Le défenseur français, Claude Makelele (droite), lors d’un match de qualification de l’Euro-2008 contre la Lituanie. (Franck Fife/AFP/Getty Images)
PARIS – Il a l'aura et l'âge des héros de 1998 et 2000 mais il n'en a pas le palmarès : Claude Makelele, cadre incontesté des Bleus, disputera sa dernière compétition internationale lors de l'Euro-2008 avec la faim du jeune loup mais la sagesse du renard.
Un match sans enjeu à -8 ou -9 degrés sur une pelouse gelée en Ukraine, cela motive-t-il Makelele, 34 ans et 64 sélections? «Bien sûr que j'ai envie de jouer», rigole «Make», qui fait désormais figure de vieux sage des Bleus.
«Je suis arrivé à un point où c'est plus du bonus qu'autre chose. C'est vrai que depuis le Mondial, j'ai vraiment été content du parcours qu'on a fait», résume-t-il.
Comme son compère Lilian Thuram et son ancien coéquipier du Real Madrid Zinedine Zidane, Makelele est revenu en Bleu en 2005 comme un sauveur. Depuis son arrivée, les Bleus ont redressé une campagne éliminatoire pour le Mondial bien mal engagé, atteint une finale de Coupe du monde et empoché leur billet pour l'Euro avant le dernier match de qualification. «C'est indispensable que les cadres soient présents et solides. Ils seront là parce qu'ils amènent plus que ce qui se passe sur le terrain», explique le sélectionneur Raymond Domenech.
Modèle de préparation Makelele a désormais digéré ses années dans l'ombre de Deschamps, qui l'ont vu rater le Mondial-98 et l'Euro-2000, il a oublié sa retraite internationale après l'Euro-2004 au goût amer... Au placard aussi, des déclarations où il disait ne pas vouloir disputer l'Euro-2008 mais seulement les qualifications.
Aujourd'hui, «Make», qui était alors en pleine négociation salariale avec Chelsea, explique : «J'ai changé parce que j'en ai discuté avec le sélectionneur et que j'ai pris un peu plus de recul. Et, comme je l'ai toujours dit : l'équipe de France m'apporte énormément depuis cinq ans. Pourquoi s'arrêter là?»
Makelele, qui est depuis longtemps un modèle de préparation, entend gérer parfaitement son avant-Euro, malgré un calendrier surchargé avec Chelsea où il ne dispute pas toutes les rencontres : «Mon entraîneur sait comment je gère mes matchs. Dans les matchs importants, il a besoin de moi, donc je joue. Dans les matchs plus abordables, il fait tourner le groupe. Ça me permet de me reposer et d'être frais.»
«Ambitieux», Makelele «veut aller le plus loin possible à l'Euro» et donc remporter le grand titre qui lui manque avec l'équipe de France pour «sa dernière grande compétition». «On a un super groupe. Très sérieux. Il y a énormément de talent […] Une compétition comme ça sans l'équipe de France, c'était du gâchis pour ce groupe», explique Makelele.
«Nos héritiers» «C'est un tout, c'est le fait d'être dans une situation un peu délicate et de se remobiliser : c'est ça qui fait les grandes équipes. Le groupe a su réagir sans se plaindre», poursuit-il.
«On a une très, très bonne génération mélangée avec cinq ou six anciens qui sont encore là et qui peuvent donner un peu plus, notamment Thuram, Henry, Gallas, Sagnol, Vieira. Ce sera une équipe encore plus compétitive, plus solide», assure Make. «Il y a des jeunes qui vont devenir de très grands joueurs d'ici un an ou deux. Il faut leur laisser le temps. Ce sont [nos] héritiers.»
Le vieux renard pose déjà quelques jalons pour réussir. «Avec le recul, on a modifié pas mal de choses depuis le Mondial. Il faut savoir gagner en jouant mal. Dans ce genre de compétition, quand vous êtes solides défensivement, disciplinés tactiquement, il y a des grandes chances d'aller le plus loin possible. Il y a huit neuf ans l'équipe de France avait cette capacité de gagner les matchs quand il fallait les gagner. Il ne manque que cette attitude-là pour qu'on soit plus difficile à battre.»