Des Palestiniens de Cisjordanie brûlent des pneus et lancent des pierres à un poste de contrôle de l’armée israélienne alors qu’ils manifestent contre l’opération militaire d’Israël dans la bande de Gaza, le 2 mars 2008. L’État hébreu ne cache pas son désir d’en finir avec le mouvement radical Hamas, maître de la bande de Gaza depuis juin 2007. Mais une utilisation exagérée de la force a déjà coûté la vie à plusieurs civils palestiniens, dont des femmes et des enfants. (Hazem Bader/AFP/Getty Images)
JERUSALEM – Israël a franchi un pas dans l'escalade de la violence en déclenchant son opération la plus meurtrière dans la bande de Gaza contre les tirs de roquettes, tout en laissant planer la menace d'un renversement du régime du Hamas.
Plus qu'une frappe ponctuelle, moins qu'une offensive générale, l'opération, baptisée Hiver chaud, a pour premier objectif de réduire au maximum les tirs de roquettes contre Israël, en frappant les groupes armés palestiniens, prenant le risque de multiplier les victimes civiles.
Si cette stratégie échoue, Israël menace de réoccuper de vastes secteurs de la bande de Gaza et d’éliminer les dirigeants politiques du Hamas, dans le but de mettre fin au contrôle de ce territoire par les islamistes qui prônent la poursuite de la lutte armée en vue de la destruction d'Israël à long terme.
«Lorsque l'ordre sera donné à l'armée d'agir avec toute sa puissance, l'objectif sera de mettre fin aux tirs de roquettes et au trafic d'armes venant d'Égypte, d'affaiblir le régime du Hamas, voire de provoquer sa chute si les circonstances s'y prêtent», a affirmé le 2 mars dernier à la radio publique le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak.
«Le Hamas porte la responsabilité de la dégradation de la situation, il en paiera le prix et les conséquences», a souligné M. Barak, indiquant que l'opération qui a coûté la vie au cours de la fin de semaine à au moins 70 Palestiniens, dont des femmes et des enfants, allait se poursuivre.
Le problème, selon des experts, c'est que rien ne garantit que l'opération limitée en cours parviendra à convaincre le Hamas de stopper les tirs de roquettes alors qu'une escalade supplémentaire risque d'enfoncer Israël dans le bourbier de Gaza.
«Le gouvernement cherche un compromis entre les raids limités inefficaces et une guerre généralisée dont nul ne sait sur quoi elle débouchera. Il risque de perdre à tous les coups», avertit l'analyste militaire Réuven Pedatzur.
«Il est impossible de stopper les tirs de roquettes par ce genre d'action, il n'y a pas de moyens défensifs pour intercepter ces engins et il ne sert pas à grand-chose d'éloigner les lanceurs de la frontière puisque certaines roquettes ont 20 km de portée», a-t-il ajouté.
«La seule solution est de négocier un cessez-le-feu avec le Hamas qui, de son côté, ne cache pas son désir d'aboutir à une trêve», estime-t-il.
Une telle négociation est catégoriquement rejetée par l'opposition de droite, qui a le vent en poupe selon les sondages. Son dirigeant, Benjamin Netanyahu, a réaffirmé le 2 mars à la radio militaire qu'il fallait «éradiquer» le Hamas.
En revanche, des hauts responsables israéliens, dont des ministres, ont évoqué à plusieurs reprises cette perspective au cours des dernières semaines.
Le vice-ministre de la Défense, Matan Vilnaï, a lui-même laissé entendre qu'un accord de cessez-le-feu avec l'organisation islamiste n'était pas exclu dans l'avenir.
«À l'heure actuelle, il n'y a personne à qui parler [au sein du Hamas]. Je souligne bien : à l'heure actuelle», a-t-il déclaré aux journalistes.
«À ce stade, nous combattons. Chaque chose en son temps», a-t-il poursuivi, réaffirmant qu'Israël n'a aucune envie de réoccuper Gaza», évacuée par ses forces en septembre 2005.
Exaspérée par les tirs de roquettes contre Israël qui touchent à présent une grande ville comme Ashkelon, l'opinion, telle que la reflète la presse, appuie l'opération, sans se préoccuper du prix élevé en pertes civiles palestiniennes, mais craint une répétition des échecs de la guerre au Liban de 2006.
Le ton est donné par le quotidien Yediot Aharonot qui écrit : «Ce gouvernement impopulaire a le choix entre la peste et le choléra, soit étendre l'opération au risque d'enlisement, soit négocier avec le Hamas au risque de lui donner une légitimité et un répit pour s'armer encore plus.»
Le 1er mars, plus de 50 roquettes ont été tirées contre Israël, faisant des blessés à Ashkélon (sud), distante de 10 km de la bande de Gaza.