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Sans solution politique rapide, le Kenya risque l'embrasement Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Agence France-Presse   
12-02-2008
 Un graffiti sur un mur du taudis Kibera,
Un graffiti sur un mur du taudis Kibera, dans la capitale kenyane, Nairobi, appelle à la paix. (Paula Bronstein/Getty Images)
NAIROBI – Une solution politique forte est plus que jamais urgente pour sortir de la crise au Kenya, où un enlisement des pourparlers fait courir un risque d'embrasement déjà tangible sur le terrain, relèvent des analystes.

Le 8 février dernier, les camps du président kényan réélu, Mwai Kibaki, et de l'opposant, Raila Odinga, sont tombés d'accord sur la «nécessité» d'un accord politique. Cependant, aucune solution tangible de sortie de crise n'a été trouvée depuis que les pourparlers ont commencé à la fin de janvier, sous la médiation de Kofi Annan.

«Il y a urgence à trouver un accord politique, sinon la prochaine étape logique est un embrasement en un conflit ethnique», estime auprès de l'AFP sous couvert d'anonymat un militant des droits de l’Homme au Kenya.

«Il y a déjà presque une guerre civile dans les bidonvilles de Nairobi et dans la Vallée du Rift; l'ODM (Mouvement démocratique orange, parti d'Odinga) pourrait décréter un gouvernement parallèle à Eldoret (Vallée du Rift, dans l'ouest) et le Kenya se diviserait en deux, comme ce qui s'est passé en Yougoslavie», selon le scénario le plus pessimiste de cet observateur.

Sans véritable solution politique d'ici quelques semaines, «il y a un risque réel d'un développement de la violence à plus grande échelle» et de «situation de pourrissement», juge de son côté François Grignon, responsable Afrique pour l'organisation International Crisis Group (ICG).

«Il y a [déjà] un effondrement de l'autorité de l'État dans la Vallée du Rift; vous avez des institutions de l'État qui ne sont plus reconnues légitimes», souligne-t-il.

Plus de 1000 personnes sont mortes et jusqu'à 300 000 ont été déplacées depuis plus d'un mois au Kenya dans cette crise née de la contestation par l'opposition de la réélection de M. Kibaki lors de la présidentielle du 27 décembre.

Sur le terrain, les résultats de la médiation sont très attendus et les tensions entre communautés, attisées par des politiciens peu scrupuleux, restent fortes dans la Vallée du Rift en particulier.

Ces tensions sont d'autant plus explosives qu'elles découlent de conflits fonciers et ethniques et de frustrations latentes depuis l'indépendance en 1963, et jamais mises à plat depuis par les différents dirigeants d'un des pays les plus inégalitaires au monde.

Des informations alarmantes, non confirmées mais jugées crédibles par des observateurs, font état de groupes de Kikuyus (ethnie du président Kibaki) entraînés actuellement en Ouganda et de Luos (ethnie de Raila Odinga) entraînés au sud du Soudan.

Selon des sources concordantes, le gang criminel des Mungiki recrute et a été récemment activé par des hauts responsables proches de M. Kibaki pour «protéger» la communauté kikuyu.

Des milices kalenjins, qui ont mené des opérations ces dernières semaines pour chasser les autres ethnies de ce qu'ils appellent leurs «terres ancestrales» dans l'ouest, pourraient aussi abandonner arcs et flèches au profit d'armes à feu, soulignent des observateurs.

«Ces milices kalenjins sont déterminées à défendre ou à reconquérir ces terres», indique M. Grignon.

Si les deux camps ne parviennent pas à un accord politique rapide, «on peut s'attendre non à une guerre civile organisée, mais à une dissolution de l'État dans une lutte de milices ethniques qui cherchent à s'imposer dans une région, essentiellement dans le “Kenya utile” [Vallée du Rift et province centrale]», estime Gérard Prunier, chercheur spécialiste de l'Afrique orientale et centrale.

«Nous devons reconnaître que le Kenya, dont l'identité ethnique a été blessée, ne sera plus jamais le même», conclut de son côté Dan Juma, responsable adjoint de la Commission des droits de l’Homme du Kenya.




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