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Le chimpanzé, un guide peu banal vers de nouveaux médicaments |
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Écrit par Lucie Peytermann, Agence France-Presse
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03-01-2008 |
Isaac Kanyike mélange ses remèdes traditionnels à base de plantes dans le village de Buvunya, à 65 km de la capitale ougandaise, Kampala. Depuis plusieurs mois, des chercheurs ougandais et français scrutent un groupe de chimpanzés dans le but d’en apprendre davantage sur les plantes qu’ils utilisent avec ingéniosité pour se soigner. (Tony Karumba/Getty Images) KAMPALA – Dans une forêt tropicale ougandaise, un groupe de chimpanzés est scruté depuis des mois par des chercheurs ougandais et français. Ces grands singes, qui se soignent avec ingéniosité grâce aux plantes, sont des guides inédits vers de possibles nouveaux médicaments pour l’homme.
«C’est la première fois qu’une observation de chimpanzés dans le but de trouver des médicaments pour l’homme est menée dans un cadre scientifique», explique à l’AFP Sabrina Krief, vétérinaire française et maître de conférence au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN).
Ce projet associe deux types de recherche : mieux comprendre le comportement des chimpanzés et les utiliser comme guides vers de nouvelles molécules.
L’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est, est un terrain privilégié pour les chercheurs. «L’Ouganda est extrêmement riche en termes de biodiversité : huit des seize zones de plantes endémiques en Afrique se trouvent ici», se félicite John Kasenene, professeur de botanique à l’Université Makerere, à Kampala.
Cette université est partenaire dans le projet avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et le MNHN en France, et l’Autorité ougandaise de conservation de la faune (UWA). Le mémorandum de coopération entre la France et l’Ouganda a été signé en 2006. En cas de découverte de nouveaux médicaments, un partage mutuel des bénéfices est prévu.
La forêt équatoriale en semi-altitude de Kibale (250 km à l’ouest de Kampala) présente une forte concentration d’espèces de primates.
«Il y a très peu de stations de recherche dans le monde où les chimpanzés sont aussi bien habitués à la présence des observateurs humains», relève Dr Krief, qui dirige un programme de recherche sur les chimpanzés de Kibale.
À Kibale, elle observe une cinquantaine de chimpanzés communs, nos plus proches cousins. Après identification des chimpanzés malades, leur régime alimentaire est scrupuleusement noté.
À l’aube, les premières urines et selles des chimpanzés sont récoltées pour analyse sous leur «nid» de la nuit.
Sabrina Krief raconte comment un chimpanzé du nom de Yogi s’est soigné de vers dans ses intestins en choisissant des feuilles d’Aneilema aequinoctiale ingurgitées de bon matin, puis en poursuivant son «traitement» avec de l’écorce d’Albizia grandibracteata, désormais connu pour tuer les parasites en culture.
Ou comment un autre mâle, Makokou, fiévreux et abattu, avait consommé durant une journée presque exclusivement des feuilles de Trichilia rubescens, dont les molécules – isolées plus tard par les chercheurs – tuent les agents du paludisme en culture.
Ces observations nous ont «permis de mettre à jour de nouvelles molécules de ces plantes ayant des activités anti-paludiques importantes, des propriétés vermifuges et anti-tumorales», souligne Dr Krief.
Dennis Kamoga, assistant en botanique à Makerere, est chargé de collecter et sécher des échantillons des plantes «mangées» par les chimpanzés, dont l’extraction chimique et l’analyse se feront en Ouganda et en France.
«Ce qui m’étonne, c’est que ces chimpanzés n’ont pas de pharmacies, pas de laboratoires; ils vont simplement cueillir la plante qui va les guérir!», s’enthousiasme-t-il.
Une centaine d’espèces de plantes ont été collectées à Kibale depuis début 2007. «C’est assez rare de trouver des molécules actives, mais surtout nouvelles, et qui puissent donner des pistes pour le développement de médicaments», selon Dr Krief. «L’étape ultérieure est de chercher si ces molécules ont un potentiel pour être développées en tant que médicaments.»
Elle souhaite que ce projet permette de développer de nouveaux médicaments, mais aussi de «mieux comprendre et de conserver la flore et les grands singes», dont certaines espèces sont très menacées.
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