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Le logo d’Enron devant le siège de la compagnie à Houston (James Nielsen/Getty Images News) Enron, World-Com, et Tyco sont maintenant des noms fermement gravés dans les annales des entreprises ayant commis des actes illégaux. Les cas de grave criminalité en «col blanc» sont encore rares, tandis que les activités de fraude dans les entreprises ne sont plus des incidents isolés.
Selon une récente étude réalisée par Economist Intelligence Unit (EIU), une société de recherche et de conseil basée à Londres, près de 80 % des cadres dirigeants ont connu ou eu connaissance d’un acte de fraude au sein de leur entreprise au cours des trois dernières années.
Le vol de fournitures et d’actifs portatifs (par exemple les projecteurs de salles de conférence), qui est signalé par plus des deux tiers des personnes sondées, se situent dans le haut de la liste. Près de la moitié des dirigeants interrogés ont indiqué que le non-respect de la réglementation, les conflits d'intérêt, le vol de propriété intellectuelle et de secrets commerciaux, la fraude financière, la corruption et les pots-de-vin ont eu un impact significatif sur les revenus. Parmi les entreprises réalisant un chiffre d’affaires de plus de 5 milliards de dollars, 10 % des personnes interrogées ont rapporté que plus de 100 millions de dollars de revenus par an ont été perdus à cause de la fraude.
Les sociétés de services financiers – banques, sociétés de courtage et détenteurs de valeurs mobilières – ont été les plus touchées. En moyenne, les pertes dues à la fraude dans le secteur des services financiers sont le double de la moyenne des autres industries. «Les grandes entreprises sont évidemment les plus touchées», indique Kroll Inc, un cabinet de conseil et d'enquête basé à New York et tenu par Marsh & McLennan Companies : «En moyenne, elles perdent six fois plus d'argent à cause de la fraude que les sociétés plus petites», selon Kroll dans un Rapport mondial sur la fraude.
Plus la filiale est éloignée de la société mère, plus le risque de fraude est important, souligne le même rapport. «La fraude se produit à une plus grande échelle loin de la maison mère, les opérations plus lointaines créent un nombre disproportionné d'incidents», déclare B. Jules Kroll, le président de Kroll. Le rapport a fondé son analyse sur l’enquête d'EIU auprès d’environ 900 cadres dirigeants d'Europe, d'Asie et du Pacifique, d'Amérique du Nord et d’Amérique du Sud.
La fraude devient de plus en plus préjudiciable
Aujourd'hui, le progrès technologique crée une fraude encore plus préjudiciable et plus profonde que jamais auparavant. Le rapport en conclut que, bien que la fraude soit un vieux fléau, il a grimpé à des sommets sans précédent après le tournant du XXIe siècle. «Les risques de fraude dans les entreprises sont plus élevés aujourd'hui que par le passé», déclare Andres Antonius, président des services de consultation de Kroll.
Dans le passé, les activités criminelles étaient relativement bénignes et se limitaient au plagiat, au vol de caisse, à la vente de fausses marchandises et quelques autres arnaques. Aujourd'hui, en raison d’Internet, les crimes en entreprise se sont métamorphosés en des actes plus profonds et peuvent être perpétrés de façon beaucoup plus rapide que par le passé. Par exemple, la manipulation des comptes financiers de l'entreprise peut générer des centaines de millions de dollars de recettes fictives en quelques secondes.
Le vol d'identité, la fraude liée à la carte de crédit, les mouvements de fonds ou de comptes bancaires non autorisés par l'entreprise, le vol de secrets commerciaux, la falsification des informations financières, le versement des pots-de-vin et la corruption sont les types de fraude les plus répandus dans l'environnement des entreprises.
De nos jours, les entreprises et leurs réseaux informatiques dépendent de systèmes d'information très complexes, et de l’intégrité de données à communiquer rapidement avec les fournisseurs, les clients, les banques et les filiales. Les transactions frauduleuses et les données peuvent donc faire des dégâts beaucoup plus rapides et toucher un plus grand nombre de personnes que jamais auparavant.
La question de l'emplacement et de la taille
Pour alimenter leur expansion, les entreprises multinationales se déplacent dans des régions où les lois et les systèmes réglementaires sont sous-développés, n'existent pas, ou sont impossibles à appliquer. La corruption et la fraude financière sont généralement communes à une région et sont plus répandues au Moyen-Orient, en Europe orientale, en Afrique, en Amérique latine et dans les pays d'Asie que dans les marchés développés.
«L'étendue de la corruption et des pots-de-vin varie considérablement d'une région à l'autre», affirme le rapport. «Parmi les entreprises opérant en Chine, 38 % ont connu une fraude au cours des trois dernières années, contre seulement 14 % en Inde, une économie rivale en développement», selon le rapport. Toutefois, le vol de propriété intellectuelle et d’informations sont des attaques plus courantes aux États-Unis que dans n'importe quelle autre région du monde. «La fréquence des fraudes les plus répandues dans l’entreprise, et celles qui donnent lieu à la plus forte préoccupation, varie relativement peu d’une région à l‘autre», indique le rapport.
Lutte contre la fraude
En 2004, ABB Ltd, une entreprise suisse d'ingénierie du groupe suédois, a été condamnée à une amende de 10,5 millions de dollars et une somme additionnelle de 5,9 millions de dollars pour gains illicites. En outre, ABB a dû supporter environ 17 millions de dollars en honoraires d'avocat.
Aux États-Unis, l’U.S. Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) est utilisé pour condamner les dirigeants, les salariés et les entreprises, et l’on constate une augmentation constante de son application au cours des dernières années. Le FCPA est devenu courant dans les salles d'audience depuis les scandales Enron et WorldCom. En avril 2007, l’instance de l’U.S. Department of Justice and the Securities and Exchange Commission a condamné pour corruption Baker Hughes Inc, un groupe de services pétroliers. Les amendes pénales et civiles s’élevaient à 44,1 millions de dollars.
L’Opération Raw Deal, menée en septembre 2007 par l’U.S Drug Enforcement Administration (DEA) et d'autres organismes fédéraux américains visait la fabrication et le trafic illicites de stéroïdes et de matières premières associées, dont la majorité provenait de Chine. Plus de 124 personnes ont été arrêtées et plus de 100 sites de fabrication clandestins ont été fermés aux États-Unis. La «DEA a attaqué avec succès l’industrie illégale des stéroïdes à tous les niveaux de son réseau de distribution – des fabricants en Chine qui fournissent les matières premières, aux trafiquants aux États-Unis qui commercialisent la dose mortelle», a déclaré Karne P. Tandy, administrateur à la DEA, dans un récent communiqué de presse du ministère de la Justice.
Les entreprises commencent à mener des vérifications approfondies des antécédents des employés avant leur embauche. Depuis 2005, on note un nombre sans cesse croissant de futurs employés ayant falsifié leur curriculum vitae ou leurs formulaires de demande d'emploi. La falsification des dossiers d'emploi a augmenté de près de 13 % de 2005 à 2006. Selon un rapport de Kroll, une vérification des antécédents et de l'éducation a révélé que plus de 7 % des demandeurs ont exagéré leurs résultats scolaires.
«Non seulement les employeurs rendent obligatoire les tests de dépistage de drogue et la vérification des antécédents criminels avant l’embauche des employés potentiels, mais ils creusent plus profondément que jamais auparavant», a déclaré Barry Cedric, un vice-président de Kroll.
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