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Le Dalaï-lama fait qu’on se positionne Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Martin Savoie, Collaboration spéciale   
10-11-2007
Le Dalaï-lama
Le Dalaï-lama tout juste après son atterrissage à l’aéroport
Il est spécial que la visite de quelqu’un se décrivant comme un «simple moine» cause tant d’émoi et de controverse. Est-ce parce que nous sommes pris dans ce débat d’accommodements raisonnables et que la vue d’un homme drapé d’une robe safran éveille en nous des excès de laïcité?

Pas tout à fait. Mais Loïc Tassé, professeur à l’Université de Montréal, dans une entrevue à Radio-Canada, a quand même critiqué l’accueil réservé au Dalaï-lama par le premier ministre Harper, sur la base qu’il a proposé l’instauration d’une théocratie au Tibet en 1992 et que le Canada encourage habituellement la démocratie. Il a également fait écho aux menaces chinoises en affirmant que cette rencontre allait heurter grandement les relations bilatérales.

Il a peut-être raison, mais il est un des rares à penser ainsi. On note, surtout dans les éditoriaux de quotidiens anglophones, que la Chine n’a jamais donné suite à ses menaces, indépendamment du pays envers qui elles étaient proférées. Oui, en Allemagne, suite à la rencontre du Dalaï-lama avec la chancelière Angela Merkel, Pékin a annulé une rencontre concernant les droits de l’homme. Au Canada, ce genre de rencontre a été mis en suspens l’année dernière par le gouvernement conservateur, car jugé impertinent dans sa présente forme. En effet, toutes discussions doivent se faire à huis clos, de manière à ce que les violations de la Chine ne soient pas révélées au grand jour. Sous la couverture de «respecter la culture chinoise qui n’aime pas perdre la face», plusieurs pays tiennent ce genre de discussions avec la Chine, elle qui montre envers ces rencontres un désintérêt mal caché, y envoyant des fonctionnaires de bas niveau, sans compétence en la matière. Il faut comprendre, les droits de l’homme ne sont pas sa spécialité.

La vérité est que la Chine n’a pas intérêt à se passer de nous. Notre balance commerciale est largement déficitaire et les impacts de leur concurrence sur nos industries, surtout du textile, sont bien connus. Nos grandes entreprises vont subir la discrimination si elles vont en Chine? Elles ne pourront obtenir leur part du gâteau du marché de 2,6 milliards d’oreilles, de pieds et de narines? Nous voyons que leurs intérêts sont purement égoïstes et que les impacts réels sur la santé de l’économie canadienne, les impacts sur la vie du travailleur canadien sont négligeables.

Et pour nos «plus grands», comme Power Corporation of Canada (PCC) et compagnie, ils ont des liens si étroits avec la Chine qu’il ne serait pas surprenant de trouver un téléphone rouge reliant directement le domaine des Desmarais à la résidence des apparatchiks du Parti communiste chinois (PCC) à Zhongnanhai, Pékin. Donc, ils peuvent dormir tranquille. PCC (la compagnie canadienne) est, entre autres, associée à un immense holding de l’État chinois, soit CITIC. Ce n’est pas le Dalaï-lama qui va heurter leurs profits. Mais ce qu’il peut heurter est tout aussi précieux : leur image. En effet, personne n’aime être associé publiquement au régime dictatorial le plus brutal de la planète, encore moins à l’oppression perpétuelle sur le peuple tibétain.

Et pour travailler sur cette image, quoi de mieux que le «plus grand quotidien français d’Amérique»? La Presse, propriété de Gesca, propriété de Power Corporation, a offert une couverture minimaliste à la visite du Dalaï-lama au Canada. Dans l’édition du 29 octobre, il y avait quand même une photo de première page, mais celle-ci invitait à aller lire «Notre reportage» en page A14. C’est donc à la fin du cahier A qu’on retrouvait l’information, mais il s’agissait nullement de «leur» reportage : l’article était signé Presse Canadienne. Le 30 octobre, alors que Le Devoir traitait la visite en une, tout comme The Gazette et le Toronto Star, La Presse traitait du sujet en page A19. Cette fois, un texte encore plus court que la veille (quatre paragraphes) et encore signé Presse Canadienne. Est-ce dire que La Presse est le seul quotidien n’ayant envoyé aucun journaliste?

Le traitement de cette nouvelle n’est pas sans rappeler la rencontre de l’ex-premier ministre Paul Martin avec le Dalaï-lama en 2004. Derrière des portes closes, dans un terrain neutre chez l’archevêché d’Ottawa, M. Martin avait tout fait pour réduire le chef spirituel tibétain au minimum nécessaire. Selon un éditorial du National Post, ce genre de rencontre, tenue dans la honte, était encore pire que de refuser carrément de rencontrer le Dalaï-lama.

Paul Martin, ayant grandi dans les rangs de la Power Corp., a agi comme La Presse : ne pas en parler aurait été trop bizarre. Mais minimiser de la sorte ne peut qu’alimenter les soupçons.

Pour revenir à M. Tassé, pour un professeur d’université, votre opinion fait trop écho aux propos du régime communiste. Ce dernier défend toujours son invasion du Tibet en se posant en libérateur de la région qui vivait dans le «servage». Belle libération… S’il est vrai que le Dalaï-lama ne parcourt pas la Terre pour parler de démocratie, car il n’est pas un politicien et ne milite pas dans ce sens, il demeure néanmoins le récipiendaire du prix Nobel de la paix. Il est un artisan de paix et représente la voix de son peuple opprimé, qui n’a pas de voix. Je converge avec vous dans le sens que M. Harper a peut-être joué une carte politique. Dans ce cas, c’était la bonne, celle de la moralité, de la justice et de la compassion.

Chacun se positionne. Une position est noble, l’autre pas.

Je rêve du jour où nos politiciens ne se plieront plus à aucune menace venant de régimes autoritaires accusés de génocides et de crimes contre l’humanité.




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