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La «bombe sale», pire menace terroriste nucléaire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Agence France-Presse   
07-12-2007
Des policiers utilisent un détecteur de radiations
Des policiers utilisent un détecteur de radiations après des rumeurs d’une attaque à la «bombe sale» à New York, le 11 août 2007. (Mario Tama/Getty Images)
PARIS – Facile à fabriquer et capable de déclencher d'incroyables paniques, la «bombe sale», mélange d'explosif conventionnel et de matière radioactive, est l'une des armes les plus redoutables de l'arsenal terroriste, assurent des experts interrogés par l'AFP.

Le demi-kilo d'uranium enrichi en poudre saisi le 29 novembre dernier sur trois trafiquants à la frontière entre la Hongrie et la Slovaquie aurait pu permettre, en l'associant à une matière explosive classique, de contaminer une large zone mais surtout de provoquer un choc majeur dans l'opinion publique internationale, estiment-ils.

«L'intérêt d'une bombe sale, c'est de faire peur. C'est de faire du mal, certes, comme dans tout attentat, mais le but du jeu, c'est surtout de terroriser», explique Marc Lemaire, médecin sapeur-pompier, spécialiste NRBC (Nucléaire, radiologique, biologique et chimique).

«L'important, c'est de frapper les esprits», ajoute le coauteur du livre De la menace terroriste au traitement des victimes. «Vous pouvez avoir un résultat effectif, contaminer une zone. Mais dans quelles proportions? C'est difficile de le savoir à l'avance. Mais surtout vous pouvez créer une monstrueuse panique.»

Dispersées par l'explosion, les matières radioactives placées plus ou moins sommairement à l'intérieur de la bombe n'ont pas de pouvoir de destruction par elles-mêmes. Mais la détection, par les premières équipes de secours équipées de compteurs Geiger, d'une radioactivité même faible sur les lieux de l'attentat, a toutes les chances de déclencher un vent de panique dans le quartier, puis la ville visée.

Le temps que le périmètre de contamination, qui peut être très réduit, soit déterminé, une psychose de l'irradiation aura le temps de gagner toute la région, soulignent les spécialistes.

Et, à long terme, des secteurs entiers seraient contaminés et donc obligatoirement désertés, parfois pour des décennies.

Parce qu'aucun groupe terroriste n'a jamais eu recours à une bombe sale, «personne ne peut savoir vraiment l'efficacité réelle de ce genre d'engin», précise Georges Le Guelte, chercheur à l'Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS, Paris).

«Les facteurs entrant en compte sont extrêmement nombreux», ajoute-t-il : localisation de l'explosion, densité du matériel radioactif utilisé, météo, force et sens du vent, etc.

Seul l'Irak de Saddam Hussein a tenté, dans les années 1980, «d'inclure dans des obus des produits radioactifs», indique M. Lemaire, ajoutant : «Mais les résultats avaient été décevants et ils avaient été abandonnés.»

En dehors des matériaux très raffinés et difficiles à se procurer, comme les 500 grammes d'uranium enrichi 235 et 238 saisis le 29 novembre, les substances radioactives potentiellement dangereuses sont très faciles à trouver, parce que largement utilisées dans l'industrie ou la médecine, préviennent les spécialistes.

Dans un rapport devant le Sénat américain, Dr Henry Kelly, président de la Fédération des scientifiques américains (FAS), prévenait que «des quantités significatives de matériaux radioactifs sont stockés dans des laboratoires, des usines d'irradiation d'aliments, plateformes de forage pétrolier, des centres médicaux et autres».

L'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) a recensé, de janvier 1993 à décembre 2006, 275 incidents de possession non autorisée et de trafic illégal de produits nucléaires et radioactifs, dont quatorze pour 2006.

«L'emploi d'une bombe sale serait une grosse escalade dans la violence», conclut Marc Lemaire. «Le pas de l'arme chimique a été franchi en Irak, avec l'utilisation régulière de chlore dans les attentats. Alors, nécessairement un jour, on arrivera à l'escalade de l'arme radiologique.»




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