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Michel Wu lors de son intervention à Dole le 11 décembre 2007 (Li Yuhan /La Grande Époque)
Mesdames, Messieurs,
La question à laquelle je réfléchis depuis des années est de savoir si l’un des aspects les plus négatifs cachés par la croissance économique en Chine communiste peut se résumer à la violation des droits de l’homme. J’en ai discuté à Paris, il y a deux semaines avec un militant chinois en faveur de la démocratie M. PAN Qing qui est de trente ans plus jeune que moi. Nous sommes parvenus à la même conclusion : le régime de Pékin doit répondre au plus tôt de ses crimes de génocide et de ses crimes contre l’humanité.
D’abord, qu’est-ce qu’un génocide ? C’est, comme vous le savez, l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe -ou d’une partie d’un groupe- ethnique, national, religieux ou racial.
L’organisation des Nations Unies avait adopté le 9 décembre 1948 une convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Il est écrit à l’article 2 de cette convention :
«Dans la présente convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) meurtre de membres du groupe ;
b) atteinte grave à l’intégrité physique et mentale de membres du groupe ;
c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »
Cette définition a été reprise en 1998 dans l’article 6 du statut de Rome, l’acte fondateur de la cour pénale internationale. Aussi la cour pénale internationale a-t-elle redéfini et détaillé dans l’article 7 du statut de Rome les actes suivants comme crimes contre l’humanité :
-- meurtre
-- extermination
-- réduction en esclavage
-- déportation ou transfert forcé de la population
-- emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international
-- torture
-- viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, stérilisation forcée ou tout autre forme de violence sexuelle de gravité comparable
-- persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique et culturel, religieux ou sexiste…
-- disparition forcée de personnes
-- l’apartheid
-- d’autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique et mentale.
Le statut de Rome de la cour pénale internationale réactualisé est entré en vigueur en juillet 2002.
À la lumière de l’article 7 de ce document sont dégagés trois principes du droit international régissant le crime contre l’humanité : Il peut être commis en tout temps. Il est imprescriptible ; des chefs de l’Etat aux exécutants, personne ne peut jouir d’immunité. Enfin, il s’agit aussi bien d’agissements légaux qu’illégaux dans le pays concerné ; ce qui peut être déclaré légal par un certain régime peut devenir illégal compte tenu de la législation de la justice internationale.
S’agissant de la Chine communiste, jusqu’à ce jour, la communauté internationale a déjà relevé plusieurs cas qui doivent êtres considérés comme des génocides ou comme des crimes contre l’humanité. Ce sont :
-- Le Tibet avec l’invasion communiste en 1959 qui a fait 1,2 millions de morts
-- Le grand bond en avant (1959-1962) avec 30 millions de personnes affamées en conséquence de la politique de Mao Zedong
-- La grande révolution culturelle déclenchée en 1966 qui a fait au nom de la radicalisation du communisme au moins un million de morts
La liste des crimes du régime de Pékin est bien plus longue pour tous ceux qui connaissent tant soit peu l’histoire du parti communiste chinois (PCC). Ce sont sans exception des crimes commis au nom d’un Etat pratiquant une politique d’hégémonie idéologique. Le pouvoir lui étant porté au bout du canon, le régime de Pékin a lancé depuis 1950 les campagnes de terreur suivantes :
-- Campagne contre les contre-révolutionnaires : la mise à mort prévue par une directive du parti était de 1 pour mille habitants ; 2.400.000 personnes exécutées selon les statistiques officielles.
-- Campagne de réforme agraire pour « changer les rapports de production à la campagne » : environ 100.000 propriétaires terriens furent exécutés.
-- Campagne de transformation socialiste des entreprises privées visant à « changer les rapports de production en ville » ; c’est durant cette période que le maire de Shanghai posait tous les jours la question : « Combien de personnes ont-elles sauté par la fenêtre aujourd’hui ? ».
-- Première campagne contre les confessions religieuses qui, selon les allégations du pouvoir, servaient de planques aux contre-révolutionnaires : plus de 10.000 croyants exécutés.
--Campagne contre les droitiers, intellectuels qui recommandent le pluralisme et critiquent le parti. C’est après l’élimination des propriétés privées, la première tentative d’imposer la pensée unique : 500.000 intellectuels sont ravalés au rang de paria.
-- Grand bond en avant et révolution culturelle, ces deux campagnes, mieux connues à l’étranger, ont été lancées dans le cadre d’une « course accélérée vers le communisme » et de la révolution continue sous la dictature du prolétariat. Leurs bilans sont beaucoup plus lourds et plus sanglants.
Selon diverses sources concordantes, jusqu’aux années 70, 60 à 80 millions de Chinois ont péri dans la folie révolutionnaire: l’équivalent de la population française a ainsi été supprimée en temps de paix.
La stérilisation forcée appliquée au nom du planning familial est une campagne permanente qui continue à produire des drames surtout dans les zones rurales. Aucune statistique n’est disponible sur les infanticides à ce titre. L’avocat CHEN Guangcheng, qui a dénoncé ces drames, est toujours enfermé dans la prison.
Du fait qu’un nombre important de cadres du parti furent sacrifiés sur l’autel de la dictature prolétarienne, le parti a convoqué en 1981 la 6e session du comité central issu du 11e congrès, et adopté une « résolution concernant certains problèmes historiques apparus depuis la création de la république ». Il y reconnaissait que « des erreurs gauchistes » avaient été commises pendant la révolution culturelle et les années précédentes, affirmait que des efforts allaient être déployés pour corriger ces erreurs et soulignait que le parti est résolu à prévenir et à empêcher les mêmes erreurs à l’avenir.
Dans la liesse béate provoquée par la chute de la « bande des quatre » (les quatre grands instigateurs de la révolution culturelle – Mao Zedong non compris), les Chinois ont cru à cette repentance, s’imaginant que la paix sociale pouvait enfin revenir. Pourtant, dix ans à peine passés, ce furent les événements de la place centrale de Pékin où des chars étaient mobilisés pour mâter un mouvement étudiant en faveur de la démocratie : plusieurs milliers de morts et des dizaines de milliers de personnes arrêtées dont certaines sont toujours en prison. Dix ans plus tard, c’est le mouvement spirituel Falun Gong qui fait l’objet d’une persécution dont la cruauté est sans précédent.
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