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À la place de la Cour impériale, c’est le bureau politique qui détient le cordon vital du peuple. Il ne siège pas dans la Cité Interdite, mais bien à côté dans un beau jardin impérial hermétiquement fermé. Au sommet de la hiérarchie se trouve un secrétaire général qui cumule les fonctions de président et de chef des forces armées. Plus autoritaire que Sa Majesté, il convoque périodiquement le comité permanent du bureau politique, un cercle de 7 à 9 personnes pour décider de tout et sur tout. Bien plus accapareurs que la noblesse, les apparatchiks disposent de toutes les ressources matérielles et humaines, s’enivrent dans une débauche digne de la fin de l’Empire romain et lancent des projets de prestige pour faire croire qu’ils représentent aussi une civilisation.
Pourtant, ce qui est original pour le régime de Pékin, c’est qu’en plus d’un chef, d’un parti et d’une doctrine, il applique invariablement le principe d’une seule opinion. Un des idéologues a affirmé cette année que le marxisme est le mieux préservé en Chine. Pour Pékin, la chute du mur de Berlin est curieusement l’occasion de se réclamer de l’orthodoxie du mouvement communiste international dont il n’a jamais cessé de rêver le leadership. Et c’est bien en greffant l’absolutisme plusieurs fois millénaire sur la Critique du programme de Gotha que le PCC a fondé sa «dictature du prolétariat» sous laquelle le nombre des Chinois réprimés est plus important que la population française. En éliminant périodiquement et systématiquement les «ennemis de classe» et en vilipendant les États-Unis d’Amérique comme le quartier général du capitalisme mondial, le régime de Pékin croit pouvoir s’assurer ainsi de sa légitimité tant à l’intérieur qu’à l’étranger. Dix ans après les événements de la place Tian-An-Men, c’est un mouvement spirituel Falun Gong qui est cruellement sacrifié sur l’autel de la dictature.
Pour imposer la pensée unique et fait appliquer ses décisions, le régime de Pékin a mis en place une machine de propagande avec des cellules du Parti créées dans toutes les rédactions des médias, une cyberpolice et un «bouclier d’or» pour contrôler les internautes, les sites et les blogs. Le département de la propagande (sic) rattaché au comité central du Parti donne régulièrement des instructions sur la ligne éditoriale et décide la censure. Si les journalistes qui suivent les instructions peuvent sauver la peau, ceux qui travaillent sur la conscience risquent prison, radiation ou expulsion.
Pour découvrir la vérité chinoise, il suffit de relire un peu les comptes-rendus de la presse officielle: la guerre de Corée? Elle est déclenchée par le sud ; les nationalisations? C’est la course vers le paradis socialiste ; le grand bond en avant, C’est le rendement agricole battant le record mondial et le restaurant gratuit pour les centaines de millions de paysans; la campagne contre les intellectuels? C’est qu’ils servent les intérêts de la bourgeoisie ; la grande révolution culturelle? C’est d’abattre les responsables embourgeoisés en prévention du révisionnisme, etc. Si tout cela est du passé, la vérité actuelle, non plus, elle ne se trouve pas seulement dans Coco Chanel ou Yves St Laurent à Pékin ; c’est aussi le procès des khmers rouges, la Corée du Nord, le Darfour, la Birmanie. C’est le groupe de Shanghai et les armes aux mains des terroristes. Là où il y a la présence de Pékin, il n’y a pas la paix. La vérité actuelle, vous la découvrirez aussi à la douane française ; oui, c’est tout aussi bien des jouets dangereux, des médicaments douteux que les autres produits de contrefaçon «made in China».
Les crimes de la dictature ont peu à peu éveillé les intellectuels qui s’interrogent sur la nature du régime qui continue à sévir. En effet, pendant les dix années entre 1984 et 1994, des historiens dont le professeur Si’n Haonien ont joué un rôle précurseur en écrivant une nouvelle histoire de la République en Chine. Dans son œuvre monumentale publiée à New York Qui est la nouvelle Chine, M. Si’n a analysé, archives et documents à l’appui, comment les Chinois dits communistes ont, à l’instigation du PCUS et de l’internationale communiste, usurpé les acquis de la révolution de 1911 avant de restaurer au nom du communisme une nouvelle monarchie.
L’expérience de toutes les démocraties du monde montre que la République ne s’est jamais établie d’un seul coup. C’est au bout de 86 ans de lutte, de la révolution de 1789 à la 3e république en 1875, que le peuple français a mis fin aux tentatives de restauration. Le peuple russe a pu hisser à nouveau les couleurs nationales promulguées par le gouvernement provisoire issu de la révolution démocratique de février 1917 avec la fin de la restauration communiste en 1991, soit 74 ans de lutte acharnée entre dictature et démocratie. Ce n’est peut-être pas encore fini. Et le 3e Reich n’est-il pas une désastreuse revanche de la dictature contre la démocratie en Allemagne? Selon les études de M.Si’n, pendant la longue période allant de la fin de la dernière dynastie des Qing à nos jours, le régime de Pékin représente la 3e tentative de restauration. Après bien des vicissitudes dans la guerre civile comme dans la résistance anti-japonaise, la République repliée sur l’île de Taiwan depuis 1949 a, malgré ses échecs militaires, mis en œuvre toutes les institutions et législations démocratiques selon le programme politique élaboré par le Dr. Sun Yat-Sen au début du siècle dernier. Taiwan est déjà une démocratie où la population jouissant des droits fondamentaux et de la liberté élise ses dirigeants au suffrage direct et universel. La lutte entre dictature et démocratie se poursuit toujours des deux côtés du détroit de Taiwan.
Quelle est la perspective de la démocratisation en Chine? Les analyses et commentaires vont bon train. Quant à moi, je mets à défi ces visionnaires qui prédisent qu’après le communisme c’est le déluge en Chine. À ces prophètes, je souhaite tout simplement que leur baiser avec Pékin ne soit pas mortel ; et il est incontestable que fournir des armes à Pékin, c’est d’aider la dictature à détruire la démocratie. Je crois bien que le fiel des Chinois n’est pas le miel des Français. À l’heure de la mondialisation, s’il y a encore une solidarité internationale à faire jouer, c’est s’agissant de la Chine, d’aider le peuple chinois à réinstaurer sa République sur le continent.
Je vous remercie de votre attention.
Michel Wu est ancien chef du service de la rédaction section Chine à RFI.
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