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Les sanctions canadiennes contre la Birmanie ont un impact Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sharda Vaidyanath, La Grande Époque - Montréal   
24-01-2008

Des militants birmans
Des militants birmans manifestent devant le quartier général des Nations Unies à Bangkok. (Pornchai Kittiwongsakul/AFP/Getty Images)
Mais les atrocités continuent loin des regards

La junte militaire au pouvoir en Birmanie est définitivement affectée par les sanctions économiques imposées par le Canada, tandis que les investissements étrangers freinent la restauration de la démocratie dans le pays, estime le député libéral à Ottawa, Larry Bagnell.

Après une mission d’enquête d’une semaine à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, M. Bagnell, président de l’association Les amis parlementaires de la Birmanie (Parliamentary Friends of Burma – PFOB), affirme que les Birmans souhaitent que le Canada maintienne les sanctions.

«Les dirigeants de la résistance birmane sont très satisfaits des sanctions», fait-il remarquer.

«Il y a de bonnes chances qu’en raison de la pression mise sur la Birmanie», les investissements de Chine et de Singapour ralentissent dans le pays, poursuit-il.

Mais il avertit que la situation est vraiment bien plus grave que le monde croyait, en raison des atrocités rurales et ethniques qui ne sont pas rapportées par les médias internationaux.

Tandis que Aung San Suu Kyi, chef de la Ligue nationale pour la démocratie ayant reçu la citoyenneté canadienne honoraire l’année dernière, demeure en résidence surveillée, l’obstacle principal à une restauration de la démocratie pourrait venir de l’étranger : les investissements étrangers renforcent la junte militaire.

Les investissements étrangers financent un projet d’oléoduc transnational et de construction d’immenses barrages sur la rivière Salween et autres, ce qui est considéré comme un cadeau pour la dictature. Ceci permet l’achat de matériel militaire additionnel pour «opprimer davantage le peuple et mener à des déplacements [de population] massifs, au travail forcé et autres violations des droits de l’homme», souligne M. Bagnelle dans un communiqué.

Le communiqué insiste que contrairement à la croyance de la communauté internationale que le pire est peut-être passé en Birmanie, «les atrocités dans les provinces ethniques incluant le viol, les déplacements forcés, le travail forcé et les meurtres extrajudiciaires sont devenus une réalité quotidienne».

Tin Maung Htoo, directeur général des Amis canadiens de la Birmanie (Canadian Friends of Burma, CFOB), affirme que c’est la première fois, depuis une dizaine d’années, qu’un politicien visite la région. Il est d’accord avec les conclusions de M. Bagnell sur la situation.

«Il n’y a aucun signe de progrès sur le front politique.»

En anticipation de la visite en Birmanie de l’envoyé spécial de l’ONU, Ibrahim Gambri, des représentants de la junte militaire ont rencontré Aung San Suu Kyi, mais ce n’était «qu’un jeu politique pour calmer la situation», croit Maung Htoo.

«Nous ne connaissons pas le sujet de leurs discussions.»

La crise en Birmanie s’est amplifiée en septembre dernier avec la sanglante répression de milliers de partisans de la démocratie, incluant un large contingent de moines bouddhistes. Plusieurs ont été battus, torturés et emprisonnés. On estime que des centaines ont été assassinés.

«J’ai eu l’impression que certains prisonniers ont été relâchés, mais pas nécessairement par bonne volonté. Ils étaient devenus un fardeau… personne ne sait combien de gens sont disparus», raconte M. Bagnell.

Selon les affirmations de Maung Htoo, bien que certains militants emprisonnés dans des centres de détention dans les villes aient probablement été libérés, plusieurs sont entrés dans la clandestinité, et il n’y a pratiquement aucun changement à l’oppression des gens dans les régions rurales.

Tandis que l’ONU a envoyé une lettre du Conseil de sécurité condamnant le régime birman à l’automne dernier, la Canada a imposé les sanctions économiques et diplomatiques les plus sévères en décembre contre la dictature militaire.

Maxime Bernier, ministre des Affaires étrangères, avait alors affirmé que les sanctions économiques du Canada contre la Birmanie étaient les plus strictes dans le monde.

«Nous croyons que les sanctions sont le moyen qui nous permet de mettre le plus de pression sur la junte militaire», avait-il déclaré.

À l’exception de l’exportation de marchandises destinées à des causes humanitaires, il y a actuellement un embargo sur toutes les exportations et importations entre le Canada et la Birmanie. Les avoirs des Birmans en sol canadien sont gelés et les services financiers canadiens offerts en provenance et vers la Birmanie sont également interdits.

De plus, il y a une interdiction sur l’accostage de bateaux et l’atterrissage d’avions au Canada et en Birmanie. Il n’y aura aussi aucune exportation de données techniques ni de nouveaux investissements.

Alors que le total des échanges entre le Canada et la Birmanie est passé de 47 millions de dollars en 2002 à seulement 8,5 millions de dollars l’année dernière, il y a encore environ dix-sept compagnies qui investissent ou font directement des affaires en Birmanie, selon Maung Htoo.

«Nous sommes assez satisfaits des sanctions du gouvernement canadien, mais il y a beaucoup de failles, et les sanctions n’affectent pas les investissements déjà présents qui sont encore substantiels.»

Les sites Internet de CFOB et du ministère des Affaires étrangères dénotent plusieurs compagnies canadiennes encore actives en Birmanie, mais un fait moins connu concerne les investissements du Régime de pensions du Canada dans des compagnies non canadiennes en Birmanie et les fonds de dotation d’universités canadiennes.

«Le gouvernement devrait faire quelque chose à propos de ça», estime Maung Htoo.

«Nous avons fait du lobbying auprès du gouvernement pour qu’il retire ces investissements aussi», fait remarquer Larry Bagnell, ajoutant que la compagnie minière Ivanhoe s’est retirée de Birmanie.


 
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