De jeunes garçons se font photographier devant un autobus calciné au Cameroun. Des manifestations ont éclaté pour protester contre l’augmentation du prix de l’essence et contre la décision du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, de solliciter un autre mandat en 2011. (Fanny Pigeaud/AFP/Getty Images) LIBREVILLE – Les violences qui viennent de secouer le Cameroun et le Burkina Faso, après d'autres pays africains dans un passé récent, sont l'expression d'un «ras-le-bol généralisé» des conditions de vie précaires sur fond de «malaise politique», estiment des observateurs.
Au Cameroun, l'augmentation du prix de l'essence a mis le feu aux poudres. Bilan : au moins dix-sept morts depuis le 23 février lors de troubles violents, selon un décompte établi par l'AFP à partir de témoignages mais qui pourrait être plus lourd.
Au Burkina Faso, la hausse des prix a jeté des centaines de jeunes dans la rue et une personne a été poignardée.
«Le prix de l'essence, c'est la mèche. Ce ne sont pas forcément les mêmes causes qui produisent les mêmes effets dans tous les pays, mais il y a un point commun : il y a un ras-le-bol généralisé», affirme le politologue de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), Fred Eboko.
«Il y a une coïncidence entre ce ras-le-bol et la conjoncture économique. Le renchérissement des produits affecte les plus pauvres», ajoute-t-il depuis le Cameroun.
«Dans tous ces pays [Burkina, Guinée, Sénégal, Zimbabwe, Cameroun] il y a des causes conjoncturelles et un facteur aggravant qui est le malaise politique», estime à Dakar Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO).
«Au plan social, les gens n'y arrivent pas, les protestations pleuvent et sont renforcées par l'essoufflement des démocraties, aggravant le malaise social.»
Pour Sékou Mohamed Diakité, responsable du Conseil national des organisations de la société civile en Guinée, «la hausse du baril de pétrole sur le marché international met en difficulté les faibles économies des pays en développement, notamment africains, et contribue à l'appauvrissement des populations».
«Mais, les populations sont aussi victimes de la mal gouvernance, notamment de la corruption, des gestions calamiteuses des maigres revenus, etc. Sans réajustement des salaires des travailleurs, le clash est inévitable», conclut-il.
Au Cameroun, le président Paul Biya, en place depuis 1982, tente actuellement de faire passer une révision constitutionnelle pour pouvoir se représenter en 2011.
«Au Burkina, on constate qu'il y a un malaise politique depuis longtemps. La conquête du pouvoir par d'autres partis est très difficile, car le président [Blaise Compaoré] et son parti remportent chaque fois les élections parce qu'ils ont beaucoup plus de moyens, dont ceux de l'État. On n'a pas l'impression que la démocratie existe vraiment», explique Alioune Tine.
Au Sénégal, où l'opposition a boycotté en 2007 des élections législatives, ou en Côte d'Ivoire, où elle est émaillée de violences, la vie politique est chaotique.
En règle générale, «les jeunes n'ont pas de perspectives», note Fred Eboko.
Selon le politologue, «ils pourraient supporter la situation actuelle si leurs perspectives étaient meilleures. Les jeunes sont les plus malheureux, les plus pauvres et ils n'ont rien à perdre. La violence est leur dernier moyen de s'exprimer».
«Il est difficile de savoir si les troubles vont se répéter», résume-t-il, soulignant toutefois qu’«il y a un signal qui n'est pas bon pour le pouvoir en place. Au Cameroun, des gens ont compris qu'ils pouvaient sans se concerter» provoquer des soulèvements qui déstabilisent le régime en place.
|