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Jusqu’où ira la rhétorique anti-Iran? - ANALYSE Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque – Montréal   
24-10-2007

 

Le rôle d’Israël
Le rôle d’Israël dans cette histoire est déterminant. On retrouve au sein de son administration et du lobby pro-israélien les partisans les plus déterminés d’une approche forte contre l’Iran. Et pour cause, car dans leur compréhension il en va de la survie de l’État hébreu. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a répété à plusieurs reprises son désir d’en finir avec Israël.

Ces déclarations incendiaires ont suscité la colère, mais n’ont pas déclenché d’actions spécifiques. Mais pour les plus grands détracteurs du régime iranien, les mots d’Ahmadinejad ne représentent rien de moins qu’une incitation au génocide.


Lors de la Conférence mondiale pour la prévention du génocide qui s’est tenue à Montréal du 11 au 13 octobre, un des thèmes abordés était Les racines du génocide : propagande de la haine et banalisation du mal. Le député libéral et ancien ministre de la Justice, Irwin Cotler, a particulièrement parlé du cas iranien. Selon lui, le fait d’écrire «Effacer Israël de la carte» sur un missile Shabbaz et le parader dans les rues de Téhéran représente un signe annonciateur d’un génocide. M. Cotler s’insurge que l’Iran puisse s’en tirer avec de tels gestes. «L’Holocauste n’a pas commencé avec les chambres à gaz, il a commencé avec des mots», a-t-il rappelé.

Des hypothèses suggèrent qu’Israël serait au beau milieu d’un plan d’intervention militaire contre le régime iranien. L’affaire du bombardement israélien en Syrie au début du mois de septembre a fait couler beaucoup d’encre et nous sommes demeurés dans le mystère quant à la motivation exacte.

Selon quelques fuites de l’administration américaine, on en venait à suggérer une certaine implication de la Corée du Nord. Une des théories est la suivante : l’administration Bush cherche la détente avec Pyongyang, à condition qu’elle se départisse de son programme nucléaire. Kim Jong-Il, le «cher» dirigeant communiste, a plus d’un tour dans son sac. Il dit «oui, oui», se retourne et vend le matériel nucléaire à la Syrie. Le bombardement israélien en Syrie aurait visé des installations nucléaires rendues possible grâce à une coopération de Pyongyang. Cette thèse ne fait pas l’unanimité, étant balayée par certains comme un pur non-sens. Elle serait, selon eux, la fabrication d’une clique de gens voulant nuire aux efforts de détente de Bush avec la Corée du Nord.

Tony Blair s’en mêle
L’ancien premier ministre britannique, Tony Blair, s’est joint au canon de voix critiquant l’Iran. Dans son premier discours majeur depuis qu’il a quitté son poste, rapporte BBC News, s’adressant à des gens influents de New York, il a déclaré que l’Iran jouait un rôle déstabilisateur et soutenait le terrorisme. L’homme, fidèle allié de Washington, aurait comparé le discours du régime iranien avec la montée du fascisme dans les années 1920.

Changer de cible
Le célèbre journaliste américain du New Yorker, Seymour Hersh, révélait récemment que l’administration Bush avait décidé de changer de cible dans une éventuelle attaque contre l’Iran. Le souhait de désigner les Gardiens de la révolution iraniens (ou Pasdarans) comme «organisation terroriste» en serait un signe. Plutôt que de cibler des installations nucléaires, Bush-Cheney et compagnie auraient décidé d’attaquer le corps d’élite de l’armée iranienne.

Selon Hersh, ce changement s’expliquerait par plusieurs facteurs. Premièrement, «le président et ses conseillers principaux auraient conclu que la campagne pour convaincre le public américain que l’Iran pose une menace nucléaire imminente aurait échoué (contrairement à une campagne similaire menant à la guerre en Irak), donc qu’il n’y aurait pas assez de soutien populaire pour une campagne de bombardement massive». Deuxièmement, la Maison Blanche aurait reconnu que l’Iran aurait encore besoin de cinq ans avant d’avoir la bombe. Troisièmement, on croirait de plus en plus, à Washington, que l’Iran émerge au Moyen-Orient comme «le champion géopolitique de la guerre en Irak».

Guerre mondiale?
Avec Vladimir Poutine en visite en Iran, la déclaration «rhétorique» du président Bush était-elle si farfelue? Les pays sont à couteaux tirés, et chaque rencontre entre les deux géants visant à «régler des différents» finit plus souvent qu’autrement par une rebuffade de Moscou. Nouvelle course à l’armement et nouvelle guerre froide sont des termes de plus en plus récurrents. Eux aussi ne sont pas farfelus, avec l’ambition non cachée de la Russie de s’imposer concrètement sur la scène internationale.

La plus grande pomme de discorde demeure bien entendu l’Iran, pays avec lequel Poutine souhaite avoir une coopération accrue. Comment réagirait Moscou à des frappes américaines chez son copain voisin?

Le rôle de la Grande-Bretagne serait assez clair et celui de la France, sous le nouveau président Sarkozy, l’est aussi. Les récentes déclarations du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, laissent entendre que Paris se rallierait à Washington plutôt que de faire un pied de nez à Bush semblable à celui sur la guerre en Irak. En ce qui a trait à la Chine, elle rejoindrait naturellement la position russe.

Si la France rejetait l’invasion de l’Irak en raison d’une violation du droit international et de l’absence de l’aval des Nations Unies, il serait intéressant de voir comment elle justifierait une prise de position différente cette fois-ci.

Y a-t-il une solution pour renverser la vapeur? La machine semble bien engagée. Ce qui incombe à présent pour la population occidentale, c’est de demeurer bien vigilante. Ni exagération ou négation de la menace ne prennent en compte tous les aspects de la question.





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