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Mais qu’est-ce que la «renaissance de la culture chinoise»? |
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Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque – Montréal
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17-01-2008 |
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Page 2 sur 2 Le Japon, qui quelques années plus tôt était dans la même position précaire, prouvait à répétition qu’il avait réussi son processus de modernisation et d’occidentalisation. La Chine, satisfaite de sa gloire passée, se faisait rattrapée par des manifestations vives de l’idéologie du progrès maintenant renforcée par le darwinisme social, prônant la survie du plus fort entre pays.
Devant ce mouvement, de plus en plus d’intellectuels chinois, certains ayant fait des études à l’étranger, voyaient les traditions millénaires de leur pays comme étant la cause directe de tous les déboires, la source de tous les maux et la solution devait venir de l’Occident et de sa science. Les plus critiques, les plus violents et les plus renommés étaient sans doute Chen Duxiu et Lu Xun, tous deux œuvrant dans le milieu littéraire et étant d’affinité marxiste. Chen fut d’ailleurs un membre fondateur du Parti communiste chinois (PCC) en 1921.
Le communisme, selon Marx, devait s’établir dans une société industrialisée. Il était alors incompatible avec la société chinoise de l’époque, encore très paysanne. Mais l’idée de «détruire la vieille société» par la révolution violente attirait les plus désabusés par les troubles internes de la Chine et la présence étrangère abusive.
Le communisme, en plus de l’idéologie du progrès – mettant constamment en conflit le nouveau et l’ancien – et de l’athéisme, sonnait le glas de la culture traditionnelle chinoise.
La grande noirceur Alors qu’au sein de la population l’animosité contre l’ancien abondait, ce fut la victoire des communistes, en 1949, qui donna les instruments du pouvoir aux pourfendeurs du traditionnel. Campagnes politiques, purges, exécutions, les premières années du régime étaient… à vrai dire… comme les suivantes.
Avec la Révolution culturelle de 1966 à 1976, l’assaut final sur l’héritage millénaire de la Chine était donné. Un des objectifs de cette campagne sanglante était de détruire les «Quatre vieilleries», soit les vieilles traditions, la vieille culture, les vieilles habitudes et les vieilles idées. Cette période est bien connue pour sa sauvagerie et sa folie, un temps où Mao voulait consolider son pouvoir et s’instaurer en sauveur. Les peintures de l’époque, exhibant son culte de la personnalité éhonté, le présentent comme un dieu entouré d’une aura, aura qui était traditionnellement présente dans beaucoup de peintures chinoises représentant immortels, bouddhas et grands sages.
La culture traditionnelle était remplacée par la culture du Parti communiste, héritée de l’Union soviétique, avec l’art devenant seulement un outil politique de propagande. L’opéra de Pékin était récupéré à des fins d’endoctrinement, Mao Zedong utilisait la calligraphie et la poésie pour répandre ses idées et mêmes les formes traditionnelles de peinture étaient utilisées pour dépeindre la Chine révolutionnaire.
Ainsi, l’abolition de Dieu du marxisme était remplacée par une tout autre symbolique, où la bienveillance était évacuée au profit de la lutte des classes et de l’adoration du président. Cette période de dix ans a causé un traumatisme inimaginable à la Chine. Plusieurs experts s’entendent pour dire qu’il s’agit d’un chaos jamais vu.
Au niveau des arts, de la culture et de l’héritage, les Gardes rouges animés par Mao ont causé des dommages qui sont, jusqu’à aujourd’hui, encore non recensés. L’ampleur est telle, et le Parti communiste si peu enclin à revisiter cette période, qu’il est impossible d’évaluer à quel point la Chine a été ravagée. Architectures et temples détruits, livres anciens brûlés, peintures déchirées, œuvres d’art ruinées, etc. Tant la forme que la substance devaient être purgées. L’influence de la pensée des Trois écoles (confucianiste, taoïste et bouddhiste) ayant gouverné les coutumes depuis des millénaires devait être rompue en détruisant les manifestations physiques représentées par les arts et en éliminant les éléments psychologiques par la torture, les lavages de cerveau, les confessions forcées, etc.
La pensée des Trois écoles ne forme pas un corps homogène, mais elles sont toutes guidées par des principes fondamentaux incompatibles avec l’idéologie de violence promulguée par le communisme. Elle représentait donc un obstacle abstrait à l’hégémonie du Parti communiste sur la Chine. Encore aujourd’hui, si le PCC parle d’harmonie dans ses discours, la liberté de croyance est toujours inexistante, ramenant à ce besoin du communisme de n’avoir aucune compétition dans son influence idéologique sur les populations.
Les arts traditionnels chinois sont complètement fondés sur les valeurs traditionnelles telles qu’instaurées par les Trois écoles. Encore aujourd’hui, certains des sites touristiques les plus prisés en Chine sont à caractère religieux ou spirituel, que ce soit le mont Taishan, le mont Wudang, le temple Shaolin, le bouddha géant de Leshan, etc. Que ce soit en peinture, en poésie ou en musique, les plus grands maîtres chinois avaient presque tous un rapport intime avec une des Trois écoles, ou du moins étaient très révérencieux et suivaient la voie du milieu, telle que prescrite par les livres classiques. D’ailleurs, bon nombre d’œuvres viennent d’artistes n’ayant pas laissé leur nom, jugeant le renom et les intérêts comme ayant peu d’importance par rapport à la vertu acquise en peignant ou en sculptant une œuvre dédiée au divin.
La renaissance Une renaissance des arts traditionnels chinois implique donc beaucoup plus qu’une simple démonstration de la forme. Les valeurs qu’ils sous-tendent doivent imprégner les œuvres et en être l’inspiration de base. Comment accomplir cela au 21e siècle, alors que les Trois écoles ne sont plus très à la mode, que tout va si vite, avec la technologie, la consommation, etc.? C’est peut-être à la compagnie Divine Performing Arts, en vedette dans la Célébration du Nouvel An chinois 2008 présentée par NTDTV, de nous le démontrer. Dans le spectacle de l’année dernière, bouddhas, taoïstes, fées célestes et autres divinités étaient représentés dans des pièces à saveur épique et morale. Il y avait la bravoure de Mulan, l’inspiration divine d’un sculpteur de statues bouddhistes, la loyauté du général Yue Fei et même un numéro dénonçant la répression dans la Chine moderne.
La Célébration du Nouvel An chinois, les 15, 16 et 17 janvier à la Place des Arts de Montréal. www.bestchineseshows.com
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