Des employés de la compagnie d’État PDVSA manifestent contre la pétrolière américaine ExxonMobil, le 13 février 2008, à Maracaibo, Venezuela. (Rafael Navarro/AFP/Getty Images) CARACAS – Le Venezuela a de nouveau menacé de priver de pétrole les États-Unis, en représailles au contentieux soulevé par ExxonMobil, mais cette mesure, dont pâtirait davantage le pays latino-américain, n'a guère de chance d'être appliquée, selon les experts.
Le président vénézuélien, Hugo Chavez, a récemment averti qu'il pourrait «ne plus envoyer une goutte de pétrole vers l'empire des États-Unis», en réaction au possible gel mondial des actifs de la compagnie nationale PDVSA.
Or, au-delà des joutes verbales, les États-Unis constituent le premier client du Venezuela, qui lui vend la moitié de sa production (3,2 millions de barils quotidiens selon les données officielles), alors que le pétrole vénézuélien ne représente qu'environ 10 % des importations américaines.
L'économie américaine a d'ailleurs déjà affronté cette situation lors de la grande grève déclenchée contre le régime de Chavez qui paralysa le secteur pétrolier entre décembre 2002 et janvier 2003, signale Elio Ohep, responsable de la revue spécialisée, PetroleumWorld, dans un entretien à l'AFP.
«Les grands fournisseurs des États-Unis, le Mexique et le Canada, qui ont remplacé le Venezuela durant la grève pétrolière, prendraient le relais immédiatement», affirme-t-il.
Selon cet expert pétrolier, les autorités américaines, face à une rupture des exportations vénézuéliennes, pourraient en outre aisément «augmenter, en un mois, leurs achats au Moyen-Orient».
Dans son éditorial du 15 février dernier, le grand quotidien américain Washington Post affirme qu'au cas où Chavez mettrait sa menace à exécution, «la première victime serait son régime».
«Si l'administration Bush était réellement aussi décidée à le renverser que M. Chavez le prétend, elle pourrait être tentée de déclarer le boycottage du pétrole vénézuélien», ajoute le journal.
Ce boycottage «provoquerait un petit dommage facilement réparable pour l'économie des États-Unis mais dévasterait le Venezuela», ajoute le Washington Post en rappelant que le pétrole extra lourd du pays latino-américain requiert les «raffineries spéciales» américaines.
La menace brandie par le Venezuela «ne semble pas possible, car les ventes aux États-Unis représentent la moitié des revenus de PDVSA», estime l'agence financière Standard & Poor.
Le Venezuela, le plus grand producteur latino-américain, tire près de 25 % de son produit intérieur brut de la production pétrolière, et les impôts payés par PDVSA fournissent la moitié du budget de l'État.
«Une interruption du commerce est improbable», selon la banque J. P. Morgan Securities, même si l'attitude du gouvernement vénézuélien peut créer, à court terme, «un facteur psychologique à la hausse pour les prix» du brut.
Pour l'instant, le gouvernement vénézuélien a réagi en suspendant seulement ses relations commerciales avec le géant américain ExxonMobil, accusé d'«actions de harcèlement juridico-économique», même si Caracas a accepté, à la fin de 2007, le principe d'un arbitrage international.
ExxonMobil, premier groupe pétrolier mondial, a présenté plusieurs recours juridiques pour compenser son retrait de la région pétrolière de l'Orénoque, dont le Venezuela a «nationalisé» les gisements en mai dernier, exigeant au moins 60 % du capital des sociétés chargées de les exploiter.
Les mesures préventives sollicitées par le géant américain devant des tribunaux britanniques et néerlandais visent à geler jusqu'à 12 milliards de dollars d'actifs de PDVSA.
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