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La cathédrale d'Albi : ses fresques... et ses graffitis séculaires Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Franck Madoeuf, Agence France-Presse   
29-02-2008
La cathédrale Sainte-Cécile
Vue prise le 2 juillet 2001 de la cathédrale Sainte-Cécile, dans un quartier que la municipalité d’Albi souhaite voir classé au patrimoine mondial de l'humanité. (Pascal Pavani/AFP)
ALBI (France) – La cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, dans le sud de la France, attire les visiteurs pour sa voûte peinte, la plus grande du monde, et ses fresques du XVIe siècle, mais elle recèle également... des graffitis anciens qu'un passionné, Thierry Cabayé, sauve de l'opprobre attaché généralement à ce type d'expression.

«Suis venu secrètement en 1588 le samedi devant Saint Paraxedis dans cette église», indique un mystérieux message gravé sur un mur.

«Et tombé le mesme jour du haut de le vitrau sans prendre aucun mal 1749», écrit un ouvrier manifestement choqué.

«Ces graffitis sont les seuls témoignages directs de gens qui ont donné un moment de leur vie à cet édifice, en le construisant à partir de 1282, en le décorant, en participant à son activité religieuse ou simplement en le visitant», explique Thierry Cabayé.

Depuis trois ans, cet homme de 50 ans est le responsable de la sécurité et de l'accueil de l'immense nef de brique rose de 2000 mètres carrés qui reçoit quelque 600 000 visiteurs par an.

«La première fois que j'ai eu les clés et que j'ai fait un tour complet, j'ai été spontanément interpellé par ces souvenirs», explique cet autodidacte passionné et érudit.

Depuis, il a patiemment répertorié quelque 2000 inscriptions et dessins divers, photographiant les plus intéressants, qu'il envisage de présenter dans une brochure.

Avec l'autorisation des Bâtiments de France et de sa hiérarchie, il propose une visite guidée aux personnes intéressées par ces traces profanes du passé dans ce lieu de grande spiritualité.

On peut notamment admirer un couple de rats de belle taille du début du XVIe siècle, des silhouettes, des visages, un éléphant, un lion, «animaux probablement connus des ouvriers italiens de la cathédrale qui en avaient vu dans leur pays», explique Thierry Cabayé.

Sainte-Cécile abrite aussi des rosaces dessinées au compas par des maîtres-verriers, des signatures de facteurs d'orgue, de fabricants de cordes ou même de religieux en visite. «Hébrard, enfant de choeur» atteste de son passage en 1728. Devenu chanteur «haute-contre d'Albi», il récidive «en l'an 1739». Tout près, une troisième inscription émane en 1853 d'un «Hébrard petit petit-fils».

Le plus ancien graffiti répertorié date de 1515: une partie est gravée en français, l'autre en latin.

«On parle beaucoup de la cathédrale vue du sol, mais l'histoire continue dans les étages», explique Thierry Cabayé.

Les tribunes, situées à 18 mètres du sol, ouvertes librement aux fidèles et aux visiteurs jusqu'en 1982, percées de passages obscurs qui permettaient d'effectuer un tour intérieur complet de l'édifice, ont spécialement attiré les auteurs de graffitis.

«On a un peu toutes les époques», résume Thierry Cabayé qui distingue «les graffitis grossiers, mal faits, rapides et peu intéressants» des XIXe et XXe siècles et les autres, plus anciens, écrits ou dessinés «en prenant le temps». «Ce sont presque des oeuvres d'art», souligne-t-il en détaillant les originalités et en les resituant dans leur contexte.

Son inventaire comporte aussi une femme, la poitrine dénudée, dessinée dans un coin discret, un «Vive la République» évidemment post-révolutionnaire et, dans la chapelle face à l'entrée sud, une rare double signature masculine et féminine: «Jehan Gaydoun Ostasy Gaydoun 1613». «Presque une hérésie pour l'époque», explique Thierry Cabayé, plein de mansuétude pour ce couple audacieux dont on ne connaîtra jamais que l'identité.




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