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Au Fort d'Ivry, le mystère des archives de la Wehrmacht Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Hervé Asquin, Agence France-Presse   
26-02-2008
Un archiviste de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle
Un archiviste de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense en France consulte les archives photographiques de la Wehrmacht, en banlieue de Paris. (François Guillot/AFP/Getty Images)
Seconde Guerre mondiale

IVRY-SUR-SEINE – Les archives photographiques de la Wehrmacht, discrètement conservées depuis la Libération au Fort d'Ivry, en banlieue parisienne, sont nimbées de mystère : comment ont-elles échoué là? Nul ne le sait.

Une certitude : pas moins de 347 000 clichés de reporters des Propaganda Kompanien (compagnies de propagande) déployés dans les rangs de l'armée du IIIe Reich sont à l'abri dans les casemates de ce fort construit au XIXe siècle pour défendre Paris.

Les images témoignent des opérations de l'armée allemande, du front russe à l'Italie en passant par l'Afrique, la Crète et la France, mais aussi de la vie quotidienne de leurs auteurs, reporters-photographes enrôlés par la propagande nazie.

Certains reportages portent des signatures aussi prestigieuses que controversées, telles Hans Ertl ou Walter Frentz.

Tous deux ont été cameramen de la cinéaste Leni Riefenstahl (Les Dieux du Stade, Le Triomphe de la volonté, etc.) dont ils partageaient une même esthétique, exaltation de la force et de la bravoure.

Sur l'itinéraire de ces images, Nicolas Férard, documentaliste de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), n'a guère de certitudes.

«On dit qu'à la fin de la guerre, Goebbels [ministre de la Propagande d'Hitler] avait ordonné leur destruction, mais que plusieurs camions sont tombés entre les mains des alliés», explique-t-il.

Au moment du partage, précise ce jeune homme de 33 ans, les Américains avaient récupéré 1,1 million de clichés et les Britanniques 60 000. Ils ont été restitués depuis à l'Allemagne fédérale, contrairement aux archives détenues par la France.

Pendant 60 ans, le ministère de la Défense s'est gardé de toute communication autour de ce fonds. «Par peur de l'amalgame, on ne voulait pas trop dire que des clichés de la Wehrmacht, portant parfois des croix gammées, étaient conservés par l'armée française», avance Violaine Challéat, responsable des archives.

De 2004 à 2005, ces 347 000 clichés du Fort d'Ivry ont fait l'objet d’une «restriction d'accès» avant d'être de nouveau librement ouverts à la consultation du public.

Ces négatifs ont cependant conservé leur piqué et leur contraste exceptionnels, marques de fabrique du Leica, le légendaire appareil-photo allemand. "Quatre-vingt dix-neuf pourcent d'entre eux ont été pris au Leica, ce sont des photos d'une grande qualité», constate Nicolas Férard.

Depuis une dizaine d'années, le documentaliste se consacre exclusivement à ce fonds et poursuit avec «passion» un travail de bénédictin consistant à rapprocher les légendes des clichés, dissociées lors d'un classement hasardeux dans les années 1950.

De temps à autre, des chercheurs ou des musées allemands lui rendent visite. Quelques photos ont d'ailleurs été au coeur d'un scandale retentissant en Allemagne. Elles montrent les exécutions sommaires de dizaines d'hommes, contraints de creuser des fosses communes avant d'y être précipités sous les balles de pelotons de la Wehrmacht.

En 1999, l'Institut de recherches sociales de Hambourg avait été vivement mis en cause pour avoir situé ces événements en Serbie, en août ou septembre 1941, mention manuscrite portée par un visiteur inconnu sur l'album conservé au Fort d'Ivry, mais nullement confirmée.

D'autres photos attirent l'attention. On y voit des sentinelles françaises et allemandes côte à côte pour surveiller le travail d'ouvriers employés à la construction des fortifications de la Wehrmacht dans le midi. «Un historien y trouverait sans doute matière à illustrer la collaboration des entreprises françaises qui se sont enrichies pendant la guerre», commente Nicolas Férard.




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