|
Pour les Arabes des marais, difficile retour aux traditions millénaires |
|
|
|
|
Écrit par Bassem Al-Rikabi, Agence France-Presse
|
|
13-12-2007 |
Un homme navigue dans la région marécageuse au sud de la ville de Nassiriyah, en Irak. L’ex-dictateur Saddam Hussein avait asséché ces zones pour punir les habitants mais, depuis 2003, les digues ont été enlevées et la vie reprend. (Ali Al-Saadi) AL-CHIBAYISH (Irak) – Quinze ans après avoir été chassées par Saddam Hussein, les tribus des marais, dans le sud de l'Irak, tentent de faire renaître un mode de vie unique dont l'origine remonte à des milliers d'années.
«La vie dans les marais est très difficile», a expliqué Badia al Khayoun, le responsable du Conseil de restauration des marais, dans la localité d'Al-Chibayish, au sud-est de Nassiriyah. «Nous n'avons pas d'électricité, pas d'eau potable et pas de travail.»
Avec l'arrivée de l'hiver, ajoute-t-il, les familles vont souffrir du froid dans leurs maisons de bambous, qui n'offrent qu'une maigre protection contre les rigueurs du climat.
Selon des chiffres officiels, quelque 20 000 personnes se sont réinstallées depuis l'invasion américaine de mars 2003 dans cette vaste région de canaux, de terres immergées, d'îlots flottants, répartie sur trois provinces : Maisan, Bassorah et Dhi Qar.
Il s'agit toutefois d'une faible proportion du peuple des marais qui habite dans cette région d'Irak depuis 5000 ans, où prévaut un écosystème unique, sur plus de 20 000 km2.
Les Arabes des marais ont toujours vécu de la culture du riz, du blé, de l'élevage des buffles d'eau et de la pêche. Ils se déplacent sur des barques à fond plat, de village en village, eux-mêmes construits souvent sur des îles flottantes.
Saddam Hussein s'était lancé dans une campagne d'élimination de ces populations, majoritairement chiites, au lendemain du soulèvement populaire de mars 1991 dans le sud du pays.
L'ancien dictateur, exécuté il y a un an, accusait ces tribus d'offrir refuge à des insurgés et à des opposants à son régime.
Pour les punir, il avait fait construire des digues pour couper le flot des eaux de l'Euphrate et du Tigre qui inondaient ces terres.
Les marais s'étaient alors transformés en déserts, et leurs habitants les avaient fuis.
Depuis la chute de l'ancien régime, les digues ont été abattues, et les eaux des fleuves ont de nouveau recouvert les terres, autorisant une lente renaissance de la faune et de la flore.
Mais cette résurrection est encore trop fragile pour accueillir tous ceux qui sont partis et se sont installés dans les villes du sud du pays ou, parfois, au-delà de la frontière, en Iran.
Le niveau des eaux, qui recouvrent dorénavant 60 % de la superficie des marais avant leur assèchement, n'est pas encore suffisant pour autoriser la renaissance de l'environnement écologique original.
«L'eau est stagnante, et il n'y a pas encore beaucoup de poissons et d'animaux», a expliqué M. Khayoun.
Pour les candidats au retour, les conditions restent très précaires. Il n'y a pas d'électricité et les générateurs censés fournir du courant ont plus de quinze ans et sont souvent en panne.
«Notre village est loin d'Al-Chibayish», explique Um Ali, 57 ans, une mère de famille de trois enfants, qui ramasse des bambous. «Il fait complètement noir la nuit par manque d'électricité. Et nous n'avons pas les moyens de payer du carburant pour les générateurs.»
«La plupart des habitants des marais n'ont pas de travail et il n'y a pas de possibilités à part la vente des bambous… à peine de quoi survivre», explique encore M. Khayoun.
De même, 253 écoles ont été reconstruites dans les villages, mais il s'agit de simples cabanes sur lesquelles une plaque a été apposée. «Nous ne pouvons pas appeler une pièce de trois mètres sur six une salle de classe», s'insurge le responsable de la restauration des marais qui en appelle au gouvernement de Bagdad pour faire davantage.
«Nous n'avons pas le matériel dont les professeurs et les élèves ont besoin», assure-t-il.
Les installations sanitaires sont également insuffisantes. «Les gens ici ont vraiment besoin d'infrastructures médicales», explique Dr Nadhim al Asadi, à l'hôpital d'Al- Chibayish. «Il s'agit du seul hôpital du secteur et nous n'avons ni pédiatre, ni gynécologue.»
|
|