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PARIS – Le rire est toujours tonitruant, la bonne humeur communicative et la voix suave. À 89 ans, Henri Salvador sortira le 16 octobre son nouvel album, Révérence, disque élégant marqué par deux styles qui ont jalonné sa longue carrière, les musiques brésiliennes et le jazz.
Aussi resplendissant qu’il était dans les années 40, Henri Salvador parle de son nouvel album, Révérence. photo : Joel Saget/AFP/Getty Images |
«Je l'ai appelé Révérence, car je quitte la scène. Je suis un vieux mec, faut que j'arrête ces conneries, mon docteur me l'a dit», explique le chanteur, aussi cordial qu'on se l'imagine.
«Mais je n'arrêterai pas les disques, car j'ai toujours ma voix. Je peux encore en faire deux ou trois avant d'aller dans le trou, ce qui nous attend tous!», ajoute-t-il aussitôt dans un de ses célébrissimes éclats de rire.
Huit des treize chansons de Révérence ont été enregistrées à Rio, ville de l'arrangeur brésilien Jaques Morelenbaum avec lequel Salvador voulait absolument travailler. Pas de quoi le dépayser : dans les années 40, après une tournée avec Ray Ventura, il a vécu quatre ans dans ce pays frontalier de sa Guyane natale et y est devenu une vedette.
Des pointures de la musique brésilienne ont participé à l'album, dont Caetano Veloso (pour un duo sur Cherche la rose), le ministre de la Culture Gilberto Gil (pour une reprise de Tu sais je vais t'aimer de Tom Jobim et Vinicius de Moraes, adaptée par Georges Moustaki) ou le pianiste Joao Donato.
Morelenbaum a également insisté pour réenregistrer Dans mon île, composée en 1957 par Salvador et reprise par Veloso en 1981. Cette magnifique chanson, découverte par les musiciens brésiliens en 1958 dans le film italien Nuits d'Europe, a contribué à la naissance de la bossa nova.
«Sergio Mendes m'a raconté que quand Jobim a vu ça, il s'est dit : "C'est ça qu'il faut faire, ralentir le tempo de la samba et mettre des belles mélodies"», se souvient fièrement le plus brésilien des chanteurs français.
«Lors d'une soirée, les musiciens de Jobim m'ont dit : "Grâce à vous, la musique brésilienne a fait un grand pas en avant!" Je leur ai dit : "Faut pas charrier!" Mais j'étais flatté : vous vous rendez compte un mouvement musical mondial, tout ça pour un petit boléro que j'avais composé dans la loge de l'Alhambra!», s'enthousiasme-t-il, entre deux rires en cascade.
Le reste de l'album, aux tonalités jazzy, a été enregistré à Paris : «Il y a une cohésion dans ce disque, c'est le reflet de toute ma carrière, avec du jazz, de la bossa, des mélodies... »
La joie de vivre que le fantasque chanteur personnifie n'empêche pas les indignations. Il n'a toujours pas digéré que Chambre avec vue, qui a marqué son retour au premier plan en 2001, ait été qualifié d'album de la résurrection. Il s'est brouillé depuis avec Benjamin Biolay (auteur, avec Keren Ann, d'une grosse partie de ce disque), estimant que celui-ci s'était attribué la paternité du succès.
«On vous fait vite disparaître», s'emporte-t-il. «Je suis une vieille merde qui existe depuis 1931 et j'ai toujours balancé des tubes et des tubes, que ce soit dans le rigolo ou dans le charme! Or, avant Chambre avec vue, je me suis arrêté cinq ans et on a cru que j'avais disparu. Ça m'a irrité, je me suis dit : "Quand même, je suis encore vivant!"»
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Salvador a tout fait : amuseur, guitariste de jazz ou homme de télévision. Il assure ne pas être nostalgique pour autant : «Je crois à l'éternité. On fait partie d'un truc extraordinaire, d'un univers infini. Dans notre galaxie, il y a des milliards d'étoiles, et combien y a-t-il de milliards de galaxies? Vous vous rendez compte du nombre de vies qu'on a à vivre?»
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