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En tout, 29 millions de véhicules sont enregistrés
dans l’État californien et sont tenus responsables de 30 % des
émissions de gaz à effet de serre (GES).
La régulation de
l’industrie du transport est donc un enjeu de taille non seulement pour
les fabricants, qui tentent d’augmenter leur part du marché, mais aussi
pour le gouvernement, qui désire offrir une bonne qualité de l'air à
ses citoyens, sans toutefois ralentir l’économie.
En ne
ratifiant pas le protocole de Kyoto, le gouvernement fédéral américain
n’était aucunement dans l’obligation de modifier ses lois concernant
les émissions de GES. Dans le domaine du transport, c’est la Federal
National Highway Traffic Safety Administration qui dicte les normes à
respecter quant à l’efficacité énergétique des moteurs. Les États ne
peuvent donc pas imposer directement des normes plus élevées
d’efficacité énergétique aux constructeurs automobiles.
La
Californie a été fort rusée en 2004 lorsqu’elle a déposé une
législation qui imposerait aux constructeurs de réduire les émissions
de GES des moteurs de 30 %, comparativement aux niveaux de 1990. La loi
devait prendre effet en 2009 et laissait jusqu’en 2016 aux
constructeurs pour s’adapter. L’industrie automobile avait alors
fortement réagi, en brandissant le fait que seul le fédéral possède
l’autorité d’imposer des efficacités énergétiques sur les moteurs. La
Californie avait alors habilement répliqué en soulignant que sa
législation ne tentait pas de réguler l’efficacité des moteurs, mais
bien les émissions de dioxyde de carbone (CO2). Finalement, le
gouverneur Schwarzenegger a conclu une entente sur une réduction de 25
% d’ici l’an 2020.
Le dernier épisode
Cette saga
poursuivait donc son cours le 20 septembre 2006, alors que le
secrétaire à la Justice de la Californie, Bill Lockyer, déposait une
poursuite judiciaire au nom de la population californienne, actionnant
six des plus gros constructeurs automobiles pour leur rôle joué dans le
réchauffement climatique. Les fabricants en question sont General
Motors, Toyota, Ford, Honda, Chrysler et Nissan.
M. Lockyer
soutient que les véhicules automobiles contribuent largement au
réchauffement climatique et qu’«il est temps de tenir ces compagnies
responsables de leur contribution à cette crise». Il spécifie que «le
réchauffement planétaire nuit déjà à la Californie, à son
environnement, à son économie et à la santé et au bien-être de ses
citoyens», ce qui constitue une «nuisance publique». Il donne comme
exemple l’érosion des plages et des côtes, la pollution par l’ozone,
l’eau saline qui envahit les réserves d’eau douce, le risque de feux de
forêt, etc. Il souligne notamment les coûts supplémentaires encourus
par l’État pour répondre à ces menaces.
La plainte mentionne que
l’État de la Californie demande à être dédommagé, mais qu’aucun montant
n’est spécifié. De plus, le gouvernement californien s’attend à être
dédommagé chaque année.
Associated Press rapporte que les
constructeurs automobiles, représentés par The Alliance of Automobile
Manufacturers, ont répondu à la poursuite judiciaire en soulignant
qu’ils fabriquent déjà des moteurs plus économes en essence et qu’il
leur faudra plus de temps pour répondre adéquatement à celle-ci (la
poursuite). Par ailleurs, ils se sont défendus en évoquant un cas
similaire où des compagnies de production d’électricité ont été
poursuivies pour «nuisance publique» et avaient eu gain de cause.
Associated
Press rapporte aussi l’opinion de Sean McAlinden, économiste à
l’organisme sans but lucratif Center for Automotive Research, qui croit
que M. Lockyer a déposé sa poursuite afin d’obtenir quelques votes
supplémentaires aux élections de novembre prochain.
Notons que
M. Lockyer faisait partie d’un groupe de douze avocats généraux qui ont
poursuivi l’Environmental Protection Agency pour leur refus de réguler
les GES. Il faisait aussi partie d’un groupe qui a déposé une poursuite
judiciaire contre l’administration Bush et sa volonté de sévir contre
les normes d’efficacité sur les véhicules sport utilitaires et les
camions légers. Le quotidien The Guardian rapporte les
propos de Daniel Becker, directeur du programme de réchauffement
climatique du Sierra Club : «Tandis que l’administration Bush continue
à se cacher la tête dans le sable, la Californie s’est développée tout
un arsenal de politiques pour combattre les émissions de GES.» |