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Le futur, c’est le passé Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Patrice-Hans Perrier, La Grande Époque - Montréal   
27-11-2007

 

 La maison de Steve Baer
La maison de l’expert en physique thermique, Steve Baer, est impressionnante à tous les niveaux. Cette maison, comprenant onze pièces de forme polygonale, a été érigée en 1971 et demeure un exemple de prouesse sur le plan énergétique. Cet inventeur de génie exploite ici les principes fondamentaux du mouvement de la chaleur à travers les corps solides, fluides et gazeux. (Jon Naar)
Une exposition au Centre Canadien d’Architecture fait le point sur la crise énergétique 

La crise anticipée des réserves d’énergies fossiles et le réchauffement de la planète nous mettent en face d’une situation aux conséquences inextricables. Nous ne pouvons plus poursuivre notre fuite en avant sur le mode de la consommation à outrance. Mais, «il n’y a rien de neuf sous le soleil», pourrait-on dire, puisque la crise pétrolière de 1973 nous avait déjà prévenus de la suite des choses… aurions-nous perdu la mémoire?

C’est un peu la question que se pose Mirko Zardini, le directeur du Centre Canadien d’Architecture (CCA) et le commissaire de l’exposition intitulée «1973 : Désolé, plus d’essence». Cette exposition coup de poing risque fort de faire courir beaucoup de monde à Montréal, et c’est tant mieux. Pour une fois qu’un musée se préoccupe de mettre en relation la recherche dans le domaine de l’architecture et de l’urbanisme avec les limites énergétiques qui confrontent nos modèles de développement. L’exposition se poursuit au moment de mettre sous presse et tout semble indiquer qu’elle marquera de nouveaux jalons dans le monde muséal.

La domination de l’économie sur la vie
Comme aime à le souligner Mirko Zardini, «il faut comparer le développement durable à la notion de décroissance ou de croissance zéro, qui souligne l’invraisemblance d’une croissance illimitée et la nécessité de débattre de la domination de l’économie sur la vie». C’est ainsi qu’il faudrait percevoir derrière la crise énergétique, bien plus qu’une raréfaction des combustibles fossiles, la dérive d’un système de consommation qui a été érigé comme un étalon de mesure indiscutable. Et, tout le propos de cette exposition prend forme sur le mode d’une vaste réflexion à propos des limites de nos modèles de développement depuis l’après-guerre de 1945.

À la logique du «développement soutenu», du boum économique des années 1950, s’oppose désormais celle du développement durable, notion ambiguë s’il en ait. En effet, cette notion à la mode nous est souvent présentée comme une panacée contemporaine qui serait susceptible de résoudre nos problèmes énergétiques et environnementaux sans se poser la question des finalités de notre système de production. Ainsi donc, toujours selon M. Zardini, «le développement durable semble [être] une variation sur les mêmes principes» que cette fameuse «prospérité universelle» que nous promettait Harry Truman, le président des États-Unis en 1949.

Aurons-nous le temps de trouver de nouvelles sources d’énergie alternatives? Y aura-t-il encore assez de matière à recycler dans les prochaines décennies? Où logeront les 9 milliards d’êtres humains qui peupleront la terre en 2300, selon une projection médiane tirée d’un nouveau rapport de l’ONU? Bref, pourrons-nous poursuivre notre fuite en avant encore longtemps?

Certains précurseurs osent
Mirko Zardini aime bien ramener sur la table les propos de Irving Kristol, un analyste qui prédisait que «l’avenir proche [1980] serait un reflet du passé récent [les "Trente Glorieuses" qui ont suivi la guerre]». Et de poursuivre que «si effectivement l’avenir est le passé, nous pourrions au moins choisir le passé que nous voulons comme avenir». Ce qui amène le commissaire de l’exposition à nous inviter à «revoir ces expériences menées il y a quelque 30 ans par une foule d’individus qui pensaient autrement…». Et cette exposition démontre que certains francs-tireurs de l’architecture et du génie n’ont pas hésité à sonder de nouvelles façons d’habiter et de coexister au gré de leurs expérimentations.

Au-delà du choc pétrolier et d’une première crise et prise de conscience, les années 1970 auront été un théâtre d’expérimentation fertile dans le domaine des bâtiments verts et de la réingénierie du développement urbain. Des architectes et des ingénieurs de la trempe des Michael Reynolds, Malcolm Wells ou Oswald Mathias Ungers n’ont pas hésité à s’investir dans des projets et des modèles qui détonnaient face aux grandes idées du «modernisme» triomphant de l’entre-deux guerres. Les fantasmes de production illimitée en série, de vitesse et de grands ensembles urbains étaient abandonnés au profit d’une vision plus lucide, à l’instar du célèbre livre de l’économiste E. Fritz Schumacher, Small Is Beautiful, publié en 1973.



 
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