitale birmane Naypyidaw (centre) où se terre l'état-major.
Enfin, Israël aurait également fourni des armements aux généraux birmans, dont 150 chars de combat légers EE-9 Cascavels de fabrication brésilienne, vendus en 2005.
«Il est temps que le Conseil de sécurité [de l'ONU] mette fin à toutes les ventes d'armes à un gouvernement qui utilise la répression et la peur pour s'accrocher au pouvoir», estime Brad Adams, directeur pour l'Asie de Human Rights Watch.
Le 1er octobre dernier, Amnesty International avait lancé un appel similaire.
Le 10 octobre, les ambassadeurs à l'ONU des quinze membres du Conseil de sécurité se sont mis d'accord sur les principaux points d'une déclaration non contraignante «déplorant» la répression des récentes manifestations antijunte en Birmanie. Au Conseil de sécurité, la Chine et la Russie disposent d'un droit de veto.
Le gouvernement birman a déclaré «regretter» que le Conseil de sécurité de l'ONU ait «déploré» dans une déclaration, la récente répression contre des manifestants pacifiques en Birmanie, a rapporté la télévision d'État.
Le Myanmar «regrette que le président du Conseil de sécurité de l'ONU ait présenté une déclaration le 11 octobre, alors que la situation dans l'Union du Myanmar n'a pas menacé la paix et la sécurité au niveau régional et international», a précisé la télévision.
Vaste rassemblement de soutien à la junte à Rangoun
Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé le 13 octobre dernier à un rassemblement organisé, dans un stade de Rangoun, par le gouvernement en soutien à son projet constitutionnel, selon des témoins.
Les autorités ont avancé un chiffre de 100 000 personnes parmi lesquelles beaucoup de fonctionnaires et de miliciens favorables à la junte de l'Union Solidarity and Development Association (USDA).
Selon des habitants, la junte avait savamment orchestré l'événement, et des autobus étaient garés, dès le 12 octobre, aux abords de la ville pour convoyer les «manifestants».
«Ma nièce travaille pour une usine privée et elle a été obligée à participer à ce rassemblement», affirme à l'AFP un habitant de Rangoun sous le couvert de l'anonymat.
«Chaque usine de la zone industrielle devait envoyer au moins 50 personnes», a témoigné cet autre résidant.
Réunis dans le stade sous une fine pluie, les participants criaient : «La feuille de route en sept points sera un succès» ou encore «Pas de désintégration de la solidarité nationale».
Des manifestations similaires de soutien à la junte ont été organisées ces dernières semaines dans d'autres endroits du pays, mais il s'agit de la première à Rangoun – la plus grande ville du pays – depuis l'écrasement par les militaires du mouvement de protestation populaire à la fin de septembre dernier.
En août dernier, alors que couvait la crise liée à des augmentations massives de prix en Birmanie, le régime avait mis un terme à plus d'une décennie de pourparlers constitutionnels au sein d'une Convention nationale, processus entièrement contrôlé par lui et qui constituait la première étape de sa «feuille de route».
La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la célèbre opposante Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, avait boycotté la Convention censée aboutir à un référendum sur une nouvelle Constitution ainsi qu’à des élections, dont les dates n'ont pas été fixées.
En Occident, le processus a été qualifié de «farce».
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