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Taiwan 2008 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque – Montréal   
11-01-2008

Le président taiwanais, Chen Shui-bian.
Le président taiwanais, Chen Shui-bian.
Une année cruciale pour l’île avec un nouveau Parlement, un nouveau président et un référendum d’adhésion à l’ONU

L’année 2008 sera-t-elle celle de la Chine, avec les Jeux olympiques de Pékin, célébrant son statut de grande puissance sur la scène internationale? Dans l’ombre de la dictature à parti unique, la petite île de Taiwan traversera, en 2008, d’importantes étapes qui seront cruciales pour déterminer son avenir. Ce ne sera quand même pas «l’année de Taiwan», mais la République de Chine (nom officiel) vit des changements importants à l’interne, par rapport à sa propre identité, et la question de la menace militaire de la Chine est toujours autant d’actualité. Ces deux aspects seront au cœur des élections à venir en 2008, en commençant par les législatives le 12 janvier et la présidentielle en mars.

Mis à part ces deux votes, un troisième fait beaucoup jaser et cause de sérieux malaises tant à son allié principal, Washington, qu’aux dirigeants de Pékin. Il s’agit d’un référendum proposé par l’actuel président, Chen Shui-bian, sur l’adhésion de la République de Chine à l’ONU, mais cette fois sous le nom de «Taiwan».

Isolation
Lorsque le gouvernement communiste de la République populaire de Chine (RPC) a obtenu son siège à l’ONU en 1971, la République de Chine (Taiwan) s’est fait expulser de l’organisation internationale. Bon nombre de pays ont par la suite changé d’allégeance, en établissant des relations diplomatiques avec Pékin au détriment de Taipei.

Lors de la victoire de Mao Zedong lors de la guerre civile en Chine (1949), les forces nationalistes de Chiang Kai-shek se sont réfugiées à Taiwan, libérée quelques années plus tôt de la présence japonaise à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon avait obtenu une cession à perpétuité de Taiwan par le traité de Shimonoseki après sa victoire sur la Chine en 1895.

Taiwan n’a jamais été sous le contrôle du gouvernement communiste de Pékin. Les nationalistes qui avaient repris le contrôle de l’île après 1945 n’allaient pas la céder en raison d’une défaite militaire sur le continent. Mais, depuis, le Parti communiste considère Taiwan comme une province rebelle. Pendant plusieurs années, Taipei était considérée comme la représentante légitime de la Chine, jusqu’au revirement des années 1970. Elle avait même le plan de reprendre un jour le continent par la force.

Chiang Kai-shek n’était pas un démocrate. Tout comme les acteurs du Parti communiste chinois, il avait été formé à l’école léniniste de gestion du pouvoir, soit une centralisation très autoritaire. Son établissement à Taiwan a créé d’énormes frictions, car bien que les Taiwanais partagent certains aspects chinois, ils constituaient un groupe distinct qui allait subir la discrimination face aux nouveaux arrivants de Chine continentale.

Après la levée de la loi martiale et la transition vers la démocratie dans les années 1990, des forces politiques autres que le Kuomintang (KMT) de Chiang allaient pouvoir se mettre en valeur et défendre d’autres avenues que celle de réunification avec le continent. En 2000, Chen Shui-bian et le Parti démocratique progressif (PDP) sont arrivés au pouvoir en brisant cinquante années de règne du KMT. C’est aussi une autre approche qui était mise de l’avant, avec les positions claires de Chen en faveur de l’indépendance formelle de Taiwan.

L’île est une démocratie de 23 millions d’habitants, fonctionnant indépendamment de Pékin, avec une économie robuste. Mais son statut de rejeton avec les jeux politiques la laisse isolée sur la scène internationale. Le gouvernement communiste chinois exige que les relations diplomatiques officielles avec Taiwan soient coupées pour qu’il y ait possibilité d’en ouvrir avec Pékin. Ainsi, cette dernière force la majorité des pays dans le monde à accepter le concept d’«une seule Chine». Mais si l’on juge les gouvernements de la Chine et de Taiwan en termes de légitimité, le clivage est clair alors que l’un est une dictature et l’autre une nouvelle démocratie.

Néanmoins, Taiwan se retrouve sans voix dans le monde, étant exclue de l’appareil onusien et autres organisations intergouvernementales.


Pour une reconnaissance
Le référendum proposé par le président Chen Shui-bian est une quête de légitimité et un moyen de recenser le soutien populaire envers l’indépendance formelle, car toutes tentatives précédentes d’obtenir un siège à l’ONU se sont soldées par des échecs. La dernière remonte à septembre 2007. Avec Pékin siégeant au Conseil de sécurité, les chances demeurent pratiquement nulles pour Taipei, surtout qu’elle peut compter sur l’appui de moins de 30 pays. Taiwan entretient des relations diplomatiques officielles avec 27 pays, mais elles ne cessent de s’effriter alors que les alliés souhaitent se lier avec Pékin pour bénéficier économiquement. Le dernier des pays alliés à pencher vers la Chine communiste est le Malawi. Ces pays, amis formels de Taiwan, n’ont aucun poids sur la scène internationale, le plus influent étant peut-être le Vatican, devant le Paraguay…

Actuellement, la seule réelle force de Taiwan repose dans le soutien qu’elle reçoit des États-Unis. Taipei développe sa défense militaire depuis les tous débuts de l’ère Chiang mais, sans un engagement américain envers la protection de Taiwan, la «province rebelle» serait peut-être une «province soumise».

En pleine Guerre froide, le président Nixon et le secrétaire d’État Kissinger, voyant les tensions sévères entre l’URSS et la Chine, avaient cru bon le rapprochement avec Pékin, de là son accession à l’ONU et l’établissement de relations diplomatiques avec Washington. Cette dernière manœuvre avait complètement pris par surprise le Japon et Taiwan, tous deux jusque là sur les lignes de front du containment de la menace rouge. Le Japon a imité le geste des Américains peu de temps après, davantage préoccupé par son économie que par la politique, mais Taiwan ne pouvait être autant pragmatique.


 
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