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La voix des musulmans modérés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Fathi Bouzidi, Collaboration spéciale   
23-10-2007
Accommodements raisonnables

La commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables est un bel exercice démocratique mais qui, comme on l’a vu depuis le début, balance entre la clarté et une certaine confusion.

Le choix de donner la parole à tous ceux qui le veulent, et pas seulement à des spécialistes des questions d'immigration, a donné lieu inévitablement à un tas d'interprétations subjectives pour ne pas dire fausses.

Mais le plus dérangeant à ce propos, c’est cette tendance à généraliser quand on parle des différentes communautés cohabitant au Québec.

Mettre tout le monde dans le même sac ne peut que nuire au bon déroulement du débat et surtout fausser les conclusions et les solutions auxquelles peut arriver la dite commission.

Prenant le cas des communautés musulmanes présentées très souvent comme un bloc homogène, malgré leurs diversités.

Par ignorance ou par paresse intellectuelle, les intervenants directs aux séances de la commission, mais aussi les médias et les politiciens, n'en ont que pour les femmes voilées et les barbus quand il s'agit de parler de cohabitation avec les musulmans du Québec. Comme si c'était la norme à laquelle on devrait se référer. Pourtant, ils ne constituent qu'une minorité intégriste parmi les quelque 200 000 musulmans vivant dans la province.

La majorité musulmane silencieuse s'attend légitimement à la place qui lui revient dans le débat en question, d'autant plus qu'elle a toujours pratiqué un islam proche des valeurs adoptées par la société née de la Révolution tranquille. C'est-à-dire modéré, tolérant et ouvert.

Une telle remise en ordre peut donner l'occasion de rappeler, d'une part, que cette interprétation religieuse est bien celle en vigueur dans la grande majorité des pays musulmans, contrairement à l'islam politique très récent que les intégristes essaient d'imposer dans la sphère publique québécoise. D'autre part, que l'inexistence de clergé dans l’Islam n'autorise personne ni aucune association à prétendre représenter tous les musulmans du Québec.

À ce propos, il serait aussi intéressant de constater à quel point la tradition et les pratiques religieuses dans les pays musulmans sont imprégnées de véritables accommodements raisonnables.

Si nous prenons l'exemple des cinq prières quotidiennes que doivent accomplir les croyants, on remarque qu'il est permis, notamment aux travailleurs et étudiants, de les regrouper pour ne les faire que le soir à la maison. L'application de cet accommodement à l'ETS (École de technologie supérieure) aurait évité à la direction bien des problèmes entre la direction et les étudiants concernés pendant l'année 2005-2006.

Concernant le jeûne du ramadan, les pratiquants bénéficient de dispenses en cas de maladie ou de voyage et même dans certains cas où les personnes sont obligées de travailler dans des conditions pénibles ou incompatibles avec leur devoir.

Quant au code vestimentaire dit islamique, et plus précisément l'apparence extérieure des femmes, sujet qui a fait couler beaucoup d'encre dernièrement, il est bon de savoir qu'il a été toujours adopté suivant les traditions et les modes propres à chaque pays. Car le Coran ne contient aucune direction claire indiquant la façon de s'habiller des musulmanes.

C'est ainsi que dans plusieurs régions arabo-musulmanes, et jusqu'à l'apparition des mouvements intégristes au milieu des années 1970, beaucoup de femmes allaient se baigner dans la mer en maillot de bain, fréquentaient assidûment les salons de coiffure et s'habillaient de vêtements modernes.

Aujourd'hui, certaines de leurs filles et petites-filles adoptent la fameuse tenue islamique importée d'aussi loin que du Pakistan, de l'Inde et des pays du golfe. Les plus zélées allant jusqu'à porter le burqa, même s'il s'agit en fait d'une pure tradition afghane ancestrale antérieure aux talibans et probablement à la religion musulmane.

Mais beaucoup refusent de succomber à ce nouveau phénomène en pensant peut-être que le voile n'est pas un simple couvre-chef pour les femmes musulmanes, mais plutôt un geste politique.

Cependant, et comme c'est souvent le cas dans la vie de tous les jours, les apparences peuvent être très trompeuses. Ainsi, bien des musulmanes portent la tenue islamique non par conviction, mais pour des raisons très terre à terre. On peut citer le cas où le voile est utilisé comme cache-misère par des femmes pauvres n'ayant pas les moyens de s'habiller correctement ou même d'aller chez le coiffeur. Le voile sert, pour d'autres, à se racheter une virginité et à espérer trouver un mari plus facilement.

Pour être équitable et surtout plus efficace dans son travail, la commission Bouchard-Taylor devrait, contrairement à la couverture sensationnaliste des médias, élargir ses champs d'investigation.

En donnant la parole à cette majorité silencieuse des musulmans modérés et plutôt bien intégrés, afin de connaître son approche quant au vivre ensemble dans le Québec de 2007.

Le sondage serait peut-être un bon moyen d'y parvenir. De plus, la commission serait bien avisée de s'informer sur la pratique quotidienne de la religion dans les pays d'origine de ces immigrants.

Ceci lui permettrait de voir, entre autres, comment des pays musulmans arrivent à interdire le foulard islamique dans des lieux publics comme les administrations ou l'école même s'ils ne jouissent pas de la marge de manœuvre qu'offre la laïcité au Québec.

Mais au-delà de la problématique des accommodements touchant les adultes, la commission serait peut-être amenée à se pencher sur les cas de fillettes âgées d'à peine cinq ou six ans à qui des parents, aveuglés par leur délire extrémiste, imposent le voile. Et surtout à se poser la question pour savoir si on n'est pas en face de cas d'enfants maltraités nécessitant l'application de la Loi sur la protection de la jeunesse.
 




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