|
Le président Nicolas Sarkozy annonce les choix stratégiques décidés le 25 octobre 2007 au palais de l’Elysée à Paris. (Olivier Laban-Mattei/AFP/Getty Images)
Après quatre mois de gestation et de discussions intenses entre l'Etat, les écologistes, les syndicats, le patronat et les collectivités locales, le Grenelle* de l'environnement est arrivé le 25 octobre à l’annonce des premiers arbitrages. Cela illustre une réelle prise de conscience de l’importance des problèmes environnementaux au plus haut niveau du pouvoir politique et de leur implication économique. Proposant un « New Deal** économique et écologique », dans lequel les transports et le bâtiment auront la première place, le président Nicolas Sarkozy, en présence de l’ancien vice-président américain Al Gore et du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, a affirmé sa volonté de réconcilier l’écologie et l’économie.
Premiers résultats du Grenelle de l'environnement…
Eco-pastille pour les voitures, gel des cultures OGM, développement du transport ferré, des voie navigables et des ports, généralisation des bâtiments neufs à basse consommation d’ici 2012 et à énergie positive d’ici 2020, interdiction des ampoules à incandescence et des fenêtres à simple vitrage d’ici 2010, rénovation de 400 000 logements par an, création de 100 000 emplois dans le bâtiment et 50 000 dans les énergies renouvelables, rééquilibrage des efforts de recherche entre le nucléaire et la protection de l’environnement, dont 4 milliards par an pour les énergies et moteurs du futur, objectif de dépassement des 20 % d’énergies renouvelables d’ici 2020, voici quelques unes des premières mesures annoncées.
… et premières manoeuvres financières
Comme en écho aux travaux du Grenelle de l’Environnement, l’annonce le même jour de la prise de participation du fonds Wendel Investissement à hauteur de 11,8 % dans Saint Gobain, « en se réservant la possibilité de faire évoluer sa participation », confirme l’irruption et la confiance d’un acteur historique du monde de la finance dans un groupe industriel majeur et ayant récemment redéfini sa stratégie en faveur du développement durable et de la protection de l’environnement. En effet, comme le rappelle Pierre André de Chalendar, le nouveau directeur général de Saint Gobain, « l’ambition de Saint Gobain est d’être leader mondial de l’habitat en apportant des solutions innovantes aux défis essentiels de la planète : la croissance, l’énergie, l’environnement ». Depuis plusieurs années déjà en effet, Saint Gobain s’est recentré sur ses activités de base (vitrages, matériaux hautes performances, matériaux pour le bâtiment) et confirmé notamment sa position de numéro un mondial en revêtements de façades et matériaux isolants.
Wendel Investissement, de son côté pour cette opération n’a rien d’un raider prêt à dépecer ses victimes pour en tirer un profit à court terme, tout au contraire. En affirmant « ne pas avoir l’intention de prendre le contrôle de Saint Gobain », et « ne pas agir de concert avec un tiers », Wendel Investissement confirme son rôle d’actionnaire de référence dans l’un des plus anciens groupes français (Saint Gobain fut créé en 1665, sous Louis XIV et Colbert), mais aussi l’un des mieux préparés à affronter l’avenir, et dont il perçoit une forte rentabilité tant à court qu’à long terme. En effet, les objectifs fixés au secteur du bâtiment par le Grenelle de l’Environnement et les inévitables conséquences du protocole de Kyoto sont en parfaite adéquation avec la stratégie de développement de Saint Gobain, et donc une source certaine et stable de profits importants sur une très longue période.
Vers une réconcialiaiton entre économie et écologie?
Même si les objectifs des principaux acteurs et leurs motivations ne sont pas identiques, ces premières annonces confirment le sentiment commun de l’inéluctabilité d’une convergence entre écologie et économie. Bien entendu, de nombreux sujets de divergence apparaîtront au cours des mois à venir, notamment entre la politique nucléaire et la mise en œuvre de la « taxe carbone » proposée par Nicolas Hulot, ou bien entre la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et les nouvelles orientations de la politique agricole, et certaines oppositions risquent de se renforcer avec le temps, mais il n’en demeure pas moins que le fait d’avoir réussi à proposer des rapports communs au Gouvernement et à accepter l’arbitrage du président constitue une étape majeure dans la prise de conscience qu’économie et écologie sont vouées à vivre ensemble et à accepter chacun des compromis, pour le bien et l’avenir de tous.
Les financiers l’ont déjà bien compris depuis plusieurs années en acceptant non sans mal la publication des Rapports développement durable en annexe des comptes de grandes entreprises, mais ils n’en resteront pas là, car ils savent que de puissantes sources de profits futurs trouveront bientôt leur origine dans les entreprises qui auront su investir suffisamment tôt dans la prochaine révolution industrielle, laquelle sera à n’en pas douter écologique.
Comme le souligne Jean-Marc Vittori dans Les Echos, après avoir appelé de ses vœux à une révolution «technique, sociale, culturelle, d’une ampleur comparable à celle de la révolution industrielle », c’est « en se rapprochant de l’écologie que l’économie renouera avec l’une des définitions les plus classiques de la science économique : l’affectation de ressources limitées à des besoins limités». On ne peut dès lors que s’associer à l’appel d’Al Gore en faveur d’un «Grenelle mondial de l’environnement».
(*) faisant référence aux « Accords de Grenelle » de mai 1968 et à la nécessité de réunir toutes les parties prenantes pour parvenir à un consensus et à des recommandations communes.
(**) la politique de relance économique aux Etats-Unis mise en place à l’instigation du président américain Franklin Roosevelt pour lutter contre la crise de 1929.
|