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À Najaf, fraîcheur et salut sont les trésors de la terre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Hassan Abdul Zahraa, Agence France-Presse   
08-02-2008
Tunnel dans la ville irakienne de Najaf.
Tunnel dans la ville irakienne de Najaf. Des réseaux de souterrains historiques quadrillent la ville, outil de protection contre les envahisseurs de tout acabit. (Joseph Eid/AFP/Getty Images)
NAJAF (Irak) – Lorsque Saadiyah Ahmed souffre de la chaleur des étés torrides du désert de Najaf, ou qu'elle sent le vent glacial des nuits d'hiver envahir sa maison, elle disparaît sous la terre.

Aussi loin que remonte sa mémoire, cette femme solide, âgée de 60 ans, se souvient que sa mère et sa grand-mère faisaient de même et cherchaient refuge dans la cave familiale, une des milliers d'excavations qui percent le sous-sol de la ville sainte chiite irakienne.

«J'ai tant de souvenirs dans cette cave», explique-t-elle.

Que ce soit pour lutter contre la rigueur du climat, les envahisseurs wahhabites, les canons britanniques, la police de Saddam Hussein, ou les hélicoptères américains, les habitants de Najaf ont adopté depuis des siècles la même stratégie : ils disparaissent dans un dédale de tunnels s'étendant sous leur cité.

Aujourd'hui, des missions scientifiques irakiennes tentent de dresser l'inventaire de cette singularité de la ville, dominée par la coupole dorée du mausolée de l'imam Ali, figure fondatrice du chiisme, mort en 661.

«Najaf doit prendre soin de ses souterrains et de ses caves parce qu'ils représentent un héritage unique. Ils sont les témoins de l'histoire de la ville», raconte le président de l'université de Koufa, Hassan al-Hakim.

Il a récemment participé à une mission exploratoire de ces tunnels, qui selon ses estimations, s'étendent sur des dizaines de kilomètres sous la vieille ville avec, comme épicentre, la mosquée de l'imam Ali.

Depuis son établissement au 9e siècle, les habitants de Najaf ont pris l'habitude de se protéger de la brûlure du soleil et de la morsure du froid en descendant dans des puits qui plongent jusqu'au sous-sol rocheux. Appelés sin, ils ont, de tout temps, servis à conserver au frais fruits, légumes et denrées périssables.

Mais dès le 18e siècle, les caves ont été agrandies, des tunnels ont été creusés et des souterrains secrets aménagés pour faire face à un formidable péril venu du sud. Les tribus de la péninsule arabe, sorties du désert du Nedj sous la conduite du cheikh Abdel Wahab, cherchaient à la pointe du sabre à imposer aux cités chiites d'Irak leur vision rigoriste de l'Islam sunnite.

À l'époque, le mausolée était sous la tutelle d'un grand chef religieux que ses successeurs considèrent comme un visionnaire.

«Quand cheikh Kashif al-Ghitaa a compris que les envahisseurs arrivaient», explique cheikh Ahmed, conservateur du musée qui porte le nom du haut dignitaire, «il a fait construire un mur d'enceinte autour de la ville, un abri sous la mosquée et des tunnels pour s'en échapper.»

Un escalier de 40 marches descend vers l'entrée de l'abri, marqué par l'ouverture d'un puits, sur lequel s'ouvre des passages secrets dont certains sont encore inexplorés.

«Après avoir fait construire les souterrains, cheikh al-Ghitaa y a mis en lieu sûr les trésors du mausolée», ajoute cheikh Ahmed.

Ces mêmes souterrains allaient servir de refuge pour des générations de combattants chiites opposés aux différents pouvoirs locaux ou étrangers qui ont tenté de soumettre une communauté jugée rebelle.

«Les souterrains ont servi de cache pour les francs-tireurs pendant la révolution de 1920», rappelle le recteur de l'université de Koufa, al-Hakim, en évoquant la révolte nationaliste contre la puissance coloniale britannique.

En 1991, c'est en utilisant ces tunnels – dont certains conduisent à l'extérieur de Najaf – que les religieux chiites ont échappé à la répression de Saddam Hussein qui a maté la révolte du sud de l'Irak. Et, en août 2004, c'est dans la mosquée et ses souterrains que les miliciens du chef radical Moqtada Sadr ont résisté aux troupes américaines.

Pour Saadiyah Ahmed, la cave de sa vieille maison a une histoire plus sereine : «C'est là que je venais m'amuser petite», dit-elle, montrant l'endroit, près d'un conduit d'aération, où les femmes de sa famille s'asseyaient pour profiter des courants d'air frais.




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