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Les Turcs commémorent Hrant Dink à Istanbul et demandent justice |
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Écrit par Nicolas Cheviron, Agence France-Presse
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22-01-2008 |
Rassemblement le 19 janvier 2008 à Istanbul pour commémorer l’assassinat du journaliste Hrant Dink. (STR/AFP/Getty Images) ISTANBUL – Plusieurs milliers de personnes ont commémoré le 19 janvier, au jour anniversaire de sa mort, le souvenir du journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink sur les lieux où il a été assassiné, devant l'hebdomadaire Agos qu'il dirigeait, réclamant que justice soit faite.
Ils étaient environ 8000, selon la police. Sa famille, des amis personnels, des journalistes, des intellectuels, des défenseurs des droits de l'homme, mais aussi de simples citoyens se sont rassemblés à 15 h locales, l'heure où il a été tué, devant les locaux de l'hebdomadaire bilingue turc-arménien situé à Osmanbey, au centre-ville, sur la rive européenne de la métropole.
«Je suis ici parce que nous avons perdu l'une des plus belles âmes de Turquie», a confié Mehmet Calik tandis qu'un artiste jouait du doudouk, instrument traditionnel à vent arménien.
Pour ce commerçant de 47 ans, «on l'a tué parce qu'il était Arménien, mais aussi parce qu'il parlait le langage de la vérité. Nous sommes ici pour poursuivre son combat», dit-il.
Les participants portaient des pancartes sur lesquelles était inscrit : «Nous sommes tous Arméniens» et «Nous sommes tous Hrant Dink».
«Nous sommes venus pour demander des comptes aux meurtriers et à l'État», a lancé Deniz Buga, un étudiant âgé de 23 ans, membre d'une organisation de gauche.
Des centaines de policiers étaient présents, mais avec discrétion.
Hrant Dink avait 52 ans lorsqu'il a été abattu de deux balles dans la nuque, le 19 janvier 2007, par un jeune chômeur de Trabzon (nord-est), proche des milieux ultra-nationalistes.
Il avait reçu plusieurs menaces de mort.
Sa veuve, Rakel, visiblement très émue, s'est adressée à la foule et a demandé justice. «Qu'est-ce qui a été fait au nom de la justice depuis un an», a-t-elle demandé.
Le journaliste, connu pour son franc parler, avait suscité l'ire des nationalistes par ses prises de position sur les massacres d'Arméniens survenus en Anatolie entre 1915 et 1917, qu'il qualifiait de génocide.
Les massacres et déportations d'Arméniens lors du déclin de l'empire ottoman ont fait plus de 1,5 million de morts, selon les Arméniens, 250 000 à 500 000, selon la Turquie qui récuse la notion de génocide reconnue par plusieurs pays.
Son meurtre avait choqué une partie de la population turque. Une centaine de milliers de personnes ont participé à ses obsèques.
Mais depuis, même si le principal suspect qui a avoué le crime a été capturé et est actuellement jugé avec plusieurs de ses complices présumés, les ramifications de l'affaire restent obscures.
De nombreux commentateurs de presse estiment que l'investigation policière a été bâclée pour dissimuler les instigateurs du meurtre.
La presse turque était unanime le 19 janvier à appeler les autorités à «faire toute la lumière» sur cet assassinat politique.
«Un an après sa mort : des scandales et des dizaines de questions restées sans réponse», écrivait ainsi le journal Milliyet, estimant que la justice «n’a pas avancé d'un pouce» pour élucider cette affaire.
Le Parlement turc s'apprête de son côté à réviser l'article 301 du code pénal qui avait conduit à la condamnation du journaliste en 2005 à six mois de prison avec sursis pour «insulte à l'identité nationale».
L'Union européenne, avec laquelle la Turquie a entamé de difficiles négociations d'adhésion depuis 2005, réclame la révision de cet article aux termes duquel plusieurs intellectuels ont été poursuivis, dont Orhan Pamuk, le lauréat du prix Nobel 2006 de littérature.
L'amendement qui devrait être voté prochainement au Parlement prévoit une redéfinition plus précise des termes de l'article et conditionne l'ouverture de poursuites à une autorisation du ministre de la Justice.
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