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GENÈVE – Victime d’une division Nord-Sud, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies s’est avéré incapable de dénoncer les exactions commises au Darfour ou au Sri Lanka lors de sa session qui s’est achevée le 6 octobre 2006 à Genève.
Des policiers anti-émeute sont en alerte à Colombo, Sri Lanka. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a été incapable de dénoncer la crise qui sévit dans ce pays, en raison de prises de positions partisanes. photo : Sanka Vidanagama/AFP/Getty Images |
Le nouveau Conseil, créé au printemps dernier pour remplacer une Commission des droits de l’homme discréditée, devait se résoudre à ajourner ses travaux sans avoir adopté aucune des 44 résolutions qui lui ont été soumises en trois semaines de discussions.
Le président du Conseil, le Mexicain Luis Alfonso de Alba, a proposé aux pays membres de reporter le vote sur ces résolutions à la troisième session du nouvel organe, prévue du 27 novembre au 8 décembre. En réaction, les organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé l’inaction des 47 pays membres vis-à-vis des différentes crises de l’heure.
«Face aux exactions au Soudan, aux attaques contre les civils au Sri Lanka et l’impunité des massacres en Ouzbékistan, ce conseil est resté largement silencieux», a déploré Peggy Hicks, de l’association Human Rights Watch.
Les États-Unis, qui ne font pas partie du Conseil mais ont le statut d’observateur, se sont dits «déçus que la session ait accompli bien peu de choses». Devant les pays membres, l’ambassadeur Warren Tichenor a estimé que les pays démocratiques ont «la responsabilité de défendre les droits des victimes d’abus et de répression».
L’Union européenne a bien déposé un texte sur la région soudanaise du Darfour, en proie à une guerre civile – doublée d’une crise humanitaire – qui a fait au moins 200 000 morts selon l’ONU depuis 2003.
Ce texte souligne la «responsabilité première» du gouvernement soudanais, chargé de protéger tous ses ressortissants contre les violations des droits de l’homme.
Mais les Européens n’ont pas pu se mettre d’accord avec le groupe africain, auteur d’une résolution concurrente qui évite de mentionner le rôle de Khartoum.
Alors que l’administration américaine estime que le Darfour fait face à un véritable génocide pratiqué par des milices arabes soutenues par le gouvernement, le texte présenté par les Européens apparaît en retrait par rapport à celui qui, en avril 2005, appelait Khartoum à «cesser de soutenir» les milices responsables d’exactions.
La proposition européenne demande «l’arrêt immédiat» des violations des droits de l’homme, mais sans appeler à la mise en place d’une force de maintien de la paix, pourtant votée par le Conseil de sécurité.
Les défenseurs des droits de l’homme considèrent que le nouveau Conseil n’a pas mis cinq mois pour retomber dans les travers de la défunte Commission des droits de l’homme, gangrenée par des marchandages en coulisses entre États.
«Le Conseil peine à se distinguer de son prédécesseur discrédité», a estimé Human Rights Watch.
«Certains pays peu respectueux des droits de l’homme ont une stratégie très bien concoctée, alors que les Occidentaux paraissent moins bien organisés», a observé Mariette Grange, directrice de l’association à Genève.
Le passage de la Commission au Conseil, qui compte 47 pays membres au lieu de 53, s’est fait au détriment des pays développés, qui ont perdu trois représentants, ainsi que l’Amérique latine.
Proportionnellement, les pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient ont accru leur poids politique, d’autant que les États-Unis ont choisi de ne pas participer au Conseil, au moins dans sa première année d’existence, relève Mme Grange.
Des pays comme l’Arabie saoudite, la Chine, Cuba et la Russie font en revanche partie de l’instance. «Il faut regarder les chiffres et être réaliste; les pays occidentaux ne sont plus que sept», plaide un diplomate européen, qui se rassure en soulignant que le Conseil n’en est qu’à ses débuts et a encore le temps de redresser la barre.
Amnesty International se veut également optimiste sur le futur fonctionnement de l’institution. La session a donné lieu à «un très bon dialogue» entre les pays membres et les rapporteurs indépendants pourtant souvent dénigrés par les régimes dictatoriaux, a relevé Peter Splinter, un responsable de l’association.
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