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Il est facile d'interpréter une étude en sa faveur,. Ce procéder malhonnête sème le doute au risque de discréditer cette démarche (Photos.com) Beaucoup de personnes qui travaillent dans le monde médical - et même certaines qui n'y travaillent pas- auront remarqué une confiance générale dans ce qu'on appelle « la médecine fondée sur des preuves ». Mais, en ce qui me concerne, j'émets de sérieuses réserves, dans la mesure où elle peut être influencée par des "publications de parti pris"
Au départ,on disait que: « la pratique de la médecine- fondée sur des preuves repose sur l'intégration des expertises cliniques individuelles avec les meilleures preuves cliniques externes issues de recherches systématiques. » [1]. Cependant, il est simplement incroyable de constater que de nombreuses fois la « preuve clinique » est oubliée.
Ceci dit, les gens qui oublient l'importance de l'expérience clinique sont le plus souvent des universitaires qui ne rencontrent pas de patients dans la réalité. Je suppose qu’il est normal que, si vous n'avez pas beaucoup d'expérience clinique, vous n'allez pas donner à cette dernière toute son importance.
Même si nous nous concentrons sur la théorie scientifique et la recherche, la médecine fondée sur des preuves est pleine de difficultés. Une de ces difficultés vient du biais des publications, qui favorisent la publication d' études « positives » contrairement aux études dites « négatives ». De telles biais sont bien connus dans la recherche médicale et peuvent donner une impression très faussée sur l'efficacité et sur le profil de risques et de bienfaits attendus d'un médicament.
La revue de cette semaine du New England Journal of Medicine publie un article intéressant qui cherche à identifier les publications biaisées dans le secteur des antidépresseurs [2]. Les chercheurs ont évalué un total de 74 études qui avaient été enregistrées auprès de la FDA (l'Organe de certification des aliments et des médicaments) aux Etats-Unis. Certaines de ces études étaient déjà publiées, mais plusieurs ne l'étaient pas encore (voir les détails ci-dessous). Les chercheurs ont obtenu des études non publiées par divers moyens, dont l'invocation de la loi sur la liberté d'information.
L'analyse des 74 études a montré que :
· 38 études avaient des résultats positifs et qu’une seule de ces études n'avaient pas été publiée.
· 36 avaient des résultats négatifs et que 22 d'entre elles n'avaient pas été publiées.
· des 36 études négatives, 11 avaient été publiées, mais sous un angle qui transmettait un résultat comme positif (Il ne s’agissait pas de biais de publication, uniquement un « parti pris ».)
· Donc, de l'ensemble des études publiées, 94 % apparaissent comme ayant des découvertes positives.
· Cependant, pour la FDA, seulement 51 % des études étaient authentiquement positives.
Globalement, le biais de publication a fait que les antidépresseur ont semblé 35% plus efficaces que ce qui serait apparu si tous les essais avaient été pris en compte.
L'auteur principal de cette étude, le docteur Erick Turner, dit : "Les gens devraient au moins être plus circonspects s'ils envisagent de prendre des antidépresseurs." C'est à mon avis un bon conseil. Mais j'ajouterais que les données suggèrent aussi que les docteurs eux-mêmes soient un peu plus circonspects au moment de la prescription.
Ce n'est pas la première fois qu'il y a des preuves de publication biaisées dans le secteur des antidépresseurs. Des analyses antérieures avaient constaté une situation semblable dans le secteur des antidépresseurs pour adolescents [3]. Un numéro du Lancet a constaté que, tandis que les études publiées soutiennent l'utilisation d'une variété d'antidépresseurs dans la dépression infantile, des données non publiées montrent que, pour l'essentiel, les risques du traitement – en particulier une augmentation des tendances suicidaires- semblent avoir été significativement minimisés. Tout cet article sur la publication sélective de données sur les antidépresseurs est assez déprimante, j'en conviens.
Bibliographie
1. Sackett DL, et al. Evidence based medicine: what it is and what it isn¹t:
It¹s about integrating individual clinical expertise and the best external
evidence. BMJ 1996; 312(7023):71-72.
2. Turner EH, et al. Selective publication of antidepressant trials and its
influence on apparent efficacy. N Engl J Med. 2008; 358(3):252-60.
3. Whittington CJ, et al. Selective serotonin reuptake inhibitors in
childhood depression: systematic review of published versus unpublished
data. Lancet. 2004; 363(9418):1341-5
Docteur John Briffa est un docteur installé à Londres, auteur et écrivain sur la santé avec un intérêt spécial pour la nutrition et la médecine naturelle. Vous trouverez des conseils pratiques de tous les aspects de santé et bien être sur le site: ww.drbriffa.com
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