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Accueil arrow L'actualité arrow Science arrow L'épigraphie : la science qui traque les inscriptions du Moyen Âge
L'épigraphie : la science qui traque les inscriptions du Moyen Âge Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Didier Beynac, Agence France-Presse   
28-02-2008
Vincent Debiais
Vincent Debiais, ingénieur en recherches et membre de l'équipe travaillant sur l'épigraphie au CESCM, fait un relevé d'une inscription ancienne sur un mur de la ville de Poitiers le 19 février 2008. (AFP)
POITIERS (France) – Depuis un demi-siècle, une poignée de chercheurs traque dans toute la France les inscriptions du Moyen Âge portées sur des pierres ou d'autres matériaux durs pour les recenser, les décrypter et les publier; une science méconnue mais essentielle pour les historiens.

Laboratoire unique en France, le Centre d'études supérieures de civilisation médiévale (CESCM) de Poitiers a répertorié plus de 50 000 inscriptions datant du début du VIIIe siècle à la fin du XVe siècle. Plus de 12 000 ont déjà été photographiées, retranscrites, traduites et classées par la petite équipe d'épigraphie médiévale créée en 1960 au sein du CESCM.

«L'épigraphie est la science qui étudie les inscriptions anciennes, les textes écrits sur une matière durable: pierre, métal, bois, mosaïque, verre», explique Vincent Debiais, ingénieur de recherche dans l'équipe qui comprend deux ingénieurs et trois professeurs d'université.

Le recensement des inscriptions, quasiment achevé, a été réalisé à partir de toutes les sources possibles – inventaire des monuments historiques, inventaire de la conservation de l'archéologie, catalogues de musées, revues d'histoire – et avec l'aide de professionnels de la recherche, de l'enseignement, voire d'amateurs.

«Nous nous cantonnons au Moyen Âge, car avant et après des recherches ont été menées par des groupes du Centre national de la recherche scientifique (CNRS)», précise Vincent Debiais.

Accompagné d'un photographe, il sillonne la France. «Nous choisissons un site et nous partons pour une semaine. Je prends les mesures du support, des lettres, du tracé. Avec un calque, du papier carbone, des feutres, je fais un dessin de l'inscription qui est le plus souvent en latin», raconte-t-il.

De retour au centre, il note toutes les informations recueillies et la traduction du texte. Parfois, le travail s'apparente à une véritable enquête. Au fil des ans, la langue a varié, la forme des lettres a changé et, de plus, il y a l'usure du temps et de l'homme.

«Chaque inscription peut être un message, une épitaphe, une devise, un compte rendu. Elle peut avoir été trouvée sur un édifice, un monument funéraire, un objet. C'est un témoignage historique unique», explique l'ingénieur.

D'où une diversité infinie: «Pendant les combats, cette maison a abrité les chevaux de deux Anglais», lit-on sur un mur, tandis qu'une serrure d'église annonce que «Bernard artisan m'a fait de bon gré». Une fontaine est marquée «Fontaine réservée au peuple», et un pont annonce: «Quand les marchandises passent sur ce pont, elles doivent un dixième de la partie à la ville».

«Cette science est un bon auxiliaire de l'histoire car elle apporte une date, un renseignement», souligne-t-il. «L'épigraphie permet également de mieux connaître la diffusion, l'évolution de l'écriture, les usages à cette époque.»

Les inscriptions sont publiées dans le Corpus des inscriptions de la France médiévale. Depuis 1974, en procédant région par région, le centre a édité 22 volumes. Le 23e consacré à la Bretagne, à la Loire-Atlantique et à la Vendée, est au comité de lecture. Le 24e, à paraître en 2010, sera consacré aux départements de la Mayenne, de la Sarthe, du Maine-et-Loire et de l'Indre-et-Loire.

Le centre de Poitiers collabore avec des équipes allemandes, espagnoles, italiennes chargées du même travail dans leur pays et organisera, au printemps 2009, le troisième congrès international d'épigraphie médiévale.




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