Le favori à l’investiture républicaine, John McCain. Toute une surprise. Le vétéran de la guerre du Vietnam était déclaré «mort» avant le début de la campagne. (Mark Lyons/Getty Images) WASHINGTON – Les campagnes présidentielles américaines ont des règles immuables : célébrité, argent, attaques contre vos adversaires vous donnent toutes les chances de l'emporter, et mieux vaut avoir gouverné un État que siégé au Congrès si l'on espère occuper le Bureau ovale.
Et pourtant : un sénateur est quasiment certain de succéder à George W. Bush. Barack Obama, à Washington depuis trois ans, tient la corde pour l'investiture démocrate, et John McCain, à court d'argent l'été dernier, est à peu près assuré de l'investiture républicaine.
C'est bien simple, la subversion des attentes a rendu la campagne en cours la plus passionnante de mémoire de politologue. C'est Stephen Hess, qui assista aux conventions de 1952, et qui travailla pour trois présidents, qui l'affirme.
«Je suis sûr qu'il va encore y avoir des surprises, parce que ceci a été la campagne la plus surprenante de l'histoire récente», renchérit Darrell West, professeur à Brown University.
Il y a six mois encore, les sondages annonçaient un duel entre le républicain Rudolph Giuliani et la démocrate Hillary Clinton, chacun installé confortablement en tête des sondages... avant que les électeurs ne s'intéressent vraiment à la campagne.
Aujourd'hui, c'est le sénateur John McCain, donné éliminé cet été – en raison de l'impopularité de son soutien à la guerre en Irak et de sa tentative ratée pour légaliser des immigrés clandestins – qui est pratiquement assuré de devenir le candidat républicain.
Hillary Clinton, elle, a la tâche de plus en plus difficile pour briser l'élan de son rival Barack Obama.
Les idées reçues ont été bouleversées.
Non, la fortune personnelle et la collaboration de consultants éprouvés ne suffisent pas, comme l'a prouvé l'échec du millionnaire républicain Mitt Romney.
Non, les femmes ne sont pas nécessairement conquises par la perspective d'élire la première présidente, comme l'a prouvé le pouvoir de séduction de Barack Obama dans cet électorat.
Non, les jeunes ne sont pas forcément indifférents à la politique, vu leur taux de participation record aux primaires.
Non, enfin, il n'est pas indispensable de courtiser la base la plus militante de son parti, comme l'ont prouvé MM. McCain et Obama en s'appuyant très largement sur l'électorat indépendant (non encarté dans un parti).
Pour Stephen Hess, beaucoup de ces surprises reposent sur les personnalités exceptionnelles de John McCain, héros du Vietnam, et de Barack Obama, fils d'une adolescente blanche et d'un étudiant kényan, et qui ambitionne de rassembler le pays autour de son premier président «noir».
«John McCain était donné pour «éliminé» l'été dernier […] et se reprendre à ce point est sans précédent. Après coup, on peut voir comment il y est arrivé, en partie grâce à son cran», dit-il.
Quant à Barack Obama, «c'est remarquable, ce n'est même pas un phénomène, ce n'est pas une vague, c'est un mouvement, et c'est une chose tellement rare en politique, qu'il n'y a à peu près personne qui puisse le prévoir».
Darrell West ne dit guère autre chose quand il remarque que les nouveaux favoris «ont réécrit les règles. Mais nous ne savons pas si elles tiendront lors de la prochaine saison» électorale.
Au Pew Research Center, centre de sondages et d'études politiques, Carroll Doherty souligne qu'il serait imprudent de spéculer sur le duel attendu entre John McCain et Barack Obama.
Si toutes les surprises de la campagne jusqu'ici «nous apprennent une leçon, c'est qu'on ne doit pas tirer de conclusion avant que les gens aient voté et que les délégués aient été comptés, et considérer qui que ce soit comme éliminé à ce stade […] serait une erreur», souligne Carroll Doherty.
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